Groupe Communiste, Républicain, Citoyen et Écologiste

Les courriers officiels

Cinq priorités pour la région Hauts-de-France

Plan d’urgence et de convergence proposé par les cinq parlementaires communistes du Nord et du Pas-de-Calais -

Par / 14 novembre 2017

Lettre au Président de la République

Monsieur le Président de la République,

Notre région, qui est aussi la vôtre, regorge d’atouts, vous le savez bien, mais elle cumule aussi, et depuis de trop nombreuses années, de tristes records. Chômage, santé, espérance de vie, pouvoir d’achat, logement... les signaux d’alerte se multiplient, synonymes d’un territoire ancré dans une crise profonde. Un seul chiffre suffit à en mesurer l’ampleur : sur six millions d’habitants, un million vit sous le seuil de pauvreté. Ce constat est insupportable.

Malgré tous les efforts déployés, sans lesquels la situation serait pire encore, la crise frappe ici plus durement qu’ailleurs, sur une terre industrielle, longtemps portée par un bassin minier exemplaire et courageux. La région des Hauts-de-France est la plus jeune du pays, mais c’est aussi celle où les moins de 25 ans sont les plus nombreux à souffrir du chômage.

C’est pourquoi, Monsieur le Président, nous réclamons depuis très longtemps des mesures d’urgence, comme en Guyane ou comme en Bretagne. La région des Hauts-de-France, qui a tant donné par le passé, doit pouvoir bénéficier aujourd’hui de la solidarité nationale. Nous ne demandons pas l’aumône, encore moins des miettes, mais simplement des moyens pour pouvoir vivre dignement de notre travail. Et pour offrir un véritable avenir à nos enfants.

Le plan d’urgence et de convergence que nous vous soumettons s’articule autour de cinq priorités : l’emploi, le pouvoir d’achat, la santé, la jeunesse et les communes.

L’emploi.

Malgré un passé que personne n’a oublié et des savoir-faire incontestables, notre industrie n’est pas protégée. De celle d’Usinor à Denain jusqu’à Caterpillar à Arras ou Tioxide à Calais, les fermetures d’usines scandent un inadmissible déclin.

De grands groupes menacent toujours de délocaliser leurs activités dans les pays à bas coût, comme dans l’automobile, alors qu’ils reçoivent des dizaines de millions d’euros d’argent public. Autrement dit, notre argent ! C’est insupportable, d’autant que, bien souvent, ce sont les communes et les élus locaux qui doivent assumer le suivi social de tous ces abandons.

Nous demandons, au contraire, un plan de réindustrialisation de la région et une table ronde pour faire le point sur plusieurs dossiers industriels qui nous préoccupent.

Les grands projets structurants, comme le canal Seine-Nord, doivent par ailleurs bénéficier d’une plus grande implication de l’État, afin de soulager celle des collectivités, déjà très importante.

Autre source d’inquiétude, le recul des services publics (CARSAT, CAF, CPAM, centres des impôts, police, gendarmerie) qui pénalise beaucoup d’usagers. Santé, lutte contre l’illettrisme, accompagnement des personnes âgées, école, petite enfance : dans tous ces domaines, les retards s’accumulent et nous sommes très loin du compte. Une étude d’économistes régionaux avait ainsi estimé, en 2015, à quelque 40 000 le nombre d’emplois manquants pour que notre région soit simplement dans la moyenne des régions de France pour l’ensemble des services publics.
Nous exigeons donc un plan de rattrapage dans tous les secteurs où notre région est déficitaire.

Le pouvoir d’achat.

Dans une région encore très ouvrière, où les salaires sont majoritairement bas, où les conditions de vie des salariés et des retraités sont plus difficiles qu’ailleurs, la prise en compte du coût de la vie est cruciale. Certes, la hausse de l’AAH et du minimum vieillesse, sur trois ans, va améliorer légèrement la vie de certains de nos concitoyens. Mais par ailleurs, l’impact des dépenses essentielles ne cesse d’augmenter : hausse des mutuelles, des loyers, des factures de gaz, d’électricité, des transports, du forfait hospitalier… Le salaire minimum anormalement bas, réduit à 1 139,80 euros nets et le salaire de base des agents de la fonction publique, dont le point d’indice est encore gelé, ne permettent pas de vivre dignement. La hausse de la CSG pour les retraités, sans aucune compensation pour beaucoup d’entre eux, est également vécue comme une véritable injustice.

À l’heure des Paradise Papers et d’un nouveau scandale de l’évasion fiscale, qui montre que l’argent coule à flots pour certains, que comptez-vous faire pour redistribuer plus justement les richesses de notre pays ?

La santé.

Conséquences d’une situation sociale et économique dramatiquement dégradée, le taux de surmortalité et le nombre de maladies professionnelles sont les plus élevés de France.

Or, loin de bénéficier de moyens supplémentaires, notre région doit au contraire subir, comme les autres, les mesures d’économies infligées au secteur de la santé publique. De plus, dans le bassin minier, le régime issu des Mines et leurs centres de santé sont menacés de disparition alors que des dizaines de milliers de mineurs et d’ayants droit doivent encore en bénéficier, et que, ouverts à toute la population, ils peuvent être des leviers efficaces de lutte contre la désertification médicale. Nos hôpitaux publics doivent gérer des dettes colossales tandis que les personnels hospitaliers cumulent des heures supplémentaires qui pourraient se traduire en centaines d’embauches. Le bassin minier, où vit un million d’habitants, mérite un CHU.

Il est urgent de mettre en place un plan santé permettant de rattraper rapidement ces retards.

La jeunesse.

Notre région est la plus jeune de France par le nombre des moins de 25 ans. Ces jeunes, nous les recevons très souvent dans nos permanences. Ils attendent un logement, cherchent un travail ou demandent une aide pour entrer dans la vie active. Loin d’être des « fainéants », ils veulent pouvoir se former, vivre et travailler ici, dans leur région. L’apprentissage, les contrats en alternance peuvent, c’est vrai, offrir des solutions si les entreprises ont du travail, des commandes. Mais les filières industrielles de nos lycées professionnels disparaissent alors que les besoins sont importants. Nos facultés accueillent plus de 200 000 étudiants mais il manque encore trop de logements étudiants. À ce titre, la baisse des APL et celle des moyens aux offices HLM publics nous inquiète particulièrement, alors que plus de 100 000 personnes dans les Hauts-de-France sont en attente d’un logement. Les jeunes seront les premiers à en souffrir. Au-delà, c’est tout le logement social qui va pâtir de cette diminution de ressources. Elle va affecter durablement les capacités d’entretien et les programmes de construction des organismes bailleurs. Un exemple parmi d’autres : la rénovation thermique des logements de Maisons et Cités, pour laquelle des engagements avaient été pris, est aujourd’hui menacée.

Les communes.

Nous sommes une région très rurale, riche de 3 838 communes dont la plupart accueillent moins de 3 500 habitants. Les élus locaux se donnent sans compter pour répondre à toutes les demandes, dans la plus grande proximité. Chaque euro dépensé est bien pesé, réfléchi et utilisé pour répondre aux besoins. Contrairement à l’État, les communes n’ont pas le droit de voter un budget en déficit. Pourtant, les coupes claires dans les budgets des communes ne nous permettent pas de répondre aux urgences sociales et aux besoins qui sont ici plus importants qu’ailleurs. L’annonce d’un nouvel effort de 13 milliards sur cinq ans et l’arrêt brutal des contrats aidés, sans remplacement, sont très mal vécus dans nos communes. À cela s’ajoutent les transferts de compétences de l’État, non compensés.

Monsieur le Président, nos communes sont les sentinelles de notre République et ici, elles sont en première ligne face aux ravages de la crise. Elles ont besoin d’un soutien exceptionnel pour faire face à cette situation.

Pour toutes ces raisons, nous vous demandons de bien vouloir mettre en place un plan d’urgence et de convergence pour notre belle et grande région. Oui, nous avons le sentiment d’être abandonnés, d’être les grands oubliés de la République. C’est pourquoi la colère grandit et il est urgent maintenant d’y répondre et de redonner de l’espoir.

Dans l’attente de pouvoir en discuter avec vous et de vous faire part des propositions portées par de nombreux acteurs régionaux, dans la diversité de leurs opinions, veuillez recevoir, Monsieur le Président de la République, nos salutations les plus respectueuses,

Eric BOCQUET Sénateur du Nord

Alain BRUNEEL Député du Nord

Michelle GREAUME Sénatrice du Nord

Fabien ROUSSEL Député du Nord

Dominique WATRIN Sénateur du Pas de Calais

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