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Les débats

Qui dirige en Europe, la finance ou les peuples ?

Situation de la Grèce et enjeux européens -

Par / 8 juillet 2015
Qui dirige en Europe, la finance ou les peuples ?
Qui dirige en Europe, la finance ou les peuples ?

Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, face au chantage et à l’injustice, le peuple grec a envoyé dimanche dernier un message d’espoir aux millions d’Européens qui souffrent de l’austérité.

Pour la deuxième fois en six mois, le peuple grec a exprimé sa soif de dignité, de démocratie et de liberté. Il a voté sans céder à l’arsenal des pressions politiques, médiatiques, financières, sans céder aux chantages, sans céder aux tentatives de détournement de la question qui lui était posée.

Après cinq ans d’une austérité inhumaine qui a produit l’exact contraire du prétexte invoqué pour l’imposer – et j’ai entendu tout à l’heure beaucoup de critiques à l’encontre des mécanismes d’aide qui ont financé la mise en place de cette austérité, mécanismes que vous avez tous votés, alors que nous vous alertions sur leurs conséquences –, 61 % des Grecs ont dit « non » à une nouvelle baisse des retraites, à l’augmentation de la TVA sur des produits de consommation courante, à une nouvelle saignée d’austérité qui aurait affaibli encore un peu plus leur pays.

Ils ont réaffirmé leur claire volonté de tracer un chemin de sortie de l’austérité et de trouver une solution durable et profitable à la Grèce, comme à l’ensemble des pays européens au sein de la zone euro.

Ils ont conforté la démarche de négociation honnête et raisonnable qu’Alexis Tsipras n’a cessé de défendre sur la scène européenne depuis son élection. Son mandat est désormais soutenu depuis quelques jours par la conférence de l’ensemble des partis grecs.

Monsieur le ministre, vous savez pertinemment, comme moi, que cette démarche n’a malheureusement pas été celle de ses partenaires, la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international, qui, pendant ces longs mois, ont joué la faillite du pays, cherchant l’abdication politique de ses nouveaux dirigeants démocratiquement élus plutôt qu’un compromis viable.

C’est d’ailleurs l’ultimatum du FMI, alors qu’un accord était à portée de main, la semaine dernière, qui a contraint le gouvernement grec à se tourner à nouveau vers son peuple.

Ce référendum a ainsi remis les pendules à l’heure, face au coup de force larvé contre les dirigeants démocratiquement élus de ce pays. Il a permis la reprise des négociations.

Le fait est que certains gouvernements ne veulent pas qu’une politique s’écartant du dogmatisme libéral dominant puisse être expérimentée dans l’Union européenne. Le problème n’est pas seulement grec. En effet, outre ce pays, l’Europe tout entière fait face à un choix qui concerne son avenir. C’est un enjeu qui nous touche tous.

Le débat n’est pas technique, car tous les ingrédients d’un accord viable sont sur la table, comme l’a encore montré Alexis Tsipras ce matin au Parlement européen. Le débat est politique.

Qui décide en Europe ? Est-ce la finance qui gouverne, dicte sa loi, ou les peuples ont-ils le droit de maîtriser démocratiquement l’utilisation du système monétaire et bancaire ? Un peuple qui vote a-t-il voix au chapitre ou sommes-nous entrés dans une « forme d’inconnu » qui ressemblerait à une dictature des marchés ? De la réponse à ces questions dépend notre avenir commun.

Français, Grecs, Européens, nous sommes tous concernés. Le « Grexit » serait irresponsable – et j’ai encore entendu ici des voix qui plaidaient en sa faveur. Monsieur Retailleau, vous oubliez de dire qu’il serait – et de très loin – la solution la plus coûteuse parmi toutes celles qui sont sur la table.

Quant aux règles dont le maintien aveugle nous a déjà conduits à cette catastrophe, elles ne sont un avenir ni pour la Grèce, ni pour la France, ni pour l’ensemble des autres pays européens.

Dix ans après le « non » – lui-même largement bafoué – des Français au traité constitutionnel européen, les inventeurs de la démocratie, le berceau de notre civilisation, « le petit peuple qui combat sans épée ni balle », comme le disait le poète Yánnis Rítsos, nous lancent donc un appel salutaire à repenser l’avenir de l’Europe. Ils s’adressent aujourd’hui à la France des Lumières, de la Révolution, de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, à la France solidaire, frondeuse, indépendante, résistante et intelligente.

Comme les dizaines de personnalités de gauche – et parfois de droite, peu nombreuses néanmoins –, les personnalités du mouvement social, syndical, culturel qui ont pris parti pour le peuple grec, comme les milliers de citoyens qui ont défilé dans toute l’Europe et dans notre pays en solidarité avec lui, comme les 67 % de Français qui, dans un sondage paru hier, déclarent nécessaires d’autres solutions que l’austérité pour sortir de la crise en Europe, notre groupe considère que la place de la France est avec les Grecs, à leurs côtés, pour les sortir de l’impasse, parce que la Grèce se bat aujourd’hui pour nous tous contre les irresponsables qui veulent la conduire à la catastrophe et contre ceux qui en profitent pour vendre leur camelote populiste et nationaliste.

Le débat n’oppose pas pro- et antieuropéens ; il oppose les dogmatiques de l’ordre libéral, des partisans de la destruction de l’Europe, comme le Front national et ses alliés, à ceux qui, comme Alexis Tsipras et son peuple, comme nous, comme beaucoup d’autres forces en Europe, comme les syndicalistes allemands, veulent retrouver le chemin d’une Europe solidaire. L’Europe d’Alexis Tsipras est celle du progrès social et écologique, de la solidarité et de la démocratie, de la coopération consentie. Cette Europe, c’est la nôtre !

C’est à ce peuple debout et à cette idée de l’Europe que la France doit s’allier maintenant et jusqu’au bout. Nous aurions souhaité, monsieur le ministre, que le Parlement s’exprime plus tôt sur un mandat de négociation, comme cela se fait dans plusieurs pays européens. Nous souhaitons – et cela semble devoir être le cas – qu’il soit à nouveau consulté une fois les négociations terminées, si elles se terminent.

Cela aurait peut-être empêché des fautes politiques, comme l’éviction du ministre des finances de la République hellénique lors de la réunion de l’Eurogroupe samedi dernier…

M. David Assouline. C’est le gouvernement grec qui l’a évincé !

M. Pierre Laurent. … ou la signature malheureuse du texte instaurant la fin du programme de financement d’urgence des banques grecques, ce qui a provoqué leur fermeture, alors même que le Président de la République nous assurait de sa détermination à trouver un accord.

La France n’a rien à gagner à l’ambiguïté, à la faiblesse, au renvoi dos à dos, au refus de prendre parti. L’heure est au choix et à une parole forte de notre pays pour rejeter le « Grexit », pour engager les discussions sur la dette grecque, pour soutenir le gouvernement grec et appuyer un plan d’investissements européen destiné à financer le redressement économique de ce pays. La BCE en a les moyens.

M. le président. Veuillez conclure, mon cher collègue.

M. Pierre Laurent. Depuis janvier, elle crée chaque mois 60 milliards d’euros, pouvant d’aller jusqu’à 1 140 milliards d’euros. Au lieu d’injecter cet argent sur les marchés financiers, qu’elle l’utilise pour financer le redressement de la Grèce et des autres pays européens !

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