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Les questions orales

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Restructuration d’Aventis

Par / 25 février 2003

par Danielle Bidard-Reydet

Ma question porte sur l’avenir de la recherche sur les sciences de la vie en France et plus particulièrement sur Aventis. Issue de l’ex-Rhône- Poulenc Rorer et de l’ex-Roussel Uclaf, cette entreprise possède des centres d’expertises depuis des décennies. L’expertise et le savoir-faire des chercheurs, notamment de Vitry et de Romainville ont permis la découverte et la mise à disposition de médicaments innovants parmi lesquels la RU486, et le dernier né, l’antibiotique Ketek.

Depuis la création d’Aventis, les abandons se sont multipliés. En France, en 1999, Aventis comptait 2 867 chercheurs et scientifiques contre 2 210 aujourd’hui. Ils ne subsistent actuellement que les domaines anti-infectieux, l’oncologie et les maladies d’Alzheimer et de Parkinson.

Le nouveau projet de restructuration présenté par les dirigeants prévoit d’abandonner notamment la recherche sur la maladie de Parkinson et sur les anti-infectieux, en essayant de minimiser ce désengagement en externalisant une partie de cette activité, ainsi réduite à 80 personnes. Ce plan prévoit également la suppression de plus de 660 postes de recherche et d’appuis et le désengagement total du site ultramoderne de Romainville, soit plus de 1 000 salariés. Seules resteraient en France les recherches en oncologie et une partie des recherches sur la maladie d’Alzheimer (travaillée également aux États-Unis). Si Aventis se désengage de la France, il renforce sa présence en Amérique avec l’embauche de 400 scientifiques en trois ans.

Le jour où seuls quelques laboratoires américains auront le monopole des médicaments pour ces maladies, ils pourront fixer leurs prix et décider seuls des pays auxquels ils les fourniront. Nos possibilités de découvrir des médicaments innovants seront alors réduites. C’est d’autant plus dramatique que les maladies infectieuses tuent dans le monde 17 millions d’êtres humains chaque année. Il est naturellement indispensable d’amplifier les recherches sur les vaccins pour combattre les maladies d’origines bactériennes ou virales, mais cela ne remplacera pas la nécessaire découverte de nouveaux antibiotiques et de nouveaux antiviraux.

Les dangers du bio-terrorisme montrent qu’il est absolument stratégique pour un pays d’avoir sur son territoire, la capacité de répondre à toute urgence.

L’ensemble de la communauté scientifique et médicale est d’accord, il faut renforcer les recherches dans les maladies infectieuses qui constituent un problème majeur de santé publique.

Les salariés d’Aventis, soutenus par de nombreux chercheurs, élus territoriaux et nationaux se sont mobilisés pour que la direction d’Aventis retire son plan de restructuration. Leur propre projet vient d’être refusé. Ce texte alternatif prévoit le maintien, voire le développement du potentiel de recherche autour des anti-infectieux en s’appuyant sur l’infrastructure, les plateaux technologiques et les expertises présentes sur le site de Romainville. Plusieurs recherches sont assez avancées pour envisager l’arrivée de nouvelles molécules dans six à sept ans. Le Ketek pédiatrique issu de Romainville pourrait arriver sur le marché en 2003 ou 2004. Un axe antiparasitaire pourrait également être créé.

Le projet des salariés prévoit la participation des pouvoirs publics qui pourraient fixer des axes de recherche prioritaires pour la santé publique, des instituts de recherche publique, de fondations comme l’Institut Pasteur qui pourraient s’appuyer sur ce pôle de recherche et de développement du médicament pour prolonger leurs travaux. L’O.M.S. et des fonds européens pourraient financer ces projets constituant des priorités mondiales. Enfin, Aventis pourrait y participer.

Les élus du personnel ont présenté ce projet aux ministères de l’Industrie, de la Recherche, de la Santé et du Travail. Le gouvernement peut être un acteur déterminant, en incitant Aventis à étudier et travailler ce projet avec les pouvoirs publics, les collectivités territoriales, la communauté scientifique et les élus du personnel.

Je vous demande de soutenir concrètement ce dossier et d’agir rapidement auprès d’Aventis pour éviter son démantèlement programmé à court terme. Le gouvernement doit s’engager pour maintenir le potentiel de la recherche médicale et pharmaceutique, en France.

Mme HAIGNERÉ, ministre déléguée à la recherche et aux nouvelles technologies. - Je vous remercie de votre plaidoyer bien argumenté sur les activités de recherche en général et sur le site de Romainville en particulier. L’évolution de celui-ci est suivie de près par nos collaborateurs.

Je reconnais bien volontiers l’intérêt du concept de pharmapôle, associant partenaires publics et privés. L’ambition de ce projet mérite toute notre attention mais on n’en est qu’à un stade préliminaire. Il n’y a pas encore eu d’études de faisabilité économique et scientifique, ni de dimensionnement.

Le dialogue doit donc se poursuivre dans le sens que vous indiquez.

Je suis aussi sensible à l’appauvrissement progressif de la France depuis une décennie, dans la recherche pharmaceutique. Cette tendance doit être contrecarrée. Les solutions ne sont pas simples. On ne peut envisager de méthodes coercitives. Nous voulons plutôt jouer des synergies entre l’industrie pharmaceutique et la recherche académique. Dans cette perspective, nous élaborons une stratégie spécifique aux biotechnologies, qui comprendra des mesures ciblées vers de jeunes entreprises. Nous présenterons un projet à la fin du premier semestre.

Nous sommes très mobilisés. Le gouvernement aura un regard particulier sur le site de Romainville que nous voulons valoriser. Il est exceptionnel tant par les compétences humaines qu’il réunit que par la valeur de ses ressources et de son matériel. La proposition que vous évoquez sera prise en compte.

Danielle BIDARD-REYDET. Je vous remercie pour votre longue réponse. Tout le monde est d’accord pour considérer que le projet doit être travaillé. Mais il y a urgence : dans quelques semaines, Aventis fermera peut- être Romainville ! L’entreprise fait pourtant des bénéfices qui ne sont pas médiocres. L’enjeu de Romainville est national, certes, mais aussi international.

Peut-être pourriez-vous provoquer une table ronde pour commencer à travailler sur un projet qui sauvegarderait ce très bel outil de recherche ?

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