Faire payer les victimes ? Une fausse solution pour la montagne

Débat sur les secours en montagne

Publié le 27 mai 2026 à 09:55

Ce débat dépasse les simples considérations budgétaires. Nos secours en montagne fonctionnent bien, l’expertise des personnels est reconnue.

Cette efficacité a été soulignée lors des auditions par les trois principaux acteurs des secours, dont l’articulation peut toutefois être renforcée, notamment en matière de traitement des appels. Le rôle du préfet dans la coordination doit également être renforcé, de même que le renouvellement de la flotte d’hélicoptères, cela a été dit. Nous ne contestons pas qu’il puisse y avoir quelques tensions entre les « bleus » et les « rouges », mais commençons par leur donner les moyens de remplir leurs missions, avec le matériel adapté.

Oui, les secours en montagne ont un coût, qui augmente. Avec la baisse de l’enneigement, la montagne doit se diversifier pour maintenir l’activité. De fait, elle attire un public plus large que celui des skieurs, qui représentent 10 % de la population. La fréquentation augmente, et, avec elle, les accidents. La dangerosité tient aussi au dérèglement climatique. Cette évolution choisie, et parfois subie, s’est traduite par une augmentation de 44 % des interventions depuis 2015.

Dès lors, plusieurs scénarios pour contenir les coûts : changer le système - ce qui n’est pas pertinent, car il fonctionne ; arrêter de secourir - personne n’y songe ; favoriser la prévention - cette dernière piste me semble la plus pertinente. Mais la limitation de certaines pratiques est contraire à l’idée que nous nous faisons de la montagne, espace de liberté.

L’idée de la Cour des comptes de rendre les secours payants pour les imprudents est séduisante, mais se heurte à d’insurmontables obstacles. Comment mesurer l’imprudence ? Quel risque est déraisonnable ? Quels pratiques ou comportements justifient une prise en charge ?

Je ne partage pas l’idée d’un système assurantiel obligatoire : il n’est pas démontré que la facturation des secours ferait diminuer les pratiques à risque.

En outre, cela créerait une rupture d’égalité avec les autres territoires : pourquoi les secours seraient-ils gratuits en plaine et payants en montagne ? Les professionnels ont raison d’être attachés à la gratuité.

Gratuité des secours, prévention, éventuelle sanction des comportements irresponsables, accompagnement de la mutation du modèle économique de la montagne : voilà nos propositions, loin de l’approche comptable de la Cour des comptes, inadaptée.

Jérémy Bacchi

Sénateur des Bouches-du-Rhône
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Gratuité des secours, prévention, éventuelle sanction des comportements irresponsables, accompagnement de la mutation du modèle économique de la montagne : voilà nos propositions, loin de l'approche comptable de la Cour des comptes, inadaptée.

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