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Enseignants, lycéens, parents d’élèves découvrent les conséquences catastrophiques des 11 200 suppressions de postes

Par / 10 avril 2008

Ma question s’adresse à Monsieur le ministre de l’Education nationale.

Monsieur le ministre, la mobilisation dans les établissements scolaires s’amplifie. Les manifestations et les actions se succèdent. Et la violence policière n’est pas la réponse.

Partout en France, des conseils d’établissements scolaires se sont prononcés contre la Dotation Horaire Globale.

La protestation monte également contre les nouveaux programmes du primaire.

Preuve que la méthode choisie d’annonces et de mesures en cascade, sans réflexion préalable concertée sur la globalité d’un projet pour l’école, a des limites.

Enseignants, lycéens, parents d’élèves découvrent les conséquences catastrophiques des 11 200 suppressions de postes et de vos mesures. Ils commencent à en percevoir la cohérence.

Supprimer des postes au nom de la baisse démographique. Du simple pragmatisme, dites-vous !
Mais comment comptez-vous assurer un enseignement de qualité aux jeunes de demain, alors que la courbe démographique est déjà repartie à la hausse dans le premier degré et qu’il faut cinq ans pour former un enseignant.

Pas d’idéologie ? Mais supprimer des postes au nom de la seule logique comptable de réduction des dépenses publiques, n’est-ce pas justement de l’idéologie.

Pragmatisme encore et non idéologie - sans doute - quand vous proposez aux enseignants de travailler plus pour gagner plus en faisant exploser les heures supplémentaires.

Des heures supplémentaires qui jusque-là n’ont pas remporté un franc succès. Et, fait nouveau, des enseignants commencent à s’engager collectivement et par écrit à ne pas les effectuer.

Comment dès lors, pouvez-vous affirmer que ces suppressions de postes ne modifieront en rien l’offre éducative et ne seront qu’une « goutte d’eau ».

Les enseignants, les chefs d’établissements, les directeurs d’école savent eux que dès la rentrée prochaine ils seront confrontés à un véritable casse-tête.

Et cette austérité éducative ne va pas s’arrêter là. Si, comme le veut la Révision Générale des Politiques Publiques, on applique dès 2009 à l’Education nationale le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux, ce sont 16 000 postes d’enseignants qui seront supprimés par an, pendant cinq ans !

Et que dire du récent audit de Bercy qui recommande 100 000 suppressions dans les 3 ans à venir.

Destructions de postes, réforme du lycée, généralisation du bac pro en 3 ans, programmes du primaire, école maternelle. Quand allez-vous dire la vérité aux Français ? Quand allez-vous leur dire que derrière ces mesures se dessine une réforme globale de l’école qui ne dit pas son nom. Et un projet profondément inégalitaire qui ne répondra pas au défi posé d’élévation des connaissances pour tous.

M. Xavier Darcos, ministre de l’éducation nationale . - Si l’on regarde objectivement ce qui s’est passé ces vingt dernières années, on constate que le nombre d’enseignants et d’emplois publics a systématiquement augmenté.

M. Gérard Cornu. - Et pour quel résultat !

M. Xavier Darcos, ministre. - Tandis que nous perdions deux cent mille élèves dans le primaire, douze mille professeurs supplémentaires y ont été affectés l’an dernier. Et leur nombre augmente encore l’an prochain, contrairement à ce que vous affirmez. Dans le secondaire, nous avons perdu cent cinquante mille élèves, et nous en perdrons encore quarante mille l’an prochain.

Notre réponse doit-elle être systématiquement « plus de postes » ? Je vous répondrais volontiers oui, si les résultats étaient au rendez-vous ! (Applaudissements sur les bancs UMP ; protestations à gauche)

Or, dans les comparaisons internationales, nous avons systématiquement reculé. (M. Mélenchon le conteste) L’échec de notre système universitaire est patent : un lycéen sur deux en sort après trois ans sans aucun diplôme. Peut-on après cela affirmer de bonne foi que la réponse quantitative est la seule solution ? (Applaudissements sur les bancs UMP ; protestations à gauche)

Si tel était le cas, nous serions les meilleurs du monde ! (Protestations à gauche)

Nous sommes guidés, autant que vous, par un souci de justice sociale. Mais est-ce en ajoutant un enseignant dans un lycée qui en compte cent que l’on trouvera la solution ? (Applaudissements sur les bancs UMP ; protestations à gauche)

Mme Nicole Borvo Cohen-Seat. - Ce n’est en tout cas pas en en enlevant vingt !

M. Xavier Darcos, ministre. - Est-ce parce qu’il comptera cent un professeurs que ce lycée aura changé ? (Protestations à gauche)

C’est autrement que nous avons choisi d’agir. Nous avons créé cent cinquante mille heures supplémentaires pour les études surveillées dans les collèges d’éducation prioritaire. (Applaudissements sur les bancs UMP) Nous avons mis en place des stages de remise à niveau pour les élèves en difficulté. Pas moins de quarante mille élèves en ont bénéficié, encadrés par huit mille professeurs. Pour les seules vacances de Pâques, nous avons mis en place vingt-deux mille modules de stages. (Exclamations à gauche) Nous offrons systématiquement à ces élèves ce que les parents riches offrent à leurs enfants en payant des officines.

M. le président. - Veuillez conclure !

M. Xavier Darcos, ministre. - Quant aux inquiétudes des lycéens, nous les entendons. Ils ont raison de s’alarmer pour leur avenir. Mais ce serait leur mentir que de leur faire croire que la réponse est quantitative. Oui, nos lycées ont besoin d’être réformés, mais ce serait irresponsable aux syndicats que de s’abriter derrière l’inquiétude des populations pour faire croire que la réponse est dans le chiffre plutôt que dans la qualité !

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Brigitte Gonthier-Maurin

Ancienne sénatrice des Hauts-de-Seine
Vice-présidente de la commission de la culture, de l'éducation et de la communication
Elue le 29 juin 2007
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