Pour ne pas confondre lutte contre l’antisémitisme et engagement pour la Palestine

Lutte contre l'antisémitisme, le racisme, les discriminations, les violences et la haine dans l'enseignement supérieur

Publié le 20 juin 2025 à 10:12
  • « Être juif en France aujourd’hui, c’est être seul », écrit M. Paul Bernard dans une tribune récente à un grand quotidien - en écho, un siècle plus tard, au constat de Charles Péguy dans Notre jeunesse : « Ce n’est pas facile d’être juif. »

« Quand ils demeurent insensibles aux appels de leurs frères, aux cris des persécutés, aux plaintes, aux lamentations de leurs frères meurtris dans le monde, vous dites : ce sont de mauvais juifs. Et s’ils ouvrent seulement l’oreille aux lamentations qui montent du Danube et du Dniepr, vous dites : ils nous trahissent, ce sont de mauvais Français. » Ces lignes, Péguy les écrit deux ans après avoir été visé par une tentative d’assassinat lors du transfert des cendres de Zola au Panthéon. Son agresseur, le journaliste antisémite et nationaliste Louis Grégori, reçut le soutien de l’Action française et fut acquitté.

Vinrent ensuite les lois antisémites de Vichy et la Shoah, puis les pogroms du 7 octobre. Aujourd’hui, d’après M. Paul Bernard, la haine antisémite tranquille devient dans notre pays une pensée dominante, y compris dans les amphithéâtres. Il lance cet appel : « il ne dépend que des autres, de tous les Français, que cette solitude soit abolie. »

Cette proposition de loi y répond avec humilité, dans la continuité d’une mission d’information qui a établi de manière incontestable l’accroissement sans précédent des actes antisémites - manifestes ou latents - dans nos universités.

En CMP, le Sénat a tenu à conserver le seul terme « antisémitisme » dans l’intitulé du texte : symbolique, ce choix est une marque de respect que nous devons aux étudiants juifs, une distinction à la fois compassionnelle, réparatrice et mobilisatrice.

Dans le texte lui-même, la lutte contre l’antisémitisme est systématiquement associée à celle contre le racisme, les discriminations, les violences et la haine. J’ai lu avec consternation que ce texte serait une criminalisation des voix de la paix et que son article 3 ouvrirait la voie à des sanctions arbitraires contre les étudiants mobilisés pour la Palestine. Comment peut-on confondre lutte contre l’antisémitisme et engagement pour la Palestine, sinon en supposant que tout étudiant juif est complice des crimes commis par le gouvernement Netanyahu à Gaza ? Déduire les opinions d’un individu de sa confession supposée est une forme de racisme et d’antisémitisme.

Notre droit ne définit pas l’antisémitisme. Seule la loi du 13 juillet 1990, dite Gayssot, comporte une précision indirecte en sanctionnant la négation des crimes contre l’humanité définis à l’article 6 du statut du tribunal militaire international de Nuremberg, en particulier la Shoah et les lois antisémites de Vichy. Le Front national a toujours réclamé l’abrogation de cette loi, et un candidat à la dernière élection présidentielle, Éric Zemmour, a estimé qu’elle portait atteinte à la liberté d’expression.

Cette proposition de loi ne changera pas les mentalités, mais je suis persuadé qu’il est possible de lutter contre les préjugés antisémites par une meilleure connaissance de leurs ressorts et un effort accru en faveur des études juives. Hélas, celles-ci ne sont plus pratiquées que dans trois centres de recherche ; et, en 2023, six thèses seulement ont été soutenues dans ce champ, contre seize en 2010. Nous avons besoin d’une politique nationale ambitieuse en faveur des études juives.

Pierre Ouzoulias

Sénateur des Hauts-de-Seine
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