En août 1895, il ajoutait : « Je ne veux pas seulement être libéré, je veux être proclamé innocent, il ne s’agit pas de moi seul, il s’agit du droit et de la justice humaine ».
Victime d’un crime d’État parce que juif, tout avait été organisé pour qu’il ne revînt jamais de l’île du Diable. Son premier acte d’héroïsme fut de survivre et de garder confiance en la République.
À la Chambre des députés, la frénésie raciste était alors sans limite. Un député a interpellé le Gouvernement à propos de l’envahissement des administrations publiques par l’élément juif et Léon de Baudry d’Asson, marquis romain, député de la Vendée, exigé l’abrogation de la loi d’émancipation des juifs votée en 1789.
Après l’arrêt de la Cour de cassation qui innocenta Dreyfus, la droite nationaliste dénonce un coup d’État judiciaire. Charles Maurras écrit : « Nous savons que nous ne sommes plus rien chez nous. Nous sommes prévenus par une étiquette certaine que les forces françaises ne sont plus à la France, mais à la juiverie ». Et Maurice Barrès laisse à l’histoire cette formule terrible : « Que Dreyfus est capable de trahir, je le conclus de sa race ».
À l’antijudaïsme religieux vieux de 2000 ans, succède l’antisémitisme racial du nationalisme intégral de l’extrême droite française, qui a trouvé un accomplissement funeste dans la révolution nationale de juillet 1940 que Maurras qualifia de « divine surprise ».
Alfred Dreyfus déclarait : « J’avais espéré, le 12 juillet 1906, que la programmation solennelle de mon innocence mettrait un terme à mes souffrances. Il n’en fut rien. Je dus rester la victime jusqu’au bout. Mais je me console en pensant que l’iniquité dont j’ai si prodigieusement souffert aura servi la cause de l’humanité et développé les sentiments de solidarité sociale. »
Marie-Georges Picquart obtint une reconstitution complète de sa carrière et devint général et ministre de la guerre dans le gouvernement de Clemenceau. Les sept années de carrière volées à Alfred Dreyfus ne lui furent jamais restituées. Réparons post mortem cette profonde injustice. C’est l’occasion d’honorer la mémoire d’un patriote et d’un héros, ardent défenseur de la République émancipatrice.