Groupe Communiste, Républicain, Citoyen et Écologiste

Les courriers officiels

Le silence de la France face à l’attitude de la Turquie

Repression des Kurdes, soutien à Daech -

Par / 10 décembre 2015

Monsieur Laurent Fabius
Ministre des Affaires Etrangères
et du Développement International
37 Quai d’Orsay
75 700 Paris 07 SP

Monsieur le ministre,

Ces dernières semaines, la Turquie a accentué encore un peu plus sa politique de répression à l’égard des Kurdes turcs ou syriens comme à l’égard de journalistes qui dénoncent, documents à l’appui, l’aide apportée à DAECH par les autorités turques.

Cette nouvelle dégradation du respect des droits humains dans ce pays ne semble pas soulever de protestation très vigoureuse de la France comme de l’Union européenne.
Ainsi, le Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, lors d’un entretien télévisé diffusé le 26 octobre, a reconnu lui même sans détours que l’armée turque avait frappé à deux reprises récemment les positions des combattants kurdes de Syrie », apportant ainsi un soutien direct aux forces de DAECH.

De plus, dès les élections législatives passées, le président Erdogan a promis de ne faire « aucune pause » dans la lutte contre les rebelles kurdes.

Concernant ce conflit, les médias encore indépendants du gouvernement sont rapidement réprimés. La semaine dernière, Reporters sans frontières annonçait ainsi que "26 journalistes de médias kurdes faisaient l’objet d’une enquête pour “propagande” du Parti des travailleurs du Kurdistan. 19 journalistes du quotidien Özgür Gündem, six de l’hebdomadaire Demokratik Ulus et un reporter de l’agence Diha sont mis en cause, sur la base de l’article 7-2 de la loi antiterroriste. Ils risquent sept ans et demi de prison. A l’appui de son enquête, le parquet invoque des articles sur les revendications d’autonomie de certaines municipalités et d’habitants de Cizre et Nusaybin, dans le sud-est anatolien. Il reproche également à certains journalistes d’avoir interviewé des militantes du YPJ, une unité féminine kurde combattant en Syrie. Le chroniqueur Metin Yegin se voit quant à lui reprocher un éditorial dans lequel il dénonçait la police pour avoir traîné à terre le corps d’une combattante du PKK tuée dans la province de Varto."

Les journalistes Kurdes ne sont pas les seuls à être incarcérés ou poursuivis par le pouvoir, les poursuites pour “insulte au président de la République” (article 299 du code pénal turc) se multiplient de façon exponentielle. Au 30 septembre 2015, onze journalistes étaient en procès et 19 autres faisaient l’objet d’une enquête sur cette base, selon le dernier rapport trimestriel de Bianet sur la liberté d’expression en Turquie. Le directeur de publication de Today’s Zaman, Bülent Kenes, a été remis en liberté conditionnelle le 14 octobre après cinq jours de détention. Inculpé pour 14 tweets critiques contre le président de la République, il attend son procès.

Plus grave encore, en septembre 2015, le journaliste Mehmet Baransu du journal d’opposition Taraf a été condamné à 52 ans de prison, après son arrestation pour « possession de documents secrets d’État ». Depuis, les arrestations se multiplient, jusqu’à celles de Can Dündar et Erdem Gül, accusés d’avoir « divulgué des secrets d’État ». Le journal de gauche kémaliste avait publié des photos ainsi qu’une vidéo de camions des services de renseignements turcs, qui devaient transporter de l’aide humanitaire aux Turkmènes de Syrie. Mais sous les boîtes de médicaments, des armes avaient été trouvées. Après ces révélations, le président Recep Tayyip Erdogan avait demandé la prison à vie pour Can Dündar.

Monsieur le ministre, depuis 2007, la Turquie a reçu 4,8 milliards d’euros d’aide de l’Union européenne pour faciliter son adaptation aux critères européens. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette aide n’est guère efficace. Et la situation devrait empirer puisque le régime du président Recep Tayyip Erdogan s’engage par ailleurs vers un renforcement de sa main mise sur le pays par un processus d’adoption d’une nouvelle Constitution pour étendre les pouvoirs du chef de l’Etat.

Malgré cela, ce partenaire est aujourd’hui présenté par la chancelière allemande comme incontournable pour résoudre la crise des migrants. Les vingt-huit pays européens semblent ainsi prêts à beaucoup de renoncements de circonstance, y compris à fermer les yeux sur les dérives autoritaires du pouvoir islamo-conservateur d’Ankara.

Dans ce contexte, je souhaiterais connaître la position de la France, aujourd’hui encore bien silencieuse, concernant la très inquiétante dégradation de la situation en Turquie comme de l’extrême ambiguïté de ses dirigeants à l’égard de Daech.

Dans cette attente, je vous prie de croire, Monsieur le ministre, en l’expression de mes salutations les plus respectueuses.

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