Ne remplaçons pas l’égalité par la différenciation territoriale

Réforme des critères d'attribution de l'éducation prioritaire

Publié le 28 mai 2026 à 09:21

La réécriture de la commission est une amélioration : elle abandonne le critère des résultats scolaires, inscrit l’éducation prioritaire dans la loi, prend mieux en compte l’éloignement et prévoit la révision périodique de la carte. Pourtant, plusieurs interrogations demeurent.

D’abord, le texte est muet sur les critères qui seront utilisés pour réviser la carte. Donner plus à ceux qui ont moins : tel était l’objectif de l’éducation prioritaire. Face aux inégalités croissantes, nous refusons d’abandonner la notion d’inégalité au profit de la différenciation territoriale. Les difficultés des élèves sont souvent liées à la situation sociale des parents, aux difficultés d’accès à la culture, de transport et de logement. L’éducation prioritaire a été construite pour répondre à la concentration de ces difficultés dans certains territoires. Son attribution doit donc reposer sur des critères sociaux et territoriaux transparents, définis au niveau national. L’IPS, le taux de boursier et les indicateurs de précarité mériteraient d’être pris en compte.

Nous nous interrogeons aussi sur l’allocation progressive des moyens. Bien sûr, il y a des effets de seuil, mais ne substituons pas au dispositif national REP des dispositifs locaux ou contractuels ; les moyens sont variables en fonction des académies...

L’éducation prioritaire n’est pas une simple politique d’accompagnement face aux difficultés scolaires : c’est un outil national qui vise la réduction des inégalités sociales et territoriales devant l’école. Il faut en maintenir le caractère national. Nous refusons toute mise en concurrence des territoire, ruraux et urbains : tous les besoins doivent être pris en compte.

Notre groupe défendra un amendement précisant la notion d’éloignement : l’égalité devant l’éducation doit être garantie partout, y compris dans les territoires insulaires ou enclavés. Dans les outre-mer, un quart des élèves sont en REP+ - c’est 7 % dans l’Hexagone - et 55 % des écoliers et collégiens de La Réunion sont en REP. En outre-mer, l’extrême vie chère et le chômage plus élevé rongent les familles et les enfants grandissent dans la précarité et la privation.

Inscrire l’éducation prioritaire dans la loi doit permettre de la renforcer comme outil de réduction de ces inégalités. L’école de la confiance et de la réussite, c’est aussi l’école de l’égalité des chances : elle ne doit oublier personne !

ÉvelyneCorbière Naminzo

Sénatrice de La Réunion
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