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SNCM, les présidents des groupes communistes de Marseille interpellent Messieurs DE VILLEPEN et PERBEN

Par / 21 septembre 2005

Monsieur le Premier Ministre, Monsieur le Ministre des Transports,

A l’annonce des dernières informations, nous vous imputons la responsabilité d’avoir programmé et organisé le sabordage de la Compagnie Nationale Maritime - la SNCM - afin de mettre un terme à ses activités de service public dans le cadre de la Continuité Territoriale entre le Continent et la Corse.

De concert avec l’exécutif de la Collectivité Territoriale de Corse (CTC) vous avez fait le choix de la fuite en avant et d’un renouvellement a minima de la délégation de service public en 2007 (DSP).

Nous n’avons cessé de dénoncer et de condamner durant ces 3 dernières années ces choix politiques liés à la logique libérale, d’offrir au privé le marché passagers et fret, au détriment de l’intérêt général des Régions Corse et PACA et en définitive du pays.

Les événements de ces dernières 48 heures, soulignent l’inquiétude justifiée des salariés de la compagnie nationale autant que des usagers du service public. Avec la vente en catimini de Sud cargo vous avez donné le coup d’envoi du démantèlement la plus belle flotte de Méditerranée au profit de quelques prédateurs privés.

Depuis des mois, vous nous répétez - compte tenu du jugement de la Cour Européenne de Justice rendant illégale l’aide de 76 millions d’euros accordée par l’Etat il y a 3 ans afin de recapitaliser la compagnie - qu’il n’y a pas d’autre solution pour pérenniser la SNCM comme entreprise publique que d’ouvrir son capital au privé. Et aujourd’hui, vous nous annoncez un projet 100% privé. Sur les 70 entreprises contactées par l’Etat, seules 2 resteraient en lice : Caravelle et Butler capital Partners, spécialisées dans le rachat à bon compte d’entreprises en difficultés et qui n’ont aucune expérience du maritime.

Aussi, comment ne pas comprendre la colère des personnels de la SNCM ?
Elle est légitime.
Laisser faire, Messieurs les Ministres en charge de ce dossier, c’est accepter la liquidation de la compagnie et la disparition de centaines d’emplois et de pans entiers de l’activité économique de la Corse et de PACA.

En effet, ce scénario conduirait à un véritable dépeçage de la compagnie. Pour preuve, la société Butler Capital Partners aurait déjà fait appel au groupe de transport spécialisé en logistique frigorifique STEF -TFE, actionnaire majoritaire de la Compagnie Méridionale de Navigation (CMN), laquelle est à la fois une filiale de la SNCM et son partenaire dans l’exécution de la délégation de service public entre la Corse et le continent. Le tout pour une reprise de 15 millions d’euros. Belle affaire ! D’autant que le plan social resterait à la charge de l’Etat.

En clair, cela veut dire que la flotte serait réduite à deux, voire trois cargos mixtes afin d’assurer, dans le cadre d’une DSP a minima, les besoins propres de la Corse en transport fret et passagers entre Marseille et les 2 principaux ports de l’Île (Bastia et Ajaccio). Par ailleurs, l’essentiel du trafic passagers lié au tourisme serait, demain, totalement ouvert à la concurrence et donc livré aux compagnies écrémeuses de trafics subventionnés sur l’enveloppe de continuité territoriale (selon le dispositif de l’aide au passager transporté).

Quant aux lignes du Maghreb, compte tenu du récent rachat de Sud Cargo et de Delmas par la CMA-CGM, on peut bien évidemment s’attendre, dans un proche avenir, à une main mise du 3ème groupe maritime mondial.

De même, nous sommes en droit de nous interroger, au-delà de la liquidation de la flotte, sur le devenir même du patrimoine immobilier et foncier de la SNCM, situé au cœur du périmètre de l’Etablissement Public Euroméditerranée ?

Messieurs les Ministres, n’est-ce pas ce scénario, écrit par vos soins, visant à un tel démantèlement, qui a conduit la Connex, du groupe Véolia, spécialiste des transports et qui dispose d’une assise financière bien supérieure aux 2 entreprises encore en course à jeter l’éponge ?

Par la présente, nous vous tenons responsables de la dégradation ce jour du climat social sur le Port de Marseille et nous vous signifions que non seulement nous ne cautionnons pas vos projets mais que de surcroît nous ne vous laisserons pas les réaliser.

Pour ce faire, dès le 4 octobre, date de la reprise de la session parlementaire, nous vous demandons que le dossier de la SNCM soit inscrit à l’Ordre du Jour des deux Assemblées.
Car il est impensable que le Gouvernement brade une compagnie maritime nationale et remette en cause l’enveloppe de continuité territoriale. Laquelle, rappelons le, n’est autre que l’expression de la solidarité nationale et qu’elle est votée par le Parlement.
Il est tout aussi impensable que cela puisse se faire sans que les élus de la Nation n’en soient informés et ne puissent débattre et se prononcer sur les choix envisagés par le Gouvernement.

Nous vous demandons également, Monsieur le Premier Ministre, Monsieur le Ministre des Transports, de bien vouloir faire en sorte que les Collectivités Territoriales Corse et de PACA soient associées à la réflexion menée et aux décisions qu’il conviendra de prendre.

Personne ne pourrait comprendre, et encore moins admettre, que le Parlement et les Collectivités Territoriales soient mis devant le fait accompli. Ce serait un véritable déni de Démocratie.

Aussi, nous vous demandons instamment de nous recevoir dans les plus brefs délais afin d’entendre nos arguments ainsi que nos propositions.

D’autres choix sont possibles pour pérenniser la SNCM et pour que l’Etat, actionnaire majoritaire de la Compagnie, se porte garant des principes républicains qui fondent l’unité et la solidarité nationales.

Dans l’attente de convenir des modalités de cette audience,

Nous vous prions, Monsieur le Premier Ministre, Monsieur le Ministre des Transports, de croire à l’assurance de nos respectueuses salutations.

Alain BOCQUET, Président du groupe Communiste et Républicain de l’Assemblée Nationale
Nicole BORVO, Présidente du groupe Communiste, Républicain et Citoyen du Sénat

Annick BOET, Présidente du groupe Communiste Ville de Marseille
Robert BRET, Sénateur des BDR, Président du groupe Communiste de la CUMPM
Dominique BUCCHINI, Président du Groupe Communiste Républicain Citoyen à l’Assemblée de Corse
Jean-Marc COPPOLA, Président du groupe communiste du Conseil Régional PACA
Frédéric DUTOIT, Député, Maire des 15e et16e Arr. de Marseille
Joël DUTTO, Président du groupe Communiste du Conseil Général des Bouches du Rhône


Bio Express

Robert Bret

Ancien sénateur des Bouches-du-Rhône
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