"En votant ce texte, nous célébrons un deuil, mais aussi une renaissance"

Déclassement et remise à la collectivité de Guyane de restes humains kali'nas

Publié le 18 mai 2026 à 14:41 Mise à jour le 19 mai 2026

« Chacun de nous se sent atteint au meilleur de son intelligence et de sa sensibilité, lorsqu’il assiste au spectacle d’un gouvernement qui renie ce qui fait la beauté d’une nation civilisée ; je veux dire : le souci d’être juste, la volonté d’être bon envers tous les membres de la famille humaine, quelle qu’en soit la religion, la couleur ou la race. »

Ainsi parlait Gaston Monnerville, en 1933, alors qu’il était député de la Guyane. L’enfant de Cayenne, qui fut président de notre assemblée pendant vingt-deux ans, et qui revendiquait être un descendant d’esclave, ajoutait : « Nous sommes à vos côtés et vous nous trouverez toujours à vos côtés, chaque fois qu’il s’agira de lutter contre une mesure ou contre un régime qui tendraient à détruire la justice entre les hommes, ou à abolir leur liberté. »

Couani, Miacapo, Emeigno-Marita, Ibipio Ouramana, Pékapé, Mayaré, Malé, mes frères et mes sœurs en humanité, aujourd’hui, nous sommes à vos côtés pour rappeler aux vivants les promesses trompeuses qui vous arrachèrent à la terre de vos ancêtres, l’indignité absolue des expositions sordides que l’on vous imposa, les tristes morts de vos corps soumis aux mauvais traitements et l’abomination absolue de vos dépouilles funèbres exhumées et exposées à la curiosité malsaine de visiteurs pour lesquels vous n’étiez plus que les spécimens d’une race primitive et inférieure.

Comment ne pas se laisser envahir par la honte, la tristesse et la colère à l’évocation de vos tourments ? Dans le « zoo humain » qui fut l’horrible théâtre de la dégradation de votre condition humaine, les photographies d’époque vous montrent tristes et résignés. La désespérance que l’on perçoit sur vos visages évoque le destin tragique du peuple Kali’na, déplacé, persécuté et exploité depuis le XVe siècle et l’arrivée des Européens dans la Caraïbe.

Le texte que nous allons voter ne rend pas seulement justice à des femmes et à des hommes humiliés jusque dans leurs sépulcres ; il est aussi une reconnaissance législative du peuple autochtone guyanais des Kali’nas. La volonté de Corinne Toka Devilliers, que je salue avec émotion, et de tous ceux qui l’ont accompagnée dans sa démarche, n’est pas seulement de donner une sépulture décente aux compagnons de Moliko, mais aussi de renouer les liens qui les unissaient à leur communauté et qui ont été outrageusement rompus.

En réalisant les rites funéraires et l’epekotono, la société Kali’na va pouvoir enfin faire son deuil de ses ancêtres et se reconstruire dans l’observance de ses rites. Chers collègues, en votant ce texte, nous célébrons un deuil, mais aussi une renaissance.

Pierre Ouzoulias

Sénateur des Hauts-de-Seine
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