Groupe Communiste, Républicain, Citoyen et Écologiste

Affaires sociales

Avant d’être débattu et voté en séance publique, chaque projet ou proposition de loi est examiné par l’une des sept commissions permanentes du Sénat : lois, finances, affaires économiques, affaires étrangères et Défense, affaires culturelles, affaires sociales, aménagement du territoire et du développement durable. Classées par commissions, retrouvez ici les interventions générales et les explications de vote des sénateurs CRC.

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Cohésion sociale : question préalable

Par / 27 octobre 2004

par Jack Ralite

Je trouve que vous n’avez vraiment pas de chance, M. le Ministre.

Voila des mois que vous vous faites réputation d’une politique sociale concernant l’emploi, le logement et l’égalité des chances et que pour ce faire, vous vous déplacez, vous consultez, vous allez même au royaume de Danemark, qui à entendre tous ses visiteurs en cohésion sociale n’est plus pourri comme au temps d’Elseneur. Mais demeurent encore des Fortinbras. Je m’explique : vous étiez parvenu à un ensemble dont le Conseil Economique et Social a dit très fort toutes les limites mais dont personne ne niait l’orientation humanitaire. Je ne dis pas humaniste. En effet, votre projet tente de panser des plaies mais ne s’en prend jamais à la racine des choses. Vous partez et parlez du malheur des pauvres, mais pas du mal. Vous traitez le pauvre dans l’homme, et non l’homme dans le pauvre. Eh bien, même cela, les Fortinbras d’aujourd’hui n’en veulent pas.

Ils vous ont encadré, d’abord par le projet de loi Medef-Larcher, - comble d’ironie, M. Larcher, secrétaire d’Etat, dépend de votre ministère - projet de loi ultra-dérégulateur pour les licenciements économiques et quasi-silencieux pour les licenciements des précaires, et par le rapport Camdessus qui a quelques idées originales comme votre plan d’origine mais qui est un document Medef-Camdessus-Sarkozy, c’est-à-dire un manifeste de politique libérale sur les questions que vous abordez. Vous avez constaté l’émotion créée, au point que Matignon a enlevé l’aspect le plus provocateur du projet de loi Medef-Larcher, et a mis dans un tiroir provisoirement le rapport Medef-Camdessus-Sarkozy. Je suis presque tenté de dire « les Fortinbras veillent au grain », et les 20 amendements du Medef apportés à la Commission des Affaires sociales avec un blanc, espérant être empli par le nom d’un sénateur le prouvent. Et pourtant, vous n’alliez pas bien loin au moment où il faut aller jusqu’au bout. Et le jusqu’au bout aujourd’hui c’est l’humain. Un de mes très chers amis me disait récemment : « l’humanité peut très bien avoir à faire face dans un avenir proche au problème de sa réhumanisation ».

Je crois que nous y sommes, et ayant participé à la journée du 17 octobre contre la pauvreté dans le monde et rentrant de Stresa en Italie où s’est tenu le Forum Politique Mondial contre la pauvreté, je sais que c’est vrai pour d’innombrables habitants de la planète. J’ajouterai, ma vie quotidienne, là où j’habite, où je suis élu depuis 45 ans, mais aussi ma participation aux luttes des techniciens et artistes du spectacle, me le montrent, dans le cadre de ce qu’il faut bien appeler le retour de la pauvreté dans les pays riches dont témoignaient encore dimanche dernier les Etats Généraux du Social parfaitement illustrés par la déclaration d’une de ses participantes, professionnelle de la lutte contre la misère sociale : « On nous demande de concilier l’inconciliable, de trouver des solutions qui n’existent pas ».

Soyons clairs, votre projet ne convient pas. Vous ne parviendrez pas à vos objectifs déclarés, parce que vous ne contrez pas la spirale de la pauvreté. Vous allez dans le mur, même en klaxonnant. Ecoutez, et je me limite à mon expérience, ce qu’est pour l’humain la pauvreté dans une banlieue : celle de la communauté de communes « Plaine-Commune », qui regroupe huit villes dont Saint-Denis, La Courneuve, Aubervilliers ; celui qui traverse la Plaine-Saint-denis, qui se rend au Stade de France, au Théâtre de la Commune, à Zingaro, à la Basilique de Saint-Denis ou au Parc de La Courneuve se dit : ça marche, en tout cas, ça bouge, ça construit, ça travaille. Un chiffre l’illustre : ces huit communes ont retrouvé ou plutôt trouvé en trois-quatre ans, où se sont construites ou agrandies 290 entreprises, les chiffres d’emploi de 1970.

Pourtant, celui qui prend la peine de s’arrêter et d’écouter éperdument même les silences découvre ceci : dans ces villes, où les municipalités s’acharnent, et souvent de manière novatrice à développer des politiques sociales, culturelles, éducatives, environnementales, industrielles efficaces, où les responsabilités, disait un professeur du Collège de France, sont prises à plein, et plus qu’ailleurs, si on considère la base des revenus imposables de l’ensemble des foyers fiscaux, les huit communes sont parmi les 35 dernières communes des 1300 communes d’Ile de France. Saint-Denis étant la 1291ème et Aubervilliers la 1299ème, l’avant-dernière. Si on regarde dans le rétroviseur, c’est-à-dire en 1991, les huit communes étaient dans les 114 dernières.

Elles ont donc reculé. Il s’agit de chiffres, mais au-delà, c’est dans ce lieu qu’il y a le plus de prématurés, de scolarités contrariées, interrompues ou inabouties, de saturnisme, de pratiques contraintes, le plus de ruptures affectives, d’immigration de la misère, et de décrochements professionnels. Nous y trouvons un monde multidimensionnel où la civilisation connaît des fissures liées comme à une métamorphose, mot plus complexe que crise. Cela crée comme un écart lent mais proliférant, une déchirure majeure que nous ne savons pas encore nommer et qui nous met en panne, et le mot exclusion est un mot-sac, qui pour sembler dire la réalité de ces populations, surfe sur le réel, n’embraye pas, gêne la pensée pour peu qu’on cherche des solutions. Alors, certains parlent d’ « hommes à part », d’ « hommes dépréciés », d’ « habitants intermédiaires », à propos de qui Mc Solaar chante :

« à l’heure où la joie laisse place à la douleur,
où l’inquiétude laisse place à la peur,
on abandonne, détruit
toute idée de vie.
Est-ce une philosophie ? »

En tout cas, ce n’est pas une philosophie de l’humain. La banlieue n’est pas une maladie sociale, c’est la société entière qui est malade. Ceux qui y souffrent et galèrent ne sont pas des gens à part, ils peuvent être même source d’innovation à la mesure des déchirements dont ils sont victimes. Allons chercher au fond du sac « exclusion » :

J’y ai trouvé d’abord une phrase de M. Ernest-Antoine Seillière : « l’acquis social doit céder devant la nécessité économique ». C’est le règne du profit sans rivage. Cette pratique est galopante à l’ère de la financiarisation dans la mondialisation. On entend dire quand les licenciements où la précarisation arrivent, « c’est une page qui se tourne ». Une ouvrière de Daewoo en Lorraine répliquait « peut-être, mais nous on était sur la page ». Nous sommes à un « moment brèche » qui nécessite la fonction du refus à l’étage voulu.

Dans un livre de François Bon, Temps Machine, un ouvrier déclare : « la maladie qui gagne c’est celle de notre vengeance de mains noires parce qu’ils ne savent plus quoi faire de nous ». C’est une réaction « d’effacés », d’ « engloutis », d’êtres à qui il est demandé de se faire oublier, de rester à quai comme assignés à résidence. Ces êtres se considèrent comme en trop et sont gagnés par une culpabilité profonde jusqu’à la haine de soi. Il n’ont bientôt plus pour être indemnisés de leur malheur que leur vengeance imaginaire. Ils sont entrés dans des histoires closes et sont privés du « risque de vivre », seul moyen pourtant d’avoir le « risque de guérir ».

La violence est au bout de cette souffrance. Violence contre soi (la drogue et parfois le suicide), contre autrui (la délinquance et plus, comme à Nanterre où 8 conseillers municipaux ont été tués en séance du conseil municipal). Comment ne pas être violent quand on est relégué hors de l’humain ? C’est comme faire disparaître sans tuer. C’est une violence invisible qui trouve sa source non dans une barbarie mais dans la souffrance de celui qui y est acculé.

Ces êtres sont alors suspendus dans le vide, entre « un passé luisant » et « un avenir incolore » disait Apollinaire. Ils cherchent alors un responsable et c’est malheureusement souvent celui qui paraît étrange (l’étrange pauvre), l’étranger (le pauvre étranger), l’émigré. C’est ainsi que se « racise » la question sociale. Dans le désemparement d’eux-mêmes les gens se retrouvent dans le « quotidien de leurs haines », et c’est « le dernier jour de se donner la main ». C’est la différence indifférente aux autres différences, c’est l’inhospitalité.

Chacun a des facultés d’étonnement, d’imagination. Or au travail les conditions d’aujourd’hui mutilent ces capacités et empêchent un dialogue entre eux et la création culturelle. On peut parler « d’un fantasme patronal rêvant de salariés qui savent, mais qui ne pensent pas », de « boxeurs manchots », dirait Tennessee Williams. « L’homme est visiblement fait pour penser, c’est toute sa dignité », selon Pascal. Là se pose la question centrale du travail (le travail entendu comme activité délibérée de civilisation du réel) et de son traitement qui ne saurait se limiter à une amélioration du hors travail. Il faut pouvoir respirer au travail sinon ce dernier empoisonne la vie.

Une souffrance est aussi la déliaison du « lien social ». Tout le monde ne peut pas être l’ami de tout le monde, mais le « lien social » n’a jamais nié le conflit ; il en est la conséquence en même temps que le dépassement. Il ne se réduit pas au lien civil ou à ce qu’on appelle la proximité qui souvent n’est que physique, et n’est pas la source d’une proximité sociale. Dans notre société marquée par le capitalisme international et national, il y a tant d’interdits majeurs que le « lien social » est un immense travail. Il ne saurait s’identifier à la « cohésion sociale », nouvelle tentative de faire consensus, qui évitant de poser les problèmes, ne fait que les accroître. En fait, la politique du gouvernement se nourrit par son échec.

A ces êtres l’Etat et le patronat avec leur singularité et leur épaulement réciproques ne proposent que la norme, l’idéal d’un homme dit normal, alors que la normalité c’est la victoire du moment sur le devenir. Et l’homme normal existe-t-il ? La vie est mobile et on ne peut la mettre entre parenthèses. La norme est devenue une des formes majeures de l’exercice du pouvoir à l’entreprise comme dans la société. C’est un outil essentiel pour la fabrique de subjectivités adéquates au pouvoir. C’est dessaisir un sujet de son arbitraire qui s’exprime dans ses actes.

C’est le refus des actes et l’apologie des protocoles et des schémas de comportement, des évaluations et accréditations, c’est le façonnement manipulateur du « lien social ». C’est l’alignement sur la « performance » dont les illustrations les plus caricaturales en France dans la dernière période sont la tentative de l’Etat de normaliser, de contrôler l’intime à travers une organisation rapprochée de la psychanalyse, et la déclaration du PDG de TF1 : « mon travail est de rendre les cerveaux disponibles aux publicitaires ».

A énumérer ces problèmes touchant aux esprits, aux cœurs et aux corps, on est frappés par la corruption du vocabulaire. La langue devient trompeuse et manipule. Jamais n’ont été inventés tant de mots nouveaux. Songeons à « l’insertion par le travail », aux « emplois inadéquats », aux « ouvriers employables », aux « chômeurs à insérer », aux « chercheurs d’emploi », à « l’activité ». Les mots deviennent des voiles et facilitent la diffusion opiniâtre de la précarité, de l’insécurité sociale particulièrement chez les jeunes, c’est-à-dire de la déstabilisation du travail, qui se répercute comme une onde de choc dans toute la vie sociale.

Mais la question la plus fondamentale est l’absence, la privation d’avenir avec ses repliements sur soi, son coin, son pays, sa communauté, et la dérive communautariste.

Il faut bien reconnaître que ces dernières années les chocs internationaux ont été terribles jusqu’à rendre invisibles les bougés sociaux et culturels qui exigent autant réponse que les attaques et les effondrements. Si l’on songe aux sans travail, sans logement, sans papier, sans domicile fixe, sans voix, sans relation, sans espoir, « être au monde » est bousculé, fracturé parfois bousillé jusqu’à ne plus avoir de terrain commun.

C’est le règne de la loterie du marché, de l’arrogance, de l’insensé, de la pollution des rapports humains, de l’analphabétisme social, au mieux d’une pensée restreinte du commun. Le commun, ce mot qui a joué un si grand rôle est aujourd’hui handicapé notamment par ce qui est arrivé au mot communiste qui a été liquidé à la manière du bébé jeté avec l’eau du bain. Nous avons donc à reconstruire le commun, l’en-commun autrement, en le toilettant de ses aberrations possibles : étatisme, communautarisme, nature commune, commun fusionnel, empêchant la reconnaissance des singularités et brouillant le sens à être ensemble pour de l’universel, qui a tant besoin de conscience commune, de « souverain bien » comme disait Spinoza, d’ « individualités serviables », de « correspondances avec les autres » (l’expression est de Fourrier).

Nous devons beaucoup plus travailler pour que chacun, chacune puisse faire de nouveaux commencements. Pour cela s’il faut « se souvenir de l’avenir », s’inspirer du conseil d’Heiner Müller « l’herbe même il faut la faucher afin qu’elle reste verte », il ne faut pas tout évaluer en terme de dégradation, de perte, de déclin, de crise, sources de désenchantement, il faut surtout oser affronter avec rigueur et courage et ne pas dire « le capitalisme est une donnée et non une variable », ce qui nourrit l’impuissance démissionnaire. On voit ce qu’il en est à l’OMC, à la Banque Mondiale, à Bruxelles et dans chaque pays, en France notamment où l’on est trop souvent adepte du consensus mou, ou partisan d’un monde séparé. René Char avait raison : « la réalité ne peut être franchie que soulevée ».

Le RMI, la CMU sont d’excellentes mesures qui concernent des millions de personnes mais il faut aller beaucoup plus loin et je retiendrai une idée de l’historien britannique Eric Hobsbawm : « la distribution sociale, plutôt que la croissance, devrait dominer la vie politique du prochain millénaire. L’allocation des ressources hors du marché ou tout au moins la limitation sévère de l’allocation par le marché est essentielle ... d’une manière ou d’une autre, le sort de l’humanité dépend de la restauration des autorités publiques ». C’est nécessaire en France surtout, où la politique qui se faisait essentiellement dans les institutions est principalement émise aujourd’hui par les grandes entreprises financiarisées qui imposent leur point de vue. Le gouvernement de M. Raffarin obtempère le plus souvent alors que - je reprend Hobsbawm - « le problème politique majeur du monde, et certainement du monde développé n’est pas, comment démultiplier la richesse des nations, mais comment la distribuer au bénéfice de leurs habitants ».

C’est un travail inouï de convaincre de cette démarche mais c’est un travail incontournable et urgent de trajets à tracer, d’actions exploratrices dans ce monde de dédales non repérés qui connaît le chaos, l’encombrement, la complexité, l’instantanéité, la croyance, la violence, l’impuissance.

Pour cela la société doit être appréhendée dans son ensemble sans vouloir l’achèvement. On ne joue pas au mécano. L’homme disait Virgile est « une pierre vivante dans la construction humaine ».

A Aubervilliers, j’ai trouvé et j’écoute éperdument les cris et les silences, ce qui rassemble et s’écarte, se pénètre et se croise, fait contact et fait contrat, ce qui efface des certitudes et emporte vers l’ailleurs. J’ai rencontré de grands déracinements, des lieux de refuge temporaires, le grand écart emplois nouveaux - populations ancienne et nouvelle, souvent paupérisées. Comme maire, j’ai été une cousette chaque jour faisant du tricot social souvent cisaille l’instant suivant. J’ai essayé et il faut continuer tous les micro-projets en triant dans la galaxie de trucs soit disant miraculeux. J’ai refusé de substituer l’utopie technicienne à l’utopie sociale. Je me suis libéré de la manie de l’expertise qui émiette tout et censure le sens. Je n’ai pas confondu l’humanitaire indispensable quotidien et l’humanisme incontournable fondamental. J’ai appris à ne pas revenir mais à venir.

J’ai appris que pour beaucoup de pauvres les notions de temps et de durée ne sont plus des éléments du raisonnement. J’ai vu le « recul » de la préoccupation santé notamment chez des jeunes. J’ai compris qu’il n’y a pas de petite digue, qu’il faut résister et que dans ce mot se trouvait une des sources du construire, ce construire à ne jamais remettre au lendemain : ainsi la Plaine-Saint-Denis que les villes d’Aubervilliers et de Saint-Denis dans un vrai partenariat de durée ont pensée, initiée et démarrée malgré un Etat très frileux au début et toujours distant. Nous avons beaucoup avancé mais reste une hantise, la coupure, parfois la défiance qui peut aller jusqu’à une certaine haine silencieuse entre ceux que cette Plaine Saint-Denis a permis d’aller de l’avant et ceux qu’elle a laissés de côté. Nous sommes à l’heure exacte de la conscience et s’impose à nous de rassembler audacieusement et courageusement contre la vision commerciale du monde et pour ce que Victor Hugo appelait « la quantité de réel qui est dans ce que les hommes appellent l’impossible ».

Il ne s’agit pas de se clore dans un assemblement mais de vivre ensemble conflictuellement sans doute, avec des contradictions évolutives, pour fabriquer des processus qui mèneront progressivement, en arrachant le chiendent de l’ignorance de l’autre, vers des bornes que l’on voudrait infranchissables pour protéger « l’irréductible humain » que votre projet ne traite pas à la dimension souhaitable. Permettez-moi de prendre trois exemples :

- premièrement, l’emploi. Trouvez vous normal que l’entreprise Metaleurop qui gagne de l’argent, quand une filiale en perd et licencie, n’assume aucune responsabilité au moment du dépôt de bilan, alors qu’elle devrait assumer avec la filiale le plan social. Trouvez-vous normal que l’entreprise Lacoste qui chaque année vend deux ou trois usines à des repreneurs essentiellement chercheurs de prime n’ait aucune responsabilité quand ces repreneurs licencient. Ces deux questions auraient du être réglées par votre projet de loi. Et ça n’est pas la révolution. Mais cela concerne 85% des gens licenciés, qui souvent, surtout dans les régions mono-industrielles « coulent à pic ».

- deuxièmement, le logement. Le comité interministériel relatif aux exclusions a repris certaines propositions de la Conférence nationale de lutte contre l’exclusion et des Assises du logement qui se sont tenues en juillet, notamment le renforcement de la veille sociale et des SAMU sociaux, et l’humanisation des centres d’hébergement d’urgence. Ces décisions qui avaient autorité d’Etat ne se retrouvent pas dans votre plan. Est-ce parce que le budget 2005 n’a rien prévu ? Pour la construction de logements sociaux, l’aide gouvernementale à la pierre n’est pas augmentée et les collectivités territoriales comme les fonds propres des HLM sont appelés en renfort. Mais le total ne bouge pas et étant donnée la hausse des prix, notamment des terrains et de la construction, le montant des loyers neufs HLM est très élevé. Or, la demande d’indexer l’APL sur la valorisation du loyer plafond n’a pas été acceptée. Conclusion : construction faible, loyer cher, APL dévalorisée, accès des plus pauvres au logement social limité, voire dans certains cas impossible. On peut évoquer aussi le droit opposable. Cette idée initiée par le Haut Comité pour le Logement des Personnes Défavorisées et reconnue valable par le Président de la République n’est pas prise en compte par votre plan alors qu’elle est un moyen décisif pour que les pauvres ne soient pas les laissés-pour-compte dans certaines villes.

- troisièmement, l’égalité des chances. La lutte contre les discriminations, notamment frappant les immigrés, ne dépasse pas son énoncé. Un article prévoit la fusion de deux comités en un troisième (quel temps faudra-t-il ?), mais au-delà de ce redécoupage administratif aucune mesure concrète substantielle, aucun financement correspondant ne sont mentionnés. Et ne croyez-vous pas que votre projet de loi était une opportunité pour voir inscrit le vote des immigrés en France ce qui mettrait fin à l’une des plus grandes ségrégations démocratiques de notre pays ?

Je ne veux pas allonger ce propos concernant la pauvreté la grande plaie du monde aujourd’hui, une sorte de bombe à retardement. En tout cas, à travers votre projet et la réalité générale de la pauvreté, la preuve est faite de l’incapacité du libéralisme à piloter humainement le monde. C’est une calamité, mais j’ajoute tout de suite, ça n’est pas une fatalité. Le mot désespoir n’est pas politique, et le mot respect n’a pas à connaître la pénurie. Il faut oser sortir dans la rue, la rue d’ici, la rue d’Europe, la rue du Monde, et charger sur ses épaules, pour la vérité, la dissonance de la ville. Il y a là une socialité nouvelle.

Nous devons, nous pouvons faire société, une société où le mot égalité ne serait plus un gros mot, une société où les « rejetés » et les « maintenus » se retrouveraient comme « individus de l’histoire du monde », conscients d’une « communauté qui vient », avec sa « citoyenneté sociale » permettant à chacune, chacun de sortir de la délégation passive, de voir le bout de ses actes, de ne plus se dévaloriser, de prendre la parole, de promouvoir de nouveaux droits et une nouvelle logique sociale dans une nouvelle vie publique.

Nous allons pendant plusieurs jours débattre de ces questions avec nos mots, notre langue, avec le langage de chacun, mais c’est d’actes qu’il y a besoin, parce que le langage est arrivé à ses limites, et moi qui suis passionné de théâtre, ce bêchage incessant du terrain humain qui dans son champ de forces très petit fait jouer toujours toute l’histoire de l’humanité, je pense à Molière et comme plusieurs de ses personnages immortels, je dis pour retrouver ou plutôt trouver le monde, je crie : « J’ENRAGE ». Telle est la saveur, la couleur, l’exigence, la volonté politique de la question préalable que le groupe Communiste Républicain et Citoyen m’a demandé de défendre.

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