Groupe Communiste, Républicain, Citoyen et Écologiste

Les débats

Le tourisme est un secteur interdisciplinaire dont chaque collectivité doit pouvoir se saisir

Rôle et action des collectivités territoriales dans la politique du tourisme -

Par / 5 mai 2016

Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, je voudrais tout d’abord remercier nos collègues du groupe du RDSE d’avoir permis un débat sur cette importante question.

Au terme de longues discussions, la loi NOTRe a maintenu le tourisme parmi les compétences partagées entre l’État et tous les niveaux de collectivités, au même titre que la culture et le sport. Nous ne pouvons que nous en féliciter, car cela permet à chacun de jouer son rôle au profit du développement touristique et en faveur de tous les territoires.

Chaque collectivité devient ainsi le maillon d’une chaîne de coopération nécessaire pour répondre aux besoins diversifiés qui s’expriment dans ce domaine.

On ne saurait le nier, le tourisme est un secteur important de notre économie nationale et l’une des principales filières créatrices d’emplois. Cependant, au-delà de cet aspect majeur, il est une activité à multiples facettes, et c’est en actionnant ses divers leviers de développement que l’on obtient des résultats économiques.

En effet, le tourisme est un secteur interdisciplinaire dont chaque collectivité doit pouvoir se saisir en s’appuyant sur ses propres compétences, en synergie avec les autres.

Si le tourisme est un secteur dominé par des activités professionnelles privées, celles-ci ont néanmoins besoin de puissantes politiques publiques, développées par les autorités locales et nationales, pour les accompagner et les soutenir, mais aussi pour développer le dynamisme de leurs propres actions.

Ainsi, si le tourisme a évidemment besoin de politiques de promotion des destinations l’international, qui doivent être principalement assurées par l’État et les régions, il a aussi besoin de promotion locale et nationale, de politiques d’aménagement, de politiques sociales, de politiques culturelles. Dans cette perspective, chaque collectivité territoriale a évidemment son rôle à jouer.

Il s’agit d’abord, bien sûr, de maintenir et d’accroître en permanence le rayonnement et l’accessibilité des sites touristiques existants, de créer des moments festifs attractifs, en les rendant toujours plus accessibles, en les valorisant toujours davantage, en ne perdant jamais de vue que la valeur touristique d’un lieu, d’un moment, n’est jamais immuable.

Mais, dans le même temps, il s’agit de faire émerger de nouvelles activités touristiques pour répondre aux besoins qui se font jour du point de vue tant de la demande que de l’offre, et pour s’adapter à tous les types de clientèle, du haut de gamme jusqu’au tourisme social.

En effet, nous le savons tous, la palette est large et diversifiée. Elle ne saurait se réduire aux nouvelles clientèles d’Asie et du Moyen-Orient, dont on parle beaucoup. Elles disposent certes d’un fort pouvoir d’achat, mais n’oublions pas que 90 % des touristes en France sont d’abord français et européens. Or ces derniers expriment de nouvelles attentes. Ces visiteurs souhaitent souvent découvrir nos régions, notre patrimoine de façon insolite, partager parfois la vie quotidienne des habitants. Ils ont également tendance à organiser eux-mêmes leurs séjours, à rechercher les « bons plans », notamment en termes d’hébergement, en dehors des tour operators. En bref, ils veulent « sortir des sentiers battus », ne plus être seulement les « consommateurs » d’une destination mise en scène, mais aussi des coproducteurs de leur voyage.

De ce fait, si le tourisme reste un secteur dominé par de grands groupes privés, n’oublions pas que de très nombreuses petites structures, des acteurs associatifs, des start-up développent des projets très utiles dans ce domaine.

Aussi les collectivités publiques doivent-elles, à côté de leurs propres actions de valorisation de leur territoire, soutenir ces petites structures, dont les initiatives innovantes permettent souvent de renouveler l’offre et l’image de la destination.

Par ailleurs, il nous faut sans conteste travailler sur l’hospitalité, l’accueil dans nos territoires. Pour ce faire, il est nécessaire de nous appuyer sur les habitants, qui doivent devenir les ambassadeurs de leur territoire, des acteurs de son développement. À cette fin, il convient de développer une véritable politique touristique qui valorise le patrimoine humain. Pour y parvenir, l’échelon local est sans doute le bon.

En effet, pour que les habitants deviennent les ambassadeurs de leur territoire, il convient d’abord qu’ils le connaissent et l’apprécient. Aussi les collectivités locales de proximité doivent-elles développer des actions permettant aux habitants de s’approprier leur environnement, de faire d’eux les premiers touristes de leur région.

Enfin, si le tourisme est un vecteur de valorisation des territoires et de réduction des fractures territoriales, il doit aussi être un facteur de réduction des inégalités sociales.

Pour qu’il en soit ainsi, il est nécessaire que s’exprime, à tous les niveaux, une réelle volonté politique au service d’un « tourisme pour tous ». Cela passe par de véritables politiques sociales qui favorisent le départ en vacances de tous.

Au sein de notre groupe, nous sommes particulièrement attachés à cet objectif à haute valeur sociale ajoutée, car le tourisme est pour nos concitoyens une source de découverte, d’épanouissement, de renforcement des liens familiaux et sociaux. Dans mon département du Val-de-Marne, par exemple, nous avons décidé il y a déjà de nombreuses années de gérer nous-mêmes deux grands villages de vacances dans les Alpes, pour permettre l’accès aux vacances à toutes les familles, y compris les plus modestes.

M. Michel Bouvard. Très bien !

M. Christian Favier. Cette politique doit s’appuyer sur le soutien de l’État et des collectivités territoriales au développement d’hébergements accessibles à tous, mais aussi se déployer en liaison avec les associations, afin d’aider toutes les familles à partir, sachant que, aujourd’hui encore, près de la moitié des Français ne partent pas en vacances, soit 10 % d’entre eux de plus qu’il y a dix ans.

Dans cette perspective, il est urgent, en particulier, de prendre des mesures en faveur des jeunes, car 3 millions des jeunes de 5 à 19 ans ne partent toujours pas en vacances.

En conclusion, nous estimons que, pour répondre à la diversité des objectifs à atteindre dans le domaine du tourisme et des moyens à mettre en œuvre pour créer les meilleures conditions de la rencontre, chaque collectivité territoriale a un rôle à jouer en matière d’intervention, d’impulsion, de coordination des nombreux acteurs publics et privés intervenant dans leur territoire, de mobilisation des populations qui y vivent et de coopération renforcée.

Le tourisme n’a pas vocation à répondre aux seules logiques marchandes. On voyage d’abord pour partager des moments avec ceux qu’on aime, pour s’émerveiller, pour rencontrer et découvrir d’autres cultures. Le tourisme est source d’ouverture aux autres et d’épanouissement : ce sont là des valeurs auxquelles notre groupe est très attaché, surtout en une période où il nous faut combattre le repli et la peur de l’autr

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