De 58 millions de tonnes de vêtements produits en 2000, nous sommes passés à 109 millions de tonnes en 2020 et nous nous dirigeons vers une production annuelle de 145 millions de tonnes de vêtements d’ici 2030.}}}
Cette augmentation rapide et massive est due à un phénomène, dont nous débattons aujourd’hui, celui de la “fast-fashion”.
Le remplacement ultra rapide des collections de vêtements par les marques ne visent pas à répondre à un besoin, mais à nourrir les appétits de profits des multinationales, en s’appuyant sur des citoyens devenus des consommateurs envahis de publicité et d’injonction à consommer.
Certaines enseignes de prêt à porter vont jusqu’à renouveler leurs collections toutes les deux semaines alimentant une surconsommation amplifiée par les réseaux sociaux.
Le fait de pouvoir fournir si rapidement et si régulièrement des biens marchands, qui n’ont pas suffisamment de circuits de recyclage ou de réemploi, ne peut se faire qu’au détriment de la nature et des travailleuses et travailleurs.
Au niveau envrionnemental bien sûr, puisque nous surexploitons nos ressources, en occultant le gaspillage qui en découle, et en omettant que chaque année, le jour du dépassement est de plus en plus tôt. Cette année en France, ce jour où notre consommation de ressources dépasse ce que la terre est en capacité de renouveler, était le 19 avril. Il tombait le 5 mai en 2024.
Cette date symbolique est d’abord le signe que notre modèle économique est en décalage avec la réalité. Il faut savoir que pour confectionner un jean, il faut en moyenne 7 500 litres d’eau soit l’équivalent de toute l’eau bue par un être humain pendant 7 ans selon (source ONU).
Enfin ce modèle économique du jetable et un modèle qui exploite et nuit à la santé des femmes et des enfants là où comme au BENGLADESH le salaire moyen mensuel est de 80 euros.
Avec 3 fois moins d’emplois en France aujourd’hui dans ce secteur, et des fermetures d’usines qui se poursuivent, cette surproduction vestimentaire se paye aussi au prix des délocalisations et du chômage. Ce sont encore 600 emplois menacés ce jours derniers chez NAF NAF .
Pourtant il y a des moyens d’agir, comme l’a montré l’Assemblée nationale en adoptant ce texte, et comme, je l’espère, nous saurons le faire ici.
Il faut encadrer la publicité de l’industrie textile, en interdisant la promotion de la fast-fashion. Pas seulement pour les influenceurs mais plus largement refuser de promouvoir des produits qui nuisent à notre planète au détriment de tous et fabriquer dans des conditions que nous déplorons.
Il faut veiller au réemploi des vêtements, notamment en soutenant les structures de seconde main .
Les géants de la fast fashion reçoivent des millions de réduction d’impôts pour leurs surplus donnés à des associations de quoi rendre la surproduction rentable.Un jean d’une valeur de 12 euros peut escompter une ristourne fiscale de 7,20 euros. Mais au bout de la chaine, ce sont les associations qui trinquent. Ensevelies sous les vêtements, elles doivent aussi de plus en plus les détruire par leurs propres moyens .
C’est d’ailleurs ce contexte qui a conduit à la liquidation en Dordogne de l’association d’insertion LA TRESSE qui pendant plus de 15 ans a collecté et trié jusqu’à 2 700 tonnes par an en travaillant avec près de 200 associations . 40 emplois supprimés et des tonnes de textiles qui ne sont plus valorisés localement. Cette surproduction fragilise les acteurs de l’économie circulaire.
La création de malus et de bonus sur l’éco-conception est donc positive, et elle devrait guider l’ensemble de nos productions, au-delà de l’industrie textile. Il faut que la durabilité des vêtements soit pensée dès leur conception, et l’apport de ce texte sera important sur ce point.
Enfin, et c’est un aspect sur lequel ce texte aurait pu être plus ferme ; nous devons veiller à ce que les conditions de travail, et les salaires des ouvrières et des ouvriers du textile, permettent des conditions de vie décentes, dignes et non une main d’oeuvre exploitée. Il y a beaucoup à faire sur ce sujet et cette proposition de loi traite de l’impact environnemental, sans s’attarder suffisamment sur la question sociale toute aussi importante et totalement liée.
Les femmes représentent 60 millions de travailleuses au sein de l’industrie textile dans le monde. Sur un t-shirt vendu 29€ en magasin, les ouvrières de la chaîne textile touchent uniquement 0,18 €.
Si ce texte, modifié en commission aurait aller plus loin, il ouvre toutefois des perspectives positives pour réduire l’impact environnemental de l’industrie textile, que je viens de citer, c’est pourquoi mon groupe votera cette proposition de loi.