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Activité des sénateurs

Ukraine, l’urgence d’un cessez-le-feu

Par / 27 octobre 2022

Voilà huit mois, Vladimir Poutine déclenchait un conflit d’une ampleur inédite depuis 1945 en envahissant l’Ukraine. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), 8 millions d’Ukrainiens ont quitté leur pays, où 15 000 civils ont été tués ou blessés et où des dizaines de milliers de combattants ukrainiens et russes sont morts. C’est toute la jeunesse des deux pays qui est fauchée chaque jour.

La guerre, c’est aussi la destruction de la moitié du PIB ukrainien et du tiers des infrastructures : la reconstruction coûtera 750 milliards de dollars, selon le Premier ministre ukrainien. C’est aussi l’aggravation de la crise économique et énergétique sur toute la planète, ainsi que les ravages de la famine, qui tuera plus encore que les bombes.

La guerre, c’est aussi l’engloutissement quotidien de ressources considérables qui manquent pour répondre aux défis du développement humain et du changement climatique. C’est l’aggravation des émissions de gaz à effet de serre, avec notre nouvelle dépendance au GNL américain, 2,5 fois plus émetteur que le gaz naturel.

La guerre, c’est l’embrasement possible à tout instant en Moldavie et en Géorgie, et déjà à l’oeuvre en Arménie avec l’attaque azérie. Ce sont tous les points de tension du globe ravivés et le retour de la menace nucléaire.

Ces faits alarmants nous invitent à relancer, de la manière la plus vigoureuse qui soit, les discussions sur le désarmement multilatéral et un régime mondial d’interdiction des armes nucléaires.

Cette guerre est un terrible engrenage. Faut-il poursuivre l’escalade ? N’abandonnons pas l’exigence d’un cessez-le-feu le plus vite possible : ce n’est pas céder aux Russes, c’est demander que la voix de la paix ne s’éteigne pas. Nous appelons au retour de la diplomatie pour tracer le chemin d’une négociation globale.

À ceux qui préconisent l’escalade en faisant miroiter la fin prochaine de la guerre, je demande : où, ces trente dernières années, la guerre a-t-elle été une solution ? Afghanistan, Irak, Syrie, Libye, Yémen, Sahel : tous ces pays sont en ruines et livrés aux violences. La voie de la diplomatie pour la paix n’est pas celle de la reddition, mais de l’espoir.

Nous livrons des armes à l’Ukraine, mais le Parlement n’est informé ni de ce qui est livré ni des incidences de ces livraisons sur nos propres capacités. Tant que la guerre dure, qui peut dénier à l’Ukraine le droit de faire appel à ses alliés ? Mais qui peut penser que ces livraisons ouvriront la voie à la solution militaire du conflit en cours ?

Rien ne doit nous détourner d’un effort immédiat pour retrouver la voie de la paix par la négociation. Le Président de la République a eu raison de remettre la perspective de la paix au centre du jeu, mais il en repousse toujours l’échéance.

Un ancien ambassadeur de France a proposé hier, dans un grand journal du soir, de dresser sans tarder un calendrier de négociation. Qu’en pensez-vous ? Que pensez-vous de la tribune d’anciens diplomates italiens sur les bases possibles d’un règlement négocié et de la lettre de 35 représentants démocrates à Joe Biden en faveur de l’intensification des efforts diplomatiques ? Que pensez-vous de l’appel du pape François au silence des armes ?

L’accord sur les exportations de céréales, qui arrive à échéance le 22 novembre, sera-t-il reconduit ? Comment conforter l’accord sur la sécurisation des centrales nucléaires, en lien avec l’ONU et l’AIEA ? Comment assurer le soutien humanitaire et la protection civile ?

La priorité est d’empêcher l’extension du conflit aux pays frontaliers et d’ouvrir une discussion globale sur la sécurité sous l’égide de l’OSCE. La France doit construire une coalition mondiale pour la paix, qui ne saurait être enfermée dans les limites de l’Otan. La logique de bloc fait partie du problème.

Nous devons pour cela parler à des grands pays comme l’Inde et la Chine, sans les jeter dans les bras de la Russie, aux pays d’Asie centrale et aux pays africains, qui ne devraient pas avoir à choisir entre deux systèmes de domination. La France doit reprendre sa liberté d’initiative pour assumer pleinement, en Europe et dans le monde, son rôle au service de la paix. (Applaudissements sur les travées du groupe CRCE ; Mme Martine Filleul et M. Joël Bigot applaudissent également.)

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