Groupe Communiste, Républicain, Citoyen et Écologiste

Les débats

Ni les urgences ni les problèmes d’avenir ne sont traités

Crise migratoire : quelle gestion européenne ? -

Par / 30 octobre 2018

Monsieur le ministre, ce débat est nécessaire, car la gestion de la crise migratoire a été et demeure, à nos yeux, calamiteuse et indigne, avec des conséquences humaines et politiques qui sont chaque jour plus inquiétantes en Europe.

Ni les urgences ni les problèmes d’avenir ne sont traités. Les urgences humanitaires ne sont toujours pas prises en charge dignement, ni en mer Méditerranée, où 15 000 migrants sont morts depuis 2014, ni aux frontières, qu’elles soient intra-européennes ou extra-européennes. Et c’est le rejet, la haine, le racisme, la répression qui continuent de progresser dans toute l’Europe.

La France est-elle prête à prendre de nouveau des initiatives importantes, non seulement sur la question sécuritaire, mais surtout sur la question de l’accueil des migrants ? Est-elle prête à sortir d’un discours qui entretient des peurs hors de proportion, comme lorsqu’on prétend que la seule solution est de tenir à distance les migrants dans des centres fermés à l’extérieur de l’Union européenne ?

Vous l’avez dit vous-même : nous sommes passés d’un million à 115 000 entrées. Nous savons donc aujourd’hui que le pic de 2015 a déformé notre vision du problème dans la durée. Allons-nous enfin ouvrir un débat responsable sur l’avenir de la question des migrations ? Ce sujet, nous ne pouvons pas le traiter uniquement sur le terrain sécuritaire ; cette cécité, en effet, va se payer politiquement : elle nourrit les Salvini en Italie, les AfD en Allemagne, et bien d’autres.

Les insécurités du monde, de toute nature, ne se régleront demain que dans l’interdépendance. Et nous avons besoin d’aborder la question des migrations sous un autre angle. Les migrations sont aussi une interpellation, nous invitant à inventer les nouvelles conditions, qui restent à créer, d’un développement partagé du monde.

Une réflexion est menée à l’ONU sur un pacte mondial pour les migrations. La France est-elle prête, en Europe et dans le monde, à engager une nouvelle réflexion, offensive et conquérante, sur la question des migrations, et à sortir, en la matière, de l’impasse que représente le discours exclusivement sécuritaire que vous venez de nouveau de nous proposer, monsieur le ministre ?

M. le président. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des affaires étrangères. Monsieur Laurent, je n’ai pas parlé suffisamment clairement : je n’ai pas l’impression d’avoir fait, il y a un instant, un discours sécuritaire ! J’ai au contraire démontré, me semble-t-il – peut-être faudra-t-il que je recommence –, comment il fallait en permanence articuler solidarité et responsabilité. La France doit être à l’avant-garde pour promouvoir ces principes, et pour défendre y compris le respect du droit humanitaire et du droit d’asile.

Je ne m’inscris donc absolument pas dans la logique d’exclusivité sécuritaire que vous me prêtez.

De ce point de vue, nous nous sommes toujours opposés à la création de centres fermés à l’extérieur de l’Union européenne. Je viens de le dire – sans doute ne m’avez-vous pas entendu, monsieur le sénateur. Je vous renvoie donc au compte rendu analytique des débats du Sénat ; vous y lirez ce que j’ai dit sur ce sujet, qui est très clair : nous avons toujours été opposés à cette initiative.

Pour le reste, merci d’avoir souligné l’intérêt du pacte mondial pour les migrations. Ce pacte doit normalement être adopté les 10 et 11 décembre prochain à Marrakech, via une déclaration qui devra ensuite être validée par l’ensemble des États membres de l’Organisation des Nations unies.

C’est une avancée considérable. Et le texte qui va être proposé pour une meilleure gouvernance internationale des migrations est soutenu sans réserve par la France. Cette initiative émane du Mexique et de la Suisse ; nous avons accompagné ce mouvement, et nous entendons contribuer aux démarches visant à la bonne mise en œuvre du pacte.

Cet accord prévoit notamment la création d’un mécanisme international de suivi dont le secrétariat sera assuré par l’Organisation internationale pour les migrations. Nous travaillons en permanence avec l’OIM et avec le HCR, comme le montrent les exemples que j’ai donnés, ceux de Niamey et d’Agadez, qui sont des exemples de partenariats avec ces deux institutions. De telles opérations ne se font donc pas, quoi que vous en disiez, dans une logique exclusivement sécuritaire.

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