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Nouvelles Prisons : exemple de La Farlède à Toulon

Par / 13 février 2006

Dossier Nouvelles Prisons de la Revue Dedans Dehors de l’Observatoire International des Prisons.

Toulon-La Farlède : un établissement déshumanisé

Le 20 avril 2004, en inaugurant le nouveau centre pénitentiaire de Toulon-La Farlède (Var), le garde des Sceaux d’alors, Dominique Perben, le présentait comme « une remarquable illustration de nos effort pour humaniser notre parc pénitentiaire ». Une opinion démentie par Robert Bret, sénateur des Bouches du Rhône, qui, après une visite de l’établissement le 21 novembre 2005, s’est dit frappé par l’inhumanité de l’établissement et la dureté des conditions de détention.

Quel est votre sentiment après cette visite ?
C’est vraiment une impression de dureté, dès le premier contact. Si l’on compare avec la prison de Saint Roch, l’ancienne maison d’arrêt de Toulon, les conditions peuvent paraître meilleures : beaucoup de détenus sont seuls en cellule, celles-ci possèdent une douche... Mais La Farlède est une grosse unité, avec de grands bâtiments, tirés en angle droit. Le plus oppressant y est l’absence de présence humaine, notamment dans le quartier maison d’arrêt. Tout est surveillé par des caméras, des sas, des interphones. Dans toutes les discussions que j’ai pu avoir, ceux qui, détenus ou personnels, ont connus d’autres établissements, en viennent à les regretter. Car ce type de bâtiment déshumanise. L’aspect inhumain des locaux, le sentiment d’être isolé dans cet univers là, renforcent le choc carcéral. Et rien n’a été pensé pour le détenu.

Est-ce que c’est ce qui explique le grand nombre de suicides que l’établissement a déjà connu ?
Oui, je le pense. Les commissions d’enquête parlementaires avaient déjà souligné le fait qu’on se suicide plus dans ce type d’établissements que dans les prisons plus anciennes. Cela se vérifie ici. Saint-Roch ne connaissait pas le taux de suicides qui existe aujourd’hui à La Farlède, où on déplore déjà quatre suicides (trois selon le directeur, le quatrième serait dû à une overdose). La nouvelle prison du Pontet, dans le Vaucluse, que j’ai également visitée, présente elle aussi un taux de suicide important. Le nombre d’incendies provoqués est également considérable : huit cellules de La Farlède ont été totalement ravagées. Ces éléments confirment le malaise que j’ai évoqué et que j’ai ressenti moi-même en entrant dans l’établissement. Pourtant, en matière de prévention du suicide, je n’ai guère trouvé plus que ce qui se faisait à Saint-Roch. Lorsque j’ai demandé à la direction de la prison quel était leur bilan en la matière, je n’ai eu que des réponses évasives.

Les violences sont aussi nombreuses...
Le plus gros problème concerne les personnes incarcérées pour des affaires de mœurs. Ces détenus se trouvent continuellement confrontés à des brimades et des sévices. Un certain nombre ne sont jamais sortis de leur cellule depuis 18 mois, de peur d’être agressés, battus, voire violés. La direction m’a affirmé que, vu l’ampleur du problème, une réorganisation était en cours, afin de les rassembler sur un bâtiment ou sur des niveaux, avec une cour de promenade séparée, ou à des heures différentes, pour pouvoir les isoler des autres détenus et éviter ou limiter ces violences.

En matière de réinsertion, les actions vous ont-elles paru suffisantes ?
Les installations sont ultramodernes, semblent très fonctionnelles et capables d’accueillir beaucoup de personnes mais j’ai eu des difficultés à avoir des réponses claires sur le nombre de détenus qui en bénéficient. Les seuls chiffres que j’ai pu avoir concernent le travail et la formation. Et ils sont dérisoires par rapport aux capacités de l’établissement. Alors que l’objectif était de 80, seuls 50 détenus travaillent dans les ateliers. 70 autres bénéficient d’une formation professionnelle, comme un CAP Pâtisserie par exemple, pouvant aller jusqu’à 500 heures. Ce sont à peu près les mêmes chiffres que ceux de la prison de Saint-Roch lors de ma précédente visite, alors que les effectifs ont plus que doublés. Je ne sais pas si c’est lié aux entreprises de concession ou à la volonté de l’administration pénitentiaire de laisser les détenus dans leur cellule, mais c’est un véritable problème, d’autant que la population carcérale est de plus en plus paupérisée. Nombreux sont ceux qui n’ont ni revenu ni famille. Les détenus se plaignent également d’un juge de l’application des peines, jugé trop sévère. Cela crée un climat malsain dans l’établissement et cela a d’ailleurs donné lieu à des protestations qui se sont exprimées à travers différents modes d’actions. Cela influe sur leur comportement car ils ne voient pas l’intérêt de leurs efforts, si ceux-ci ne débouchent sur rien en ce qui concerne la longueur de leur incarcération.

L’ouverture de La Farlède a-t-elle apportée une solution aux problèmes de surpopulation ?
Lors de ma visite des Baumettes à Marseille (Bouches-du-Rhône), le 10 décembre, j’ai observé que la surpopulation était moindre que quelques années auparavant. Cela doit donc un peu jouer un rôle de vases communicants, mais, globalement, construire des établissements est une fausse bonne solution. Les statistiques montrent que cela sert surtout à incarcérer toujours plus. Ce qu’avaient craint les commissions d’enquête parlementaires se vérifie. Ils fonctionnent comme des véritables appels d’air à incarcérer : plus il y a de places plus on remplit. Lors de ma visite, la partie maison d’arrêt de La Farlède comptait 476 détenus, pour 373 places théoriques. Je n’ai pas vu de matelas par terre dans les cellules, mais des personnels et des détenus m’ont dit qu’il n’était pas rare d’en rajouter. L’administration utilise également l’ancienne maison d’arrêt de Saint-Roch, qui sert de délestage, alors qu’elle était prévue pour accueillir les personnes en semi-liberté.

Globalement, pensez-vous que ces établissements améliorent les conditions de détention ?
Non, on est bien loin du discours inaugural du garde des Sceaux. Humaniser notre parc pénitentiaire ne passe pas par la construction de nouvelles prisons et surtout pas par ce type d’établissements. Si on ajoute l’inhumanité de l’architecture et la pauvreté des activités, on obtient des prisons très dures. Un autre problème est que, dans ce type d’établissements, le personnel est relativement jeune. Certains venaient de Saint-Roch mais bien souvent ce sont des jeunes qui arrivent de l’Ecole nationale de l’administration pénitentiaire et qui ont pour seule expérience les stages qu’ils ont réalisés pendant leur formation. Le personnel n’est donc pas préparé à ce type de problème.

Que faudrait-il faire selon vous ?
Tant que la politique pénale du pays restera axée sur le tout sécuritaire et la seule incarcération, les conditions de détention continueront de se détériorer tout comme les conditions de travail du personnel pénitentiaire. C’est notre système pénal tout entier qu’il convient de réviser. En 2000, la commission d’enquête sénatoriale concluait qu’il était urgent d’incarcérer moins pour incarcérer mieux, de s’interroger sur le sens de la peine, sur le recours à l’incarcération, et de réfléchir aux alternatives à l’incarcération, aux libérations conditionnelles, à la limitation de la détention provisoire, à la gestion des longues peines, à la future réinsertion des détenus, à la lutte contre la récidive, contre les suicides en prison, etc. Mais aujourd’hui, toutes ces réflexions et pistes de travail sont passées à la trappe.

Propos recueillis par Stéphanie Coye de l’OIP France

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