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Affaires sociales

Avant d’être débattu et voté en séance publique, chaque projet ou proposition de loi est examiné par l’une des sept commissions permanentes du Sénat : lois, finances, affaires économiques, affaires étrangères et Défense, affaires culturelles, affaires sociales, aménagement du territoire et du développement durable. Classées par commissions, retrouvez ici les interventions générales et les explications de vote des sénateurs CRC.

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Retraites : l’inquiétude des Réunionnais

Par / 7 juillet 2003

par Paul Verges

Monsieur le Président,
Messieurs les Ministres,
Mes Chers collègues,

Ce n’est pas un Réunionnais qu’il faut convaincre de l’importance de la donnée démographique dans l’élaboration des politiques publiques.

Je pense même que cette donnée universelle demeure sous estimée, dans la résolution des problèmes mondiaux bien sur, mais aussi, dans l’approche de ceux de l’outre-mer et de la Réunion en particulier.

Avec les changements climatiques, la révolution démographique en cours est un de ces courants profonds, constants et dynamiques, qui opère chaque jour silencieusement. Faute d’avoir été anticipé dans ses conséquences dans tous les domaines, elle finira par nous surprendre et déferler comme une vague que l’on aura pas voulu voir venir.

Nous vivons aujourd’hui un phénomène qui affecte tous les pays.
D’un côté la majorité des pays développés, du Nord d’Europe en particulier sont confrontés au phénomène du vieillissement de leur population ; de l’autre, une écrasante proportion de pays en retard de développement n’ont pas encore achevé leur transition démographique et leur population continuera d’augmenter au cours des prochaines décennies.

En 2025, c’est à dire demain, les pays développés représenteront moins de 20% de la population mondiale : voilà le défi majeur qui est devant nous et qui impose une révolution copernicienne des esprits qui puisse permettre de le relever.

Alors que nous nous posons aujourd’hui, et à raison dans ce contexte de vieillissement de la population, la question des retraites et celle de savoir comment il sera possible d’ assurer une retraite décente à l’ensemble des salariés, des deux côtés de l’Equateur, on se demande comment nourrir, habiller, loger, éduquer des centaines de millions de personnes supplémentaires.
Dans ce débat national, le positionnement de la Réunion est inédit.

Inédit puisque notre île combine dans ses structures économiques et sociales des caractéristiques tant de pays développés que de pays sous-développés. Cet entre-deux est souvent source de difficultés et dans ce débat sur les retraites il met en évidence un certain nombre de contradictions en même temps qu’ il souligne la nécessité d’une prise en compte de nos spécificités.

En effet, alors que nous sommes invités, par M le Ministre, à nous pencher sur la « révolution démographique » en France, nous sommes à la Réunion, confrontés à une révolution démographique totalement inverse. En 1950, en effet, la Réunion comptait 241 000 habitants, 600 000 en 1990 et probablement selon les prévisions de l’INSEE, elle atteindra le million d’habitants vers 2020-2025.

En conséquence, si nous comptons aujourd’hui sur 750 000 habitants 303 000 personnes en âge de travailler, soit 40% de la population, nous en compterons 444 000 d’ici 2030 soit une augmentation de 141 000 actifs - 46 % !.

Nous comprenons fort bien la logique qui prévaut au niveau national : Il faut réformer pour un pays qu verra son nombre d’actifs décroître dans des proportions importantes jusqu’à 2030 ; mais autorisez-nous à nous interroger sur les conséquences de l’application à la lettre de cette réforme, dans une société en retard de développement, avec des structures démographiques et sociales diamétralement opposées à celles de la métropole !

L’assimilation législative a ses limites, posées par l’article 73 de la Constitution .

Nos spécificités sociales sont connues : La Réunion compte actuellement 330 000 personnes relevant de la CMU (44% de la population), plus de 120 000 chômeurs inscrits à l’ANPE dont 63% sont des chômeurs de longue durée ; Plus de 58% des jeunes de 16-25 ans n’ont pas de travail ; 165 000 personnes tributaires du RMI, 100 000 sont illetrés… Tous ces chiffres sont des chiffres officiels.

Par ailleurs, l’ensemble des piliers de l’économie réunionnaise pourvoyeurs d’emplois se caractérise par la saisonnalité des activités. La récolte de la canne et sa transformation industrielle s’échelonnent sur une période de cinq mois ; cela est aussi vrai pour les secteurs du tourisme , de la pêche ou des Travaux Publics très dépendants des contrats de chantier.

L’application uniforme chez nous de la réforme se traduira par des difficultés insurmontables pour les salariés pour atteindre le nombre d’années de cotisation suffisant pour toucher une retraite pleine. Nous redoutons que l’application de la réforme se traduise par une aggravation du chômage et par la généralisation du minimum vieillesse qui concerne déjà plus de 51% retraités contre 3,6% au niveau national.

Aussi, je proposerai au cours du débat qu’une étude d’impact soit réalisée sur l’application de la réforme à la Réunion et que si cela était rendu nécessaire que des dispositions spécifiques, adaptées à notre situation très particulière, puissent dans un second temps être imaginées pour notre île.

J’espère, Monsieur le Ministre, que le Gouvernement se montrera attentif à cette proposition.

Celle ci permettrait d’apaiser les vives inquiétudes des réunionnais face à cette réforme et à restaurer le climat de confiance nécessaire au développement au du pays. Dans un contexte social, déjà tendu, ce serait prendre un risque immense que d’ajouter des éléments d’aggravation. Fondé sur un équilibre, de plus en plus, précaire, notre contrat social demande surtout à être consolidé .

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Bio Express

Paul Vergès

Ancien sénateur de La Réunion, décédé le 12 novembre 2016.
Membre de la commission des affaires économiques
Elu le 15 avril 1996
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