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Tribunes libres

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Le très mauvais bilan de santé du quinquennat

Politique de santé -

Par / 10 mars 2017

Tribune parue dans Initiatives.

Voici comment, au nom du gouvernement, Ségolène Neuville, Secrétaire d’État, est intervenue lors du débat sur la situation de l’hôpital, que le groupe CRC organisait le 12 janvier dernier : « Le gouvernement n’a eu de cesse de montrer son attachement à l’hôpital public. Dire que le gouvernement a marchandisé la santé et considéré l’hôpital comme une entreprise privée, c’est faux (..) Nous avons redonné à l’hôpital public la place qu’il mérite dans notre système de santé. (..) J’aimerais que l’on me dise où est l’austérité ?

Les moyens de l’hôpital public ont augmenté de 10 milliards d’euros depuis 2012 (..) Malgré le contexte budgétaire contraint, ce sont 31 000 personnes de plus qui travaillent à l’hôpital depuis 2012. Évidemment, ils ont énormément de travail en dehors de leurs congés, mais je ne peux pas vous laisser dire à l’unanimité que les conditions se dégradent de façon permanente. (..) L’hôpital public a fait partie des priorités de ce quinquennat (..) » Des phrases d’une grande suffisance, témoignant d’un déni de réalité, ou relevant de la méthode Coué, cherchant à nous faire passer, au mieux pour des alarmistes, au pire pour des menteurs. Dès lors, doit-on considérer que les personnels hospitaliers qui ne cessent de dénoncer leurs conditions de travail, leur mal-être, déplorer le suicide de collègues, les démissions en masse, sont également des menteurs ?

Doit-on considérer que les comités de défense, appuyés par des élus locaux (bien souvent de toutes tendances politiques), qui s’activent pour éviter la fermeture de tel ou tel hôpital de proximité, de telle ou telle maternité, de tel ou tel service, mentent également ou s’alarment pour rien, puisque tout va bien dans le meilleur des mondes ? Les nombreux villes, quartiers et villages, à la recherche de médecins généralistes, de kinés, de dentistes, d’ophtalmos, d’orthophonistes, d’infirmiers, de gynécologues, tout ceci ne serait qu’affabulation, exagération ?

Dans le monde du gouvernement, le problème des déserts médicaux serait en voie de règlement, les délais d’attente aussi bien en médecine de ville, que pour une opération à l’hôpital, ou pour un passage aux urgences sont tout à fait acceptables. Sénatrices et sénateurs, présents sur le terrain, nous constatons quotidiennement qu’il n’y a aucune amélioration depuis 2012, tout au contraire.

Non seulement la loi HPST de madame Bachelot n’a pas été abrogée, mais elle a été confortée par la loi Santé, poursuivant l’affaiblissement du secteur public pour donner la part belle au privé. Le renoncement aux soins, pour des raisons financières, concerne aujourd’hui un quart de la population. Les inégalités de santé augmentent.

Dans chaque département, c’est le même scénario, des luttes se mènent pour garantir l’accès aux soins pour toutes et tous, confortant notre PPL d’un moratoire sur les fermetures et les restructurations. En refusant de s’attaquer frontalement aux causes de ce renoncement (maintien des franchises médicales et des forfaits hospitaliers, pas de prise en charge à 100 %...), le gouvernement aggrave les coûts pour la collectivité, à moyen et long terme, puisque nous savons que la faible place accordée à la prévention, le manque de suivi régulier, l’absence de diagnostic précoce a des conséquences médicales et donc financières plus importantes par la suite.

Nous dénonçons les 3 milliards d’économies imposées aux hôpitaux entre 2014 et 2017, pour financer le CICE, le Crédit Impôt Compétitivité Emploi, qui, en plus, n’a aucune efficacité sur l’emploi ! Nous déplorons que les autres groupes parlementaires imposent l’austérité aux hôpitaux, en votant un objectif national de dépenses d’assurance maladie, l’ONDAM, aussi bas.

Le gouvernement n’a eu qu’un objectif, durant tout ce quinquennat, celui de réduire les déficits, quelles qu’en puissent être les conséquences pour les patients et les soignants. Ainsi, Marisol Touraine se vante d’avoir « bouché » le trou de la Sécurité sociale, mais à quel prix ! C’est en réalité, moins de moyens accordés aux hôpitaux, avec notamment, des fermetures de lits, des hospitalisations plus courtes faute de places suffisantes, des soignants qui ne savent plus où donner de la tête et qui alertent sur la dégradation de la prise en charge des patients.

Ces choix politiques sont dangereux, le patient n’est plus au centre des soins et on demande aux directeurs d’hôpitaux d’être des gestionnaires sans état d’âme. Ils ont tout pouvoir et ne rendent des comptes qu’aux ARS. Certains en usent et en abusent pour faire plier les personnels de santé, de l’aide-soignant au chef de pôle, avec comme seul objectif la rentabilité des soins, entrainant des drames humains dénoncés notamment par l’association Mégnien.

Les objectifs budgétaires sont respectés, la Commission européenne est contente ! Nous soutenons le rôle irremplaçable de l’hôpital dans l’accès aux soins et nous faisons des propositions de financement, à chaque PLFSS, qui permettent d’améliorer notre système de santé sans le livrer « au tout marchand ». Il est urgent de supprimer la T2A (tarification à l’activité), la taxe sur les salaires dans les hôpitaux, tout comme il est impératif de mettre fin aux exonérations patronales, à l’évasion fiscale, qui sont autant de recettes en moins pour notre système de protection sociale.

Quant à l’égalité salariale entre les femmes et les hommes, si elle était appliquée, elle constituerait des recettes supplémentaires, à hauteur de 52 milliards d’euros par an ! Afin de mettre un terme aux inégalités territoriales en matière d’accès aux soins, il faut aussi stopper les GHT (groupements hospitaliers de territoire) dont la seule finalité, malgré les paroles rassurantes de la ministre, est la recherche d’économies ! De nombreux exemples pourraient hélas illustrer mon propos, je pense notamment au cas typique du Grand Hôpital Nord de Saint-Ouen, qui aura pour conséquence la fermeture de l’hôpital Beaujon et de l’hôpital Bichat.

Il faut une autre politique, celle qui place le patient au centre de la politique de santé, une politique démocratique avec intervention réelle des personnels comme des usagers et des élus, dans tous les choix de l’hôpital. Il faut développer les soins de proximité avec des coopérations entre établissements et médecine de ville, il faut donner de réels moyens aux centres de santé qui, faut-il le rappeler, permettent un accès à toutes et tous avec une prise en charge à 100 % par la sécurité sociale grâce à la pratique du tiers payant et le respect des conventions en secteur 1.

Mener ce combat dans l’hémicycle converge avec toutes les mobilisations qui ont cours pour décréter un véritable état d’urgence sanitaire dont le pays a tant besoin.

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