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Les communiqués de presse

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Loi sur la Laïcité

Par / 2 mars 2004

Avec le projet de loi du gouvernement, il est davantage question d’un texte de circonstance que d’un outil permettant d’apporter des réponses aux questions soulevées par le port du voile dans les écoles, collèges et lycées.

A tel point que l’on peut se demander qui a intérêt à ce que cette loi soit votée ? A qui va-t-elle profiter ? La laïcité est-elle si menacée qu’il faille légiférer en toute hâte en pleine campagne électorale ?
Autant de questions qu’il convient de se poser avant de se prononcer sur ce texte.

* S’il s’agissait d’un vrai débat sur la laïcité, alors pourquoi ne pas avoir attendu 2005, date anniversaire du centenaire de la loi de 1905 ? Pendant un an, on aurait pu à mon sens élargir le débat dans le pays sur le devenir de la laïcité sur la base du rapport STASI par exemple.
Au lieu de cela, le gouvernement propose un texte pour le moins réducteur comme si la laïcité ne concernait que l’école, que le voile et les jeunes filles qui le portent.
La laïcité qui sert de cohésion dans la pluralité bâtie sur le principe de la citoyenneté, de la souveraineté et du respect des libertés d’opinion, de pensée, de religion, méritait mieux que ce débat qui s’est focalisé - par médias interposés - autour de la seule question du port du voile.
Même les membres de la commission Stasi ont eu le sentiment d’avoir été instrumentalisés et ne reconnaissent pas ce texte comme étant le fruit de leurs travaux. Sur les 27 propositions qu’ils ont formulées, le Président de la République et le gouvernement n’en ont retenu qu’une seule réduisant ainsi la problématique au foulard !

* Au-delà du débat sur la laïcité, il y a le débat sur le statut de la femme et l’égalité homme/femme. Mais il est difficile de parler d’égalité quand la moitié de la société est victime de l’inégalité salariale ; les femmes gagnant en moyenne 27% de moins que les hommes ; quand la précarité et le chômage frappent davantage les femmes que les hommes ; quand le développement de la pauvreté touche en particulier les jeunes et les femmes seules avec enfants ; quand les menaces pèsent sur les droits des femmes.

Les jeunes filles portent le voile pour diverses raisons : certaines sont contraintes et forcées, d’autres y trouvent une identité, d’autres s’en servent pour se protéger, d’autres par devoir religieux. Il est clair que lorsqu’il est imposé, il aliène et remet en cause le principe d’égalité. Mais à ces multiples situations, le projet de loi gouvernemental répond purement et simplement par un interdit.

* Le Président de la République évoque la question du « vivre ensemble » et de l’intégration.
J’estime, quant à moi, que l’on a accordé depuis des mois une importance disproportionnée à la question du foulard par rapport à d’autres problèmes politiques et sociaux autrement plus importants.
Notre société est traversée par une crise profonde et structurelle dans tous les domaines, social, économique, culturel, politique&#133
Je pense que le voile sert, dans ces conditions, d’écran de fumée pour cacher des questions de fond ô combien plus gênantes pour le gouvernement comme le chômage, l’exclusion, les ségrégations, la ghettoïsation, la crise du logement, l’échec scolaire, etc.
Les Sages de la commission Stasi ont, eux-mêmes et à juste titre, largement débordé du cadre strictement religieux et ont multiplié les recommandations visant notamment à inverser la tendance à l’exclusion sociale jugée comme étant une des causes principales de repli.
C’est en effet en période d’insécurité sociale et de désarroi de toute une partie de la population face à l’avenir, que l’on note une certaine tendance au repli identitaire.
Cela pose toute la question du vivre ensemble, de la construction d’une vie en commun en tenant compte des différences culturelles et cultuelles qui existent dans une communauté nationale.
« Quand on légifère sur l’être ensemble c’est que l’être ensemble ne fonctionne plus » nous dit l’universitaire Bruno ETIENNE.

Au-delà de ce qu’on peut penser du port du voile et du refus de l’enlever par - il faut le rappeler - une minorité de jeunes filles, ce refus justifie-t-il une loi ? Est-ce que l’exclusion définitive et donc la déscolarisation ne sont pas finalement plus graves que le port du voile lui-même ?
Combien de jeunes filles vont être protégées par la loi dans la mesure où cette dernière leur permettra de résister aux pressions familiales leur imposant le port du voile ?
Et combien d’autres vont au contraire se radicaliser face à une loi qu’elles ne comprennent pas et qu’elles ressentent comme une loi anti-musulmans ?

Cette loi ne risque-t-elle pas de pousser ces jeunes filles vers un enseignement confessionnel et un communautarisme ?
Et si ce « coup d’arrêt » - l’expression revient en permanence chez les partisans de la loi - destiné à rassurer les Français agissait comme un coup d’accélérateur en attisant le mal être des musulmans ?
Nous serons loin alors de l’objectif affiché aujourd’hui par le gouvernement. Et qu’aura gagné notre République laïque ?

Il ne faut pas oublier que les jeunes filles contraintes de porter le voile sont avant tout des victimes. En les excluant on les punit une seconde fois. Or, ce n’est pas là le rôle de l’école. Son rôle est de les protéger.
Le maintien à l’école est la seule solution, le seul espoir pour ces filles que tout incite dans leur entourage socioculturel à rester confinées dans le rôle de femmes soumises (épouses et mères).
L’école apporte à ces jeunes une ouverture d’esprit, elle est émancipatrice, à l’opposé des attitudes de repli, de fermeture, de peur, dans lesquelles on veut les enfermer.
Rappelons que le citoyen se forge à l’école de la République et qu’il faut du temps.
Je pense qu’il vaut mieux convaincre par le dialogue ces jeunes d’ôter leur voile plutôt que des les y contraindre par la loi. Il faut leur permettre de poursuivre leur scolarité. Plus elles feront d’études, plus elles seront diplômées, plus elles seront autonomes intellectuellement, professionnellement, financièrement, et moins dans leur vie d’adulte elles porteront le voile.

A contrario, l’exclusion est la pire solution pour ces jeunes filles qui constitueront alors des proies idéales pour les fondamentalistes. Que vont-elles devenir ensuite ? Il est fort à parier que celles-ci porteront le voile toute leur vie, sous la domination masculine.
Si l’on reprend les textes fondateurs sur la laïcité, on note que ce principe concerne les programmes scolaires, les locaux, les enseignants mais pas les élèves. C’est l’école qui est laïque, pas ses élèves. Evoquer la laïcité en commençant par édicter des interdits est pour le moins inquiétant.

Le projet de loi en question, même une fois amendé par l’Assemblée nationale, non seulement ne permet pas de traiter le problème au fond - il se contente en effet de donner l’autorité de la loi à des dispositions réglementaires déjà existantes - mais en plus il est d’une parfaite hypocrisie puisque il revient à dire à ces jeunes filles : gardez votre voile mais pas dans la sphère de l’école publique, allez dans les écoles confessionnelles !

Je considère pour ma part que le voile est la partie visible de l’iceberg. En effet, il sert d’écran à toutes les questions d’inégalité et à la crise de la société.
Plus clairement encore, la question du voile ne pose-t-elle pas d’une certaine façon celle de la visibilité publique de l’islam dans notre pays et par voie de conséquence de la place des immigrés et de leurs enfants ?
Ce projet de loi ne risque-t-il pas de stigmatiser un peu plus les musulmans de France ? Isoler de la sorte la question du voile ne peut que susciter un malaise au sein des populations concernées.
Ne risque-t-il pas de renforcer chez ces personnes le sentiment qu’on ne les traite pas comme des Français égaux en droit et en dignité ?

Sans nier une certaine montée des intégrismes en France, qui reste minoritaire et essentiellement concentrée dans les quartiers populaires, il faut noter qu’elle est liée à la quête d’identité et aux difficultés à s’intégrer dans la société qui ne laisse pas la place à ces français qu’on continue de décrire comme étant « issus de l’immigration ». Cette loi risque d’aggraver cette tendance.

C’est le défaut d’intégration qui entraîne le repli communautaire. Il y a là un problème de reconnaissance des différences culturelles alors que la diversité constitue la richesse de notre pays.
Notre pays est en panne d’intégration et voit les discriminations se multiplier : marché du travail ; accès au logement ; violences racistes ; chômage supérieur à la moyenne nationale. Cette loi s’ajoute à ces discriminations.

Et je ne parle pas de la ségrégation qui s’est mise en place dans les grands ensembles, où sont concentrées les familles « d’origine étrangère » selon une politique - plus proche de l’apartheid que d’une politique sociale - menée depuis de trop nombreuses années. Il ne faut pas s’étonner dès lors qu’une partie de cette population (jeunes filles) victimes de ces ségrégations se tournent vers la religion, vers l’intégrisme.

C’est pour toutes ces raisons que je suis opposé à la loi sur la laïcité. C’est à mes yeux une loi de circonstance, stigmatisante, inopérante, inopportune, dangereuse, et qui sera finalement d’application complexe.

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Robert Bret

Ancien sénateur des Bouches-du-Rhône
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