Groupe Communiste, Républicain, Citoyen et Écologiste

Affaires étrangères et défense

Avant d’être débattu et voté en séance publique, chaque projet ou proposition de loi est examiné par l’une des sept commissions permanentes du Sénat : lois, finances, affaires économiques, affaires étrangères et Défense, affaires culturelles, affaires sociales, aménagement du territoire et du développement durable. Classées par commissions, retrouvez ici les interventions générales et les explications de vote des sénateurs CRC.

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Budget 2003 : coopération

Par / 4 décembre 2002

par Hélène Luc

Monsieur le Président,
Monsieur le Ministre,
Mes chers collègues,

Nous abordons la discussion sur les crédits consacrés à la coopération dans un monde empreint de violence, d’inégalités et de frustration qui nous montre ô combien les politiques mondiales ont échoué. Cependant, il ne s’agit pas d’une fatalité. Ce système basé sur une vision capitalistique des relations dans laquelle le facteur économique prime sur le facteur humain n’est pas l’issue. L’avenir et la solution sont dans une plus juste répartition des richesses si nous voulons faire évoluer notre planète.

Koffi Annan, secrétaire général de l’ONU, a lui même rappelé lors du sommet sur le millénaire que : « le plus important c’est que l’être humain soit au centre de tout ce que nous faisons ».

Et pourtant, le fossé entre pays riches et pays pauvres ne fait que s’agrandir : 600 millions d’enfants vivent dans le dénuement le plus total ; 1,4 milliards de personnes n’ont pas accès à l’eau salubre et 2,6 milliards vivent sans installation d’assainissement. La question de l’eau est un enjeu majeur de notre siècle. Pourtant, le sommet de Doha a entrepris de l’intégrer dans la sphère marchande et à Johannesburg, en septembre dernier, les multinationales de l’eau étaient très présentes. Or, nous travaillons pour que l’eau soit du ressort d’un bien commun de l’humanité. Ce thème, abordé lors du forum social de Florence, sera repris en novembre 2003 au forum social de Saint Denis auquel nous contribuerons.

Les chiffres relatifs à la faim dans le monde sont eux aussi éloquents : 24000 personnes meurent de faim chaque jour - soit une personne toutes les quatre secondes - alors que la planète produit suffisamment de céréales pour nourrir l’ensemble de la population mondiale. L’augmentation de 2 millions d’euros dans ce budget est appréciable mais reste très insuffisante si la France veut respecter ses engagements de la convention de Londres. L’objectif de réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de la faim sera atteint - comme le dit le directeur général de la FAO - avec 45 ans de retard. Le sommet mondial de l’alimentation qui s’est tenu récemment à Rome dont l’objectif était de relancer la lutte contre la faim a de quoi nous laisser des plus perplexes sur les réelles intentions des pays industrialisés.

Une autre grande source d’inquiétude concerne le domaine de la santé. Le dernier rapport de l’ONUSIDA recense 42 millions de personnes porteuses du virus, 5 millions de nouvelles infections et 3,1 millions de décès (dont 610 000 enfants de moins de quinze ans). C’est une véritable pandémie dont les gouvernements du Nord et du Sud n’ont pas pris la pleine mesure des conséquences. La vie humaine ne doit pas être l’otage des sommes colossales réclamées par de grandes firmes pharmaceutiques. Des solutions sont envisageables comme la prévention, la vaccination, la baisse des prix, la diffusions sans restriction des génériques et surtout la mise en place d’une vraie politique mondiale de diffusion des thérapies. Cessons de parler et agissons, Monsieur le Ministre, nous sommes comptables devant l’humanité !

Dans le domaine de la culture et de l’éducation, dans le monde plus de 100 millions d’enfants ne vont pas à l’école dont une grande majorité de filles. Pourtant la culture et l’éducation sont les remparts essentiels de l’ignorance et de l’intolérance, elles sont les portes du progrès et de la tolérance. Albert Camus disait si justement : « une Nation qui éduque est une Nation qui se civilise ». Nous devons permettre un accès libre aux écoles et leur gratuité. Je suis très heureuse d’avoir participé, avec tous les groupes politiques du Sénat, à la réouverture des lycées franco-afghans de Kaboul l’an dernier en coopération avec le Ministère des affaires étrangères et France Culture. Mais il faut prolonger cette action en ouvrant des écoles primaires, des facultés et des hôpitaux. La France a été et doit rester un moteur essentiel en la matière c’est pourquoi je déplore la baisse dans ce budget des moyens de la francophonie et des relations culturelles.

Ces dernières années, qu’il s’agisse de Monterrey, de Rome ou de Johannesburg les sommets pour le développement et la coopération, ont été très présents. Mais ils ont avant tout accouché de résolutions de façade et mis l’accent sur les désaccords existants entre les Etats Unis, l’Europe et les pays du sud. La France s’y est positionnée en faveur d’une politique de développement et de coopération plus humaniste. Maintenant il faut s’engager à la fois au plan mondial et au plan européen où certains pays comme la Roumanie connaissent une véritable misère poussant des populations à s’expatrier massivement, pour s’installer dans de véritables bidonvilles. J’en ai vu l’exemple douloureux à Choisy le Roi. Il convient au plus vite de mettre en place un travail approfondi de coopération et d’aide entre la France, l’Europe et ces pays pour y apporter des réponses humaines pour que ces hommes, ces femmes et ces enfants puissent vivre dans leur pays.

C’est un véritable plan mondial contre la pauvreté et pour le développement dans toutes ses dimensions qui est nécessaire. Depuis plusieurs années, avec mes amis du groupe communiste républicain et citoyen, nous demandons l’instauration d’une taxe sur les mouvements financiers. Le président de la République a repris cette idée récemment, il faut vite la concrétiser !

Il convient aussi d’être plus à l’écoute de la société civile et des collectivités locales. De nombreux Conseils municipaux et généraux, à l’exemple de Paris, Marseille, la Seine Saint Denis et le Val de Marne, poursuivent une politique efficace en la matière. Bien que le Président de la République, lors du sommet de Johannesburg, ait souligné la nécessité d’appuyer de telles actions, ce budget enregistre une baisse pour les initiatives privées et la coopération décentralisée et la France en accordant une part très faible de son APD aux ONG et aux collectivités locales se trouve en très mauvaise place des pays européens.

La France à elle seule, même si elle peut faire beaucoup, ne pourra renverser cette logique. Il est nécessaire que les Etats Unis prennent enfin la part qui devrait être la leur. Malheureusement, ils viennent récemment d’annoncer la création d’une nouvelle agence indépendante pour distribuer leur APD suivant des critères basés sur des concepts de « bonne gouvernance » et de « bonne gestion économique », critères hautement subjectifs accordant l’aide aux pays qui se soumettront aux injonctions du Président Bush.

Pour finir, je parlerai de l’adoption d’une loi de programmation en matière de coopération qui permettrait de définir le cadre nécessaire pour le seuil des 0,7% du PIB, le financement des opérations de coopération et également de circonscrire les gels des crédits trop fréquents. Le Président de la République avait également évoqué une telle loi maintenant il faut s’y acheminer.

Le groupe communiste républicain et citoyen apprécie, Monsieur le Ministre, l’effort consenti en matière de coopération et de développement dans ce budget, mais avec 0,4% du PIB nous sommes toujours loin d’atteindre des 0,7% prévus. Il faudra y parvenir en temps voulu et pourquoi pas avant, en posant avec force ce problème à l’ONU.

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