Les universités américaines, consacrées comme les sanctuaires inviolables de la liberté d’expression, sont sommées d’enseigner la doxa officielle.
La France n’est pas à l’abri des vents mauvais : les campus sont régulièrement le cadre de procès en excommunication, de modernes Torquemada prétendant décider qui peut parler. La disputatio universitaire a été chassée par l’anathème.
Pis, des attaques se font entendre contre les intellectuels, la rationalité et l’utilité de la connaissance scientifique. C’est tout l’héritage des Lumières qui est contesté par des mouvements politiques qui reprennent les exécrations de Joseph de Maistre contre la raison autonome. Nous devons défendre la liberté académique contre les anti-Lumières de gauche et de droite.
Avec Olivier Beaud et d’autres, je souscris à la définition de la liberté académique par Robert Post : « la liberté de poursuivre sa recherche professionnelle à l’intérieur d’une matrice de normes de la discipline définie et appliquée par ceux qui sont compétents pour comprendre et appliquer de telles normes ». Pascal Engel ajoute que la liberté académique est fondée sur le savoir universitaire, lequel est à lui-même sa propre fin ; elle n’est pas simplement la liberté d’opinion, car elle oblige le savant à acquérir des compétences au service de la vérité.
La liberté académique est donc plus une liberté de l’institution qu’une liberté individuelle. Pour la défendre, il faut garantir l’autonomie scientifique des universités et la gestion collégiale des disciplines. L’enseignant doit être préservé localement de toute pression extérieure, et les spécificités de sa pratique scientifique doivent être reconnues nationalement par des organismes défendant l’intégrité scientifique.
Monsieur le ministre, il est essentiel de lancer une réflexion globale sur ces sujets et de s’interroger sur les conditions d’une collaboration efficace entre le Hcéres, le Conseil national des universités et le Comité national de la recherche scientifique.