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Affaires culturelles

Avant d’être débattu et voté en séance publique, chaque projet ou proposition de loi est examiné par l’une des sept commissions permanentes du Sénat : lois, finances, affaires économiques, affaires étrangères et Défense, affaires culturelles, affaires sociales, aménagement du territoire et du développement durable. Classées par commissions, retrouvez ici les interventions générales et les explications de vote des sénateurs CRC.

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Budget 2003 : culture

Par / 29 novembre 2002

par Jack Ralite

Qui peut ignorer l’angoisse existant dans beaucoup d’esprits, de cœurs, de corps des femmes et des hommes de notre temps ? Chacun a l’impression de risquer comme « un coup de pioche » dans sa vie. Le ruban du temps de la vie personnelle et collective se dévide douloureusement et, après une vraie colère, c’est souvent le désarroi, l’enfermement comme dans une camisole, et c’est un quotidien où il n’y a « plus de temps à vider d’autre querelle que celle qui se présente au coin de la rue ».

Il manque un champ pour demain. Le jet quasi volcanique qui frappe tel ou telle éclabousse la société.

Habitant depuis 1955 à Aubervilliers en H.L.M., où babillait heureuse et espérante la société, je vois bien qu’aujourd’hui s’y substituent trop souvent le mutisme, l’incommunicabilité, sans issue - sauf la vengeance imaginaire, comme celle qui, le 21 avril, a cogné à la vitre de notre France.

Un homme de théâtre talentueux et créateur, M. Besaze, m’a littéralement happé par la mise en scène de la pièce « Chère Éléna Sergueievna », éblouissante de clarté et d’ombre, où se noue toute l’histoire du monde. J’y ai vu l’héroïne, Éléna, un professeur confronté à une violence concertée de ses élèves mais qui se dresse, qui ne cède pas : dans la salle chacun des spectateurs a reçu comme une gifle réveillante, en écoutant ce texte sans frime, ni esbrouffe, sans ces niaiseries du langage passe- partout et ouvre-boîtes qui est à la mode. Nous y avons entendu un appel à la responsabilité, à la pensée, pour définir la nation, pour la faire vivre comme « souvenir de l’avenir » !

Bien d’autres scènes que celle du théâtre de la Commune font vivre ce langage : le théâtre de la Colline, l’Ensemble intercontemporain, le théâtre de Bussang, la Cité de la musique, le salon du livre de la jeunesse à Montreuil, Lussas, Uzeste et Beaubourg - et j’en passe !

Autre trésor, L’homme sans passé, de Kurismaki, un film d’une intelligence décapante sur la violence sur ce début du siècle, sur la nécessité de la repousser et la possibilité de gagner contre elle ! « M », le héros à qui il ne reste plus qu’une lettre initiale, véritable Éléna au masculin, se dresse contre l’extrême violence qu’il subit et, avec beaucoup d’humour il parvient à renverser la vapeur !

Ce sont là des faits d’une société qui s’est débarrassée du mur de Berlin - ce qui est un grand bien -, mais qui construit un mur toujours plus haut, celui de l’argent ! Avec le marché roi, la consommation reine, l’inversion du rapport entre la culture est l’argent, la femme et l’homme sont des invités de raccroc !

Ce budget n’est pas en ramage avec ces enjeux, il rompt avec le principe du 1 % à la culture. En 1969, j’étais le porte-parole du comité national pour le 1 % à ce que nous avons fait en trente-trois ans, vous le défaites en six mois !

Bercy, comptable supérieur, vous maintient à 0,98 %, alors qu’un audit conduit par le ministère avec le cabinet K.P.M.G. évaluait les besoins à 1,1 %.

« Régler une démarche de civilisation sur la comptabilité et sa caisse sonnant plus ou moins creux, c’est fiche en l’air toute politique, toute perspective artistique […], c’est arrêter la marche en avant ! ». C’est Jean Vilar qui l’écrivit, en 1971 !

Vous nous dites qu’il n’y aura pas de gel budgétaire, mais prenez garde à cet amendement croche-pied de notre commission : deux millions d’euros d’économies vous sont encore demandés !

M. RENAR. - Trois !

M. RALITE. - Non, deux, mais c’est encore trop ! Un peu d’arithmétique : rue de Valois, les dépenses qu’on espère engager l’an prochain progressent de 3,9 %, mais pour Bercy, on dépensera 5,2 % de moins que l’an passé !

Je ne suis pas insensible, monsieur le Ministre, aux augmentations que vous avez obtenues sur certains chapitres. Mais ce budget ne retourne pas toutes les cartes du jeu, il y a du Colin Maillard dans ce que vous nous proposez !

Reportons-nous aux pages 146 et 147 du bleu budgétaire. On lit généralement par ces récapitulations, qui sont pourtant vraies, elles nourrissent déjà des espoirs qui ne manqueront pas de dégringoler en 2004, on y parle d’avenir mais pas comme les jeunes filles rêvent de leurs amours futures…

On y apprend qu’il faudra, en 2004, 354 millions d’euros pour réaliser les autorisations de programme antérieures à 2003, à quoi s’ajouteront 128 millions d’euros des autorisations de programme de 2003. Au total, 482 millions d’euros seront nécessaires ; mais comme vous avez annulé 320 millions d’euros de crédits de paiement antérieurs, 162 millions vous manqueront, 6 % de votre budget !

Passer de moins 5,2 % à plus 6 %, quelle gageure ! Vous êtes comme un ouvrier dont le patron diminue le salaire, et qui peut tenir le choc grâce à des économies ; si votre patron continue dans ce sens après 2003, que ferez-vous ? Il n’y aurait plus qu’à espérer que le Président de la République « sanctuarise » votre budget - mais il a déjà validé sa baisse de 5,2 %…

L’année 2004 sera dramatique et compromettra notre avenir culturel. Le temps est venu de réagir, il n’y a plus d’accommodement possible. Les 3, 4 et 5 février à la Bibliothèque nationale de France le comité de vigilance des artistes organise un colloque international sur la diversité culturelle : je ne doute pas de son audience, ni du fait que vous pourrez vous appuyer sur ses travaux, monsieur le Ministre, pour conforter votre budget.

Que ferez-vous pour le budget de 2004 ? La vie d’Éléna et de « M » sont entre vos mains, vous êtes comme un professeur et un soudeur de fiction ; le budget est un combustible pour la vie, notre vie : mettons-le à feu, voulez-vous ?

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