Cette hausse intervient quelques jours après l’adoption de la loi actualisant la programmation militaire, qui prévoit 36 milliards d’euros supplémentaires pour les armées. Nous ne pouvons qu’être extrêmement inquiets par l’ampleur de l’austérité qui attend notre population et votre fuite en avant militariste encouragée par les barons de l’industrie lourde allemande.
Ce budget pluriannuel rompt avec ce qui était revendiqué comme le coeur du projet européen : la solidarité entre les peuples, le développement agricole et la réduction des inégalités territoriales. La Commission préfère multiplier par cinq le budget de la défense et par trois celui du contrôle aux frontières.
Sur le plan politique et démocratique, cette logique de réarmement tend à installer dans le débat public une vision du monde fondée sur la confrontation permanente - celle de Trump - et sur l’alignement sur l’Otan. On habitue progressivement les citoyens à l’idée que la guerre serait inévitable et que la sécurité dépendrait avant tout de l’accumulation d’armes. Or l’histoire enseigne que la course aux armements ne crée pas les conditions de la paix ; au contraire, elle nourrit une escalade de tensions dont les peuples finissent par payer le prix fort.
Pendant ce temps, la PAC recule de 20 % et les fonds de cohésion sont absorbés dans de grandes enveloppes nationales où ils entreront en concurrence avec les nouvelles priorités de compétitivité et de défense. Bref, les États seront contraints d’arbitrer entre agriculture, développement régional et dépenses militaires, au détriment de nos agriculteurs, des collectivités locales et des territoires ultramarins.
Nous ne sommes pas opposés à l’idée qu’un pays assure sa sécurité, mais ne confondons pas autonomie stratégique et militarisation généralisée. La véritable autonomie stratégique commence par l’indépendance énergétique, industrielle et technologique. Or on nous parle d’autonomie stratégique alors que l’Union européenne organise une part croissante de son appareil industriel et militaire autour de standards définis dans une alliance dominée par les États-Unis.
Ce cadre financier engage l’Union européenne pour sept ans. Sept années durant lesquelles ces choix pèseront sur nos agriculteurs, nos collectivités, nos services publics et l’ensemble du peuple français. À moins d’un an de l’élection présidentielle, il serait contestable d’engager la France dans des choix qui produiront leurs effets jusqu’en 2034. Les Français doivent pouvoir se prononcer librement sur l’avenir du pays, sans que des décisions prises aujourd’hui ne lient les mains de ceux qui gouverneront demain.