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Au Conseil municipal

Vous trouvez, ici, les interventions générales prononcées par Jean-François Voguet au cours des Conseils municipaux.

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Partenariat entre la Ville de Marseille et l’Organisation Internationale pour les Migrations ? Quelle finalité ??

Par / 1er octobre 2007

RAPPORT n°43
Monsieur le Maire,
Chers collègues,

Quel est l’objectif de cette délibération, visant à approuver « un partenariat actif entre la Ville de Marseille et l’Organisation Internationale pour les Migrations », agence intergouvernementale basée en Suisse ?
Loin de nous l’idée de douter des actions humanitaires d’une telle organisation, et pour qui n’a pas la curiosité d’y regarder de plus près, cette délibération est même plutôt empreinte de bons sentiments.
Car comment s’opposer à la volonté de favoriser une « bonne intégration économique, sociale et humaine des nouveaux arrivants » ? Surtout à Marseille, où le taux de reconduites à la frontière n’a jamais été aussi fort !
Comment ne pas se réjouir de la mise en place d’une politique d’intérêt partagé en matière d’immigration ? Sauf lorsque le souci majeur consiste à mutualiser les connaissances et les moyens pour favoriser une politique d’« immigration choisie ».
A savoir, l’admission de l’étranger sur le territoire national, si et seulement si, il répond à une double condition : celle d’avoir une utilité démontrée pour l’économie nationale et de s’engager à repartir une fois cette utilité épuisée.
Or, aujourd’hui, à Marseille comme ailleurs, le nombre d’immigrés venus au titre de la coopération, de partenariats économiques entre les pays du pourtour méditerranéen, au sens où l’entend le processus de Barcelone, est relativement faible. Nous sommes surtout confrontés à une immigration familiale, à une immigration économique liée au sous développement des pays concernés, à la misère, aux guerres et autres persécutions ou atteintes aux droits de l’Homme. Il s’agit ici d’une migration contrainte.
Et là, le partenariat avec l’OIM n’est d’aucun recours contrairement à ce qui est énoncé dans cette délibération, sauf à admettre que l’expérience de cette dernière puisse être pertinente lorsqu’il s’agit de tout mettre en œuvre pour favoriser le retour dans leur pays d’origine des étrangers en situation irrégulière.
Et, de fait, une des compétences de l’OIM est d’informer les candidats éventuels à l’immigration des difficultés d’une telle démarche, au cas échéant pour ceux qui ont déjà migré de les informer des programmes de retour volontaire et de faciliter ce dernier.
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*
A l’évidence, avec cette délibération, il ne s’agit pas de favoriser les conditions d’accueil des migrants mais de mieux contrôler leurs flux et de favoriser leur retour vers leurs pays d’origine.
Autrement dit, M. Le Maire, vous emboîtez le pas du Gouvernement, qui a présenté à la discussion du Parlement, la semaine dernière à l’Assemblée Nationale et demain au Sénat, un énième projet de loi relatif à « la maîtrise de l’immigration, à l’intégration et à l’asile ».
En effet, durant la précédente législature 3 lois ont déjà été votées concernant l’immigration, le droit d’asile, le code de l’entrée et du séjour des étrangers en France. Et en 4 ans, la procédure de regroupement familial a ainsi été modifiée par 2 lois, mais aussi 2 décrets, 3 circulaires et 1 arrêté ! Si ce n’est pas de l’acharnement, ça y ressemble !
Non, Monsieur le Maire, ce n’est pas l’accueil des étrangers affiché officiellement qui motive cette délibération, loin s’en faut.
Pour preuve, votre interrogation sur « l’opportunité de la création d’une Maison des Organisations Internationales à Marseille » alors que vous avez vous-même ordonné la fermeture de la Maison de l’Etranger. C’est dire combien l’accueil des étrangers était une préoccupation majeure jusqu’alors pour votre municipalité.
Enfin, à l’heure où votre Gouvernement se targue d’atteindre les 25 000 reconduites à la frontière par an, à une époque où l’on convoque les Préfets pour leur taper sur les doigts et leur faire porter le bonnet d’âne quand leurs quotas d’expulsions ne sont pas atteints, permettez-nous de douter de vos intentions en matière d’accueil des étrangers.
D’où nos craintes lorsque vous semblez soudainement vous préoccuper d’intégration et de lutte contre l’exclusion concernant les migrants.
Cette nouvelle Maison de l’immigration, si elle devait exister, n’aurait-elle pas pour fonction, non pas de veiller à la bonne installation des étrangers mais de s’assurer de leur retour chez eux ?
Pour finir, permettez-moi de rappeler, qu’aucun mur, aucune loi, aucune politique, aucun gouvernement ne pourra jamais maîtriser le droit de tout être humain à chercher un horizon meilleur pour lui et ses proches. Migrer est un droit fondamental.

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