La France doit renouer avec l’ambition du savoir

Régulation de l'enseignement supérieur privé

Publié le 1er juin 2026 à 19:08 Mise à jour le 2 juin 2026

Longtemps la République a considéré qu’elle devait au peuple son instruction « comme moyen de perfectionner l’espèce humaine », ainsi que l’affirmait Condorcet.

L’école, l’université et la recherche eurent pour noble mission de donner à chacun le droit de s’élever dans la connaissance selon ses ambitions et ses compétences, mais aussi de construire des consciences républicaines et des individus capables d’exercer leur métier de citoyens par le développement de leur esprit critique. C’est vers l’université que la République s’est tournée pour trouver les ressources de sa renaissance après les défaites, les crises, les paralysies et les scléroses. Marc Bloch, que la nation va conduire au Panthéon le 23 juin, estimait que la faillite des élites responsable de l’Étrange défaite devait être surmontée par un surcroît d’éducation critique libérée des carcans du formalisme académique et de la routine et œuvrant pour le renouvellement de la pensée.

J’aurais pu aussi citer le Discours à la jeunesse de Jean Jaurès, en 1903, à Albi, mais j’ai préféré celui du général de Gaulle, sur le campus de l’université de Toulouse, en 1959. Je le cite : « Il faut qu’une large partie de la jeunesse française vienne à l’enseignement scientifique et que les étudiants travaillent bien. Plus haut ce sont les maîtres, dont il faut qu’ils soient en nombre suffisant et qu’ils aient les moyens voulus pour accomplir leur grande tâche. Plus haut, encore, les chercheurs, à qui il faut l’équipement spécial nécessaire à leurs travaux et l’art de ne point cloisonner les pensées et les résultats. » Il ajoutait : « Par-delà l’université de Toulouse, je salue l’enseignement français, les chercheurs, les maîtres, les étudiants. En même temps, je leur rends témoignage parce qu’ils servent celui qu’il faut servir, c’est-à-dire l’homme, tout simplement. »

Ce n’étaient pas que des « éléments de langage » d’un plan de communication sans ambition budgétaire. Entre 1960 et 1967, le nombre d’étudiants a doublé et les crédits du CNRS ont progressé de 335 % de 1959 à 1968. Cette première démocratisation massive de l’université aboutit à sa réorganisation par Edgar Faure, en 1968, afin qu’elle soit autonome, ouverte à la société, démocratisée et liée à la République, par sa mission de formation, de recherche et de promotion culturelle.

Que s’est-il passé pour que l’université, jadis pensée comme l’instrument essentiel de l’émancipation et de l’élévation impérative du niveau de connaissance de toute la Nation, soit considérée aujourd’hui comme une charge budgétaire insoutenable, une fabrique d’exclusion par l’échec, une institution se satisfaisant d’une baisse inexorable des compétences et le foyer militant des expressions antirépublicaines ? Pourquoi la France n’aime-t-elle plus ses universités ? Sans doute parce qu’elle ne croit plus que la République puisse être émancipatrice !

Aussi, je souhaiterais apporter un soutien fort à tous les enseignants-chercheurs qui ont dû, dans des conditions matérielles dégradées, accueillir toujours plus d’étudiants avec des moyens budgétaires toujours plus réduits et des rémunérations toujours plus indignes. Vous êtes aussi les « hussards noirs » de la République. Mais, je le dis avec solennité, votre abnégation ne pourra pas compenser indéfiniment le manque de moyens. Il est révoltant que, de nouveau, le budget de l’enseignement supérieur et de la recherche soit mis à contribution par des annulations de crédits de près de soixante-neuf millions d’euros. Encore quelques annulations et la trajectoire budgétaire de feu la loi de programmation de la recherche deviendra négative !

Dans ces conditions, la question que pose ce projet de loi n’est pas de savoir quelle place il faut donner à l’enseignement supérieur privé lucratif, mais quelles missions nous voulons encore confier à l’université et aux établissements supérieurs non lucratifs concourant au service public ?

La France a besoin de docteurs en médecine, de docteurs, d’ingénieurs, de diplômés du supérieur dotés des compétences les plus pointues et d’une culture générale la plus vaste possible pour affronter les défis d’une société en plein bouleversement. Je suis absolument persuadé que seul le service public de l’enseignement supérieur, sous le contrôle de l’État et du Parlement et selon des ambitions définies par eux, est capable d’arrêter le déclin scientifique de la France et de nous donner l’espoir d’une nouvelle alliance entre la République et ses savants.

Pierre Ouzoulias

Sénateur des Hauts-de-Seine
Voir le site Contacter par E-mail Suivre sur Facebook Suivre sur Twitter Voir la chaîne Youtube

Ses autres interventions :

Sur le même sujet :

Education et recherche