La première victime de l’embargo ne doit pas être la population civile malienne

M. Alain JUPPE
Ministre d’Etat, Ministre des Affaires étrangères et européennes
37 quai d’Orsay
75007 PARIS

Monsieur le Ministre d’Etat,

Je souhaite attirer votre attention sur la situation au Mali. Le récent coup d’Etat militaire a plongé un peu plus encore ce pays dans la crise politique, alors que la rébellion touareg et les groupes islamistes occupent désormais une large partie de son territoire.
La situation évolue heure par heure et il est probable que les choses auront à nouveau changé au moment où vous prendrez connaissance de mon courrier.

En tout état de cause, ces bouleversements ne doivent pas occulter les réelles difficultés quotidiennes des Maliens, à commencer par l’alimentation et l’accès aux biens et services de première nécessité.

L’Union africaine a imposé des sanctions contre les membres de la junte militaire au lendemain de l’embargo diplomatique et économique décidé par la CEDEAO, jusqu’au rétablissement de l’ordre constitutionnel.
Avec cet embargo, la CEDEAO entend contraindre la junte militaire en place mais les conséquences sont des plus dramatiques pour les populations civiles.

Les réserves de riz sont par exemple à leur niveau critique et la crise alimentaire guette. Le blocus a également des répercussions inquiétantes sur l’approvisionnement en carburant. Si les classes plus favorisées peuvent se permettre de constituer des réserves par incertitude quant aux jours et semaines qui viennent, l’immense majorité de la population ne peut s’offrir ce luxe. Je veux notamment insister sur le besoin de carburant pour le matériel utilisé pour les récoltes agricoles, à l’aune d’une éventuelle crise alimentaire.

La question de l’aide humanitaire reste par ailleurs posée. Nous ne pouvons pas accepter que l’embargo abandonne la population malienne à des conséquences humanitaires et sanitaires gravissimes et inacceptables.

Aussi, je souhaiterais connaître les mesures que la France et la communauté internationale comptent prendre avec leurs partenaires africains afin que la première victime de l’embargo ne soit pas d’abord et surtout – comme c’est trop souvent le cas – la population civile malienne. Le gouvernement français ne pourrait-il pas proposer un réexamen de la situation permettant une levée partielle des sanctions notamment en ce qui concerne les produits alimentaires et de grande consommation ?

Dans l’attente, je vous prie de croire, Monsieur le Ministre d’Etat, à l’assurance de ma considération distinguée.

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