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La banlieue était déjà stigmatisée, elle est désormais méprisée

Rapport Borloo -

Par / 24 mai 2018
https://youtu.be/7Ds3FBc9HMw
La banlieue était déjà stigmatisée, elle est désormais méprisée

Ma question s’adresse à M. le ministre de la cohésion des territoires.

Avec un slogan qui sonne comme une publicité pour la Française des jeux, « une chance pour chacun », le Président de la République a enterré le rapport Borloo. Mais la chance n’a rien à voir là-dedans !

Dans mon département de Seine-Saint-Denis, un rapport parlementaire pointe que les taux de chômage, de pauvreté et de difficultés scolaires sont bien supérieurs aux moyennes nationales. On compte deux fois moins de magistrats au tribunal d’instance d’Aubervilliers que dans un tribunal parisien équivalent. Autre exemple, le moins bien doté des établissements scolaires parisiens est mieux loti que le plus doté des établissements de la Seine-Saint-Denis.

Contrairement aux idées reçues, le budget alloué par l’État à ces quartiers est de 30 % inférieur à celui dont bénéficie le reste de la France. Celui de la culture y est inférieur de 300 %. Les transports y sont six fois plus compliqués à utiliser qu’ailleurs. Sans parler de l’accès à la santé, au logement ou à l’emploi... Bref, tous les sas d’entrée dans la République sont défaillants.

La banlieue et ses habitants sont souvent discriminés er stigmatisés. Ils sont maintenant méprisés. Pis, ils sont mis au ban de la République, car c’est toute la promesse d’égalité que vous avez enterrée.

Nous avons été abasourdis par les propos du Président de la République, lorsqu’il a parlé d’un plan banlieue de « deux mâles blancs ne vivant pas dans ces quartiers ». Au-delà du mépris pour Jean-Louis Borloo, c’est nier le fait que ce rapport est issu d’une concertation avec des centaines d’élus de tous bords politiques, notamment ceux qui ont participé à l’appel de Grigny, des associations et des citoyens. Tout autant que leur espoir, que vous avez enterré hier, c’est leur travail que vous avez nié sur le terrain.

Votre politique, c’est à chaque coup un ticket gagnant pour les nantis de ce pays. Pour les autres, les 15 millions de nos concitoyens vivant dans les banlieues, auxquels j’associe ceux des bassins industriels en crise, des zones rurales et d’une partie des outre-mer, c’est, à chaque fois, un billet perdant, et au grattage et au tirage.

Nous ne voulons pas voir inscrite la devise « libéralisme, inégalité et adversité » sur le fronton de nos mairies !

M. le président. Veuillez conclure, mon cher collègue !

M. Fabien Gay. Aussi, ma question sera simple : allez-vous enfin faire République, ou allez-vous aggraver l’apartheid territorial ? (Applaudissements sur les travées du groupe communiste républicain citoyen et écologiste, ainsi que sur des travées du groupe socialiste et républicain.)

M. le président. La parole est à M. le ministre de la cohésion des territoires.

M. Jacques Mézard, ministre de la cohésion des territoires. Monsieur Gay, je puis partager une bonne partie de ce que vous avez dit sur le bilan, qui est celui la République. Je ne partage pas, en revanche, la description trop caricaturale que vous avez faite à la fois des propos du Président de la République et des orientations qui ont été les siennes.

Mme Éliane Assassi. C’est ce qu’il a dit !

M. Jacques Mézard, ministre. Vous avez parlé de l’enterrement du plan Borloo. Non ! Jean-Louis Borloo lui-même s’est dit satisfait (Rires et exclamations ironiques sur les travées du groupe Les Républicains, du groupe socialiste et républicain et du groupe communiste républicain citoyen et écologiste.) des orientations du Président de la République.

Pour en avoir suivi l’élaboration, avec les groupes de travail que nous avons mis en place, je puis vous dire que le bilan selon lequel la République n’est pas présente de la même manière sur tous les territoires correspond à une réalité.

Toutefois, c’est une réalité qui ne remonte pas au mois de juin dernier. Je l’ai dit plusieurs fois ici, la responsabilité est collective.

M. François Grosdidier. Ce n’est pas une raison !

M. Jacques Mézard, ministre. Face à celle-ci, nos concitoyens attendent non pas une accumulation de plans, mais des actions.

Des actions ont déjà été lancées pour l’école, les emplois francs, en matière économique et sociale.

M. François Grosdidier. Rien n’a été fait !

M. Jacques Mézard, ministre. Nous allons continuer. Le Président de la République a annoncé que, dès le mois de juillet prochain, un certain nombre d’opérations seraient mises en place.

M. François Grosdidier. Il est grand temps !

M. Jacques Mézard, ministre. J’aurai également l’occasion de revenir sur la modification de l’ANRU, l’accélération des dossiers, les engagements et la simplification. (Exclamations sur les travées du groupe Les Républicains.)

M. François Grosdidier. C’est Bercy qui a pris le pouvoir à l’ANRU !

M. Jacques Mézard, ministre. Aujourd’hui, l’ANRU ne fonctionne pas très bien, mais cela dure depuis plusieurs années, et nous savons tous pourquoi. Nous allons y mettre de l’ordre et faire avancer ce dossier. Les engagements du Président de la République en la matière seront mis en application d’ici à la fin de l’année. (Applaudissements sur les travées du groupe La République En Marche.)

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