Groupe Communiste, Républicain, Citoyen, Écologiste - Kanaky

Activité des sénateurs

Reconstruire les bâtiments et la justice sociale

Par / 18 juillet 2023

Le 27 juin dernier à Nanterre, un policier a tué un jeune de 17 ans. Je tiens à redire l’émotion qui est la nôtre pour Nahel et les circonstances inacceptables de sa mort. Quarante ans après les Minguettes, dix-huit ans après Zyed et Bouna, la justice doit être au rendez-vous pour Nahel.

L’émotion légitime qu’a suscité ce drame s’est rapidement muée en une colère vive, une colère qui a détruit des biens publics et des biens privés. Et celles et ceux qui se trouvaient déjà pénalisés par des services publics défaillants ou absents, faute de moyens financiers et humains, souffriront davantage encore de ces dégradations. C’est donc, pour elles et eux, la double peine.

Les biens publics qui ont été dégradés doivent être reconstruits au plus vite. C’est le sens du texte que nous examinons ici, qui crée des dérogations afin d’accélérer les procédures d’urbanisme et les marchés publics. Au vu de l’urgence, nous partageons cette nécessité exceptionnelle.

Néanmoins, ce texte n’est pas sans susciter des interrogations. Tout y semble possible… mais rien n’y est sûr : ni que les projets de reconstructions aboutiront, ni que de l’argent sera ajouté afin que l’Etat les finance. Une fois encore, il nous faudra attendre les ordonnances pour connaître la concrétisation des dispositifs — alors qu’un projet de loi de finances rectificatives, plus transparent et respectueux du Parlement et du contrôle du gouvernement, aurait été mieux indiqué.

Cela étant, nous nous rejoignons sur cet objectif : il faut reconstruire vite. La présence des services publics sur l’ensemble du territoire et l’égal accès à ceux-ci est l’un des piliers de notre République.
La République, convoquée ces derniers jours dans beaucoup de discours, dans des « arcs » qui incluent ceux qui l’ont toujours combattue, mais excluent ceux dont l’histoire s’inscrit dans sa défense. Un bouleversement des valeurs qui brouille le sens. La République doit s’incarner, en premier lieu, par la présence des services publics ; cependant, la reconstruction des bâtiments n’est qu’un des aspects du problème.

Car s’il faut reconstruire vite, il faut surtout rebâtir urgemment la cohésion et la justice sociale, et j’irais même jusqu’à dire, notre République.

D’abord, il faut mettre en débat le lien entre la police et une partie de la population, les classes populaires notamment, qui subissent les violences policières qui ne peuvent plus être niées. Celles dont le premier syndicat de police de France dit que ce sont des « nuisibles » et appelle à la guerre civile dans un silence assourdissant du gouvernement, inacceptable dans un Etat de droit.

Ensuite, il faut admettre que les quartiers populaires cumulent les difficultés. Les services publics y sont moins présents qu’ailleurs. Il ne s’agit pas de se plaindre ni de vouloir davantage que les autres, il s’agit d’égalité républicaine.

D’autant que contrairement à une idée répandue par l’extrême droite, il n’y a pas seulement 25% de gens qui paient l’impôt dans les quartiers. Mes chers collègues, je vous livre un scoop : en France, tout le monde paie l’impôt. A tout le moins, un impôt injuste, puisqu’il est identique pour tous, smicards comme millionnaires : la TVA.
Donc, dans les banlieues, nous avons des citoyens qui paient l’impôt, au même titre que les autres, mais sans bénéficier des mêmes services.

Il n’y a pas, comme dans un tonneau des Danaïdes, des milliards qui seraient dépensés pour les banlieues. Au contraire, il y a moins qu’ailleurs.

Il y a des transports qui dysfonctionnent, j’en sais quelque chose étant usager du RER B. Il y a des professeurs absents qui ne sont pas ou peu remplacés, ce qui occasionne la perte de l’équivalent d’une année scolaire pour un élève de Seine-Saint-Denis. La justice, débordée, y est rendue trois fois plus lentement qu’ailleurs. Et le taux de pauvreté est trois fois plus élevé dans les quartiers populaires que dans le reste du pays.

Et à ces manques et ces difficultés vient s’ajouter un discours de stigmatisation, d’exclusion et de division. Or, pour des responsables politiques, diviser les citoyens et les opposer sur la base de discriminations, c’est fragmenter la République.

Ce à quoi nous devons nous employer, c’est à retisser du lien plutôt qu’à diviser, comme ne cessent de le faire l’extrême droite et ses alliés qui ne réfléchissent pas plus loin que leur désir d’exclusion. Je le dis fermement ici : il n’y a pas de catégories de Français ; il n’y a pas de « Français comment », pas de Français « de nationalité faciale » ou « de papier ». Il y a le peuple français, il y a la République Française. C’est tout.
Il en va de même pour nos territoires. Banlieues, territoires ruraux, ultramarins… tous subissent en réalité l’assèchement des services publics et les privatisations.

Plutôt que de nous diviser, rassemblons-nous, unissons-nous pour donner à tous nos élus, qui en ont assez d’exercer leur mandat avec trois bouts de ficelle et deux sparadraps, les moyens pour répondre aux besoins de la population.

Aujourd’hui nous votons ce texte, et demain nous continuerons le combat pour que la République démocratique, sociale, laïque et féministe ne soit plus seulement des mots, mais s’applique partout, sans exclusion, sur tout le territoire.

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