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Affaires étrangères et défense

Avant d’être débattu et voté en séance publique, chaque projet ou proposition de loi est examiné par l’une des sept commissions permanentes du Sénat : lois, finances, affaires économiques, affaires étrangères et Défense, affaires culturelles, affaires sociales, aménagement du territoire et du développement durable. Classées par commissions, retrouvez ici les interventions générales et les explications de vote des sénateurs CRC.

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Conseil européen du 14 décembre 2007

Par / 12 décembre 2007

Monsieur le président, monsieur le secrétaire d’État, mes chers collègues, à la veille de la signature par les chefs d’État et de gouvernement du traité modificatif, force est de constater que la stratégie censée relancer la construction européenne consiste à contourner les problèmes en déclarant les avoir résolus !

Quels enseignements les dirigeants européens ont-ils tirés du rejet du traité constitutionnel par les Français et les Néerlandais en 2005, monsieur le secrétaire d’État ? Ils ont tous simplement essayé de faire passer ce « non » pour un incident de parcours, de le nier, de l’effacer, comme si de rien n’était. Surtout, les dirigeants européens ont décidé une reprise en main loin des peuples, ce qui s’est traduit très clairement dans la méthode choisie pour élaborer le traité de Lisbonne.

Tout est allé très vite, comme vous l’avez indiqué, monsieur le secrétaire d’État, devant la délégation du Sénat pour l’Union européenne : « Il s’agit sans doute de la Conférence intergouvernementale la plus courte de l’histoire de la construction européenne. Les délais d’élaboration du traité ont été particulièrement rapides entre mai 2007 et mi-octobre ».

En effet, après l’échec de la ratification du traité établissant une constitution pour l’Europe, la relance de l’Union européenne a été décidée en contournant les peuples. Les États membres ont tout orchestré sans consulter ni informer les citoyens européens.

Pour la première fois dans l’histoire des révisions des traités, la Conférence intergouvernementale a été chargée non pas d’élaborer les modifications du nouveau traité, mais simplement de « retranscrire » les principes et règles arrêtés par les chefs d’État et de gouvernement réunis lors du Conseil européen de Bruxelles les 21 et 22 juin 2007.

Autrement dit, monsieur le secrétaire d’État, après l’échec de la constitution européenne, les dirigeants européens ont décidé d’abandonner l’expérience qui avait été mise en place pour l’élaboration du traité constitutionnel européen. Je rappelle qu’une Convention sur l’avenir de l’Europe avait élaboré le projet de constitution européenne. L’originalité de la méthode conventionnelle résidait dans sa mixité organique : des membres des parlements nationaux et européens côtoyaient les représentants des exécutifs nationaux et de la Commission européenne.

Les dirigeants européens ont pourtant opté pour le retour à la méthode intergouvernementale, totalement opaque, caractérisée par des négociations à huis clos, sans représentation des institutions démocratiques que sont les parlements.

Sans surprise donc, la Conférence intergouvernementale et le sommet de Lisbonne ont donné lieu à des marchandages interétatiques, qui se sont faits au détriment de la défense de l’intérêt général européen. Les tractations pour obtenir un siège supplémentaire au Parlement européen, un poste d’avocat général à la Cour de justice des Communautés européennes ou encore pour se voir accorder quelques dérogations témoignent, monsieur le secrétaire d’État, que la définition d’une grande ambition pour l’Union européenne n’est pas encore à l’ordre du jour.

Nous regrettons le renoncement des dirigeants européens à la transparence et à la simplification. Nous pouvons également mesurer les limites de leur unité pour relever les défis de la mondialisation.

Au-delà de la méthode choisie pour l’élaboration du traité, son contenu, sur lequel les chefs d’État et de gouvernement se sont mis d’accord lors du Conseil européen informel de Lisbonne des 18 et 19 octobre 2007, ne répond pas aux attentes que notre peuple a majoritairement exprimées.

Comme son nom l’indique, le traité modificatif amende les traités existants, c’est-à-dire le traité sur l’Union européenne et le traité instituant la Communauté européenne.

Pendant la campagne pour l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy avait annoncé qu’il ferait ratifier par voie parlementaire un « mini-traité » ou un « traité simplifié » prenant en considération les attentes des Français ayant rejeté le traité constitutionnel européen.

En fait de prétendue « simplification », le texte amoncelle les amendements apportés aux traités en vigueur avec des modifications d’articles renvoyant elles-mêmes à d’autres articles. Le nouveau traité est tout simplement illisible pour les non-spécialistes. L’ambition initiale de simplification a donc été écartée. L’illisibilité du traité rend ainsi impossible tout débat citoyen. Je ne sais pas si c’était l’objectif recherché, mais si tel est le cas, c’est un franc succès, monsieur le secrétaire d’État !

Plus précisément, comme tous les observateurs peuvent le constater, le traité de Lisbonne reprend en règle générale le contenu du traité constitutionnel. Ainsi, au lendemain du Conseil européen de juin, le principal auteur du traité constitutionnel, Valéry Giscard d’Estaing, reconnaissait que ce texte était, en fait, « le retour d’une grande partie de la substance du traité constitutionnel ».

Certes, le terme « constitution » a été abandonné, de même que la référence aux symboles, comme l’hymne ou le drapeau. En revanche, le déficit démocratique et l’orientation libérale de toutes les politiques européennes demeurent intacts.

D’un point de vue institutionnel, rien n’est fait pour combler le déficit démocratique de l’Union.

La Banque centrale européenne restera indépendante du pouvoir politique et continuera d’avoir pour seule mission de rendre crédible la zone euro aux marchés financiers.

Les pouvoirs seront toujours concentrés dans les instances non élues, comme la Commission européenne et la Cour de justice des Communautés européennes.

S’agissant de l’évolution du rôle des parlements nationaux dans le processus décisionnel communautaire, le traité de Lisbonne, comme le traité établissant une Constitution pour l’Europe, semble, à première vue, apporter une évolution positive, mais si faible.

Ainsi, force est de constater que les prérogatives reconnues aux parlements nationaux sont absolument insuffisantes.

Tout d’abord, rappelons que les résolutions votées dans le cadre de l’article 88-4 de la Constitution n’ont aucun caractère contraignant.

Ensuite, concernant l’évolution relative à l’application du principe de subsidiarité, le protocole n° 2 annexé au traité de Lisbonne ne fait pas des parlements nationaux les nouveaux garants de son respect, contrairement à ce que certains voudraient nous faire croire.

En outre, la faculté reconnue aux parlements nationaux de s’opposer à la mise en oeuvre de la procédure de révision simplifiée n’est qu’un pouvoir d’empêchement relatif et, en aucun cas, un pouvoir de proposition.

Par ailleurs, l’opposition peut seulement intervenir dans le cadre du Parlement national, c’est-à-dire via une motion adoptée en termes identiques par l’Assemblée nationale et le Sénat, ce qui donne un droit de veto à ce dernier quand la majorité de l’Assemblée nationale n’est pas de la même couleur politique.

De surcroît, nous contestons que cette procédure ne soit pas soumise au peuple souverain. Selon nous, le recours à ces « clauses passerelles » exigerait une consultation des Françaises et des Français.

Monsieur le secrétaire d’État, le traité de Lisbonne ne change rien non plus au contenu des politiques économiques et sociales européennes. Contrairement aux déclarations de Nicolas Sarkozy, le nouveau traité reconduit la « concurrence libre et non faussée ». En effet, si la mention ne figure plus parmi les objectifs de l’Union, elle est reprise dans un protocole annexé au traité et reste la référence de toutes les politiques. Prétendre avoir fait un geste fort en faisant disparaître cette mention de la concurrence des objectifs de l’Union européenne ne constitue rien de moins qu’une simulation d’acte politique, un simulacre de rupture.

Et, comme le traité constitutionnel européen, le nouveau traité reprend intégralement le carcan du pacte de stabilité et de croissance, en enlevant aux États toute marge de manoeuvre pour conduire des politiques de croissance et d’investissements publics, sans compter que les services publics restent soumis aux règles de la concurrence.

Dans ce cadre, la lutte contre le changement climatique, qui a été évoquée ce matin, ou le renforcement du marché de l’énergie, objectifs pointés par l’Union européenne, ne pourront pas s’accomplir, monsieur le secrétaire d’État.

En effet, laisser la régulation du secteur de l’énergie aux mains des entreprises privées et des impératifs de marché de court terme place de fait les pouvoirs publics en dehors de la recherche d’une réponse aux enjeux de préservation de l’environnement et d’accès de tous à un bien universel.

Pour cette raison, nous demandons régulièrement qu’un bilan soit réalisé sur les conséquences de l’ouverture aux marchés imposée par les politiques menées par l’Union européenne.

Par ailleurs, la Charte des droits fondamentaux, adoptée en 2000, qui faisait partie intégrante du traité constitutionnel européen, a été retirée du corps du texte. Le nouveau traité en fait seulement mention à l’article 6, précisant tout de même que la Charte a « la même valeur juridique que les traités ».

Un protocole annexé au traité prévoit que la Charte n’est pas applicable à la Pologne ou au Royaume-Uni, ce qui est bien regrettable.

En outre, il est rappelé que « les dispositions de la Charte n’étendent en aucune manière les compétences de l’Union ».

De plus, la version de la Charte qui sera retenue est celle qui figure dans l’ex-projet de traité constitutionnel, dont nous savons qu’elle vide certains articles de toute substance.

Voilà comment les droits et libertés inscrits dans la Charte des droits fondamentaux sont restreints ou mis purement et simplement à l’écart.

S’agissant de la politique de sécurité et de défense commune, comment ne pas faire mention de sa subordination directe à l’OTAN ? Ainsi, le deuxième alinéa de l’article 42 du traité dispose que la politique de l’Union européenne « respecte les obligations découlant du traité de l’Atlantique Nord pour certains États membres qui considèrent que leur défense commune est réalisée dans le cadre de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord » et qu’elle est « compatible avec la politique commune de sécurité et de défense arrêtée dans ce cadre ». Nous contestons cette allégeance.

Permettez-moi également d’aborder brièvement les opérations extérieures. Au-delà de ce qui a été évoqué pour le Kosovo - je pense notamment au devenir de la KFOR -, nous verrons bien quelles initiatives seront prises pour assurer la sécurité des réfugiés du Darfour au Tchad, sujet qui devrait être abordé demain lors du Conseil européen. Pour ma part, compte tenu des positions des différents pays européens, notamment du Royaume-Uni et de l’Allemagne, j’ai les plus grandes inquiétudes à cet égard.

Par ailleurs, des signes clairs sont donnés pour la course à l’armement. Ainsi, selon le troisième alinéa de l’article 42 du traité, les États membres « s’engagent à améliorer progressivement leurs capacités militaires ». Ce type de dispositions avait alimenté les craintes d’une dérive militariste de l’Union et consolidé le « non ». Nous restons donc sur nos positions, puisque rien n’a changé de ce point de vue.

Ce nouveau traité, dit « simplifié », est présenté comme une étape historique par certains et le Président de la République souhaite obtenir sa ratification par voie parlementaire. Or il est admis que l’essentiel du traité constitutionnel européen rejeté par les Français au mois de mai 2005 est maintenu par le traité de Lisbonne. Dès lors, comment comprendre que le Président de la République décide seul d’une ratification par voie parlementaire ?

Il s’agit là d’un choix inacceptable, qui s’apparente à un déni de démocratie. On ne peut pas ainsi revenir sur le choix des Français sans les consulter. Le déficit démocratique dont souffre l’Union européenne ne sera certainement pas résorbé en contournant le peuple ou par la création d’un « comité de sages » dont le manque de légitimité démocratique traduit, au contraire, l’aggravation du fossé entre les dirigeants européens et les peuples.

Non, monsieur le secrétaire d’État, la page n’est pas tournée et les doutes ne sont pas levés sur cette construction européenne qui s’impose aux peuples ! À vouloir faire sans eux, on finit toujours par faire contre eux. C’est pourquoi nous appelons tous les parlementaires attachés à la démocratie et à une Europe fondée sur l’adhésion des peuples, qu’ils soient pour ou contre ce nouveau traité, à exiger la tenue d’un référendum !

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