Jamais deux budgets n’auront jamais été aussi proches dans le temps ni dans l’esprit.
Dans le temps, parce que nous étions déjà là le 21 janvier dernier, il y a moins de 11 mois, à parler des crédits de la mission Cohésion des territoires, en déplorant la situation et à constater la crise du logement.
Proche aussi dans l’esprit, parce que les orientations que vous portez aujourd’hui ne résolvent aucun problème d’hier, parfois elles en ajoutent.
Alors que nous comptions déjà à l’époque 2,7 millions de demandes de logements sociaux. Le chiffre s’est accru, encore, avec 3 millions de demandes en attente.
Nous parlions aussi déjà des 4 millions de personnes mal-logées, dont 350 000 personnes sans abri.
Par chance, le gouvernement et nous-mêmes parlementaires, nous avons l’occasion ce matin de corriger ce qui, à l’évidence, ne fonctionne pas aujourd’hui et ne fonctionnera pas plus demain.
A 10 mois d’intervalle, deux budgets, quasi-identiques, alors qu’il y aurait pu en avoir un troisième, bien différent, et que nos amendements tenteront de proposer, pour garantir véritablement le droit au logement, de façon inconditionnelle.
Au lieu de viser cet objectif, vous organisez une insécurité permanente. Alors que la première des sécurités seraient de garantir à chacun un toit pour protéger les siens. Lorsque les aides au logement sont gelées, restreintes, alors que les loyers eux, augmentent, finalement la précarité et les expulsions augmentent aussi.
Tout cela en sachant que nous manquons de places d’hébergement, que nous manquons de logements sociaux accessibles, en conséquence, vous condamnez à l’insécurité des familles, vous condamnez au mal-logement des enfants.
Le ministère du logement doit être le ministère qui loge, et pourtant on n’a jamais été autant délogés dans ce pays.
D’après l’UNICEF, à la veille de la rentrée scolaire, nous comptions au moins 2 159 enfants à la rue, dont 503 de moins de 3 ans. 31 y ont perdu la vie en 2024.
Toutes les issues ne sont pas si dramatiques, mais prenons la mesure de ce que cela signifie pour notre Nation. Evaluons le coût de cette politique du non-logement en termes démocratiques, humains éducatifs, économiques, financiers, environnementaux, sanitaires. Prenons la santé.
Le mal-logement augmente significativement les maladies respiratoires, les troubles cardiovasculaires et les problèmes de santé mentale : humidité, moisissures et froid multiplient les infections, aggravent l’asthme et augmentent le risque d’hospitalisation. La précarité énergétique et l’instabilité résidentielle, elles, sont associées à une hausse mesurée du stress, de l’anxiété, de la dépression et à un recours aux soins jusqu’à 20 % plus fréquent.
5,8 millions de personnes vivent dans une passoire thermique, alors que les factures d’énergie augmentent et que l’enveloppe allouée à MaPrimeRenov’ continue de baisser.
Ce sont désormais ces factures d’énergie qui seront censées financer la rénovation des logements via les C2E.
Un circuit fermé, pour répondre au cercle vicieux du mal-logement, où à la fin, ce sont quand même les locataires qui payent la facture.
Quelques-uns de nos concitoyens doivent cependant être satisfaits de votre politique : les 3,5% de propriétaires qui possèdent plus de 50% du parc locatif privé.
9 000 milliards d’euros de patrimoine seront transmis d’une génération à l’autre dans les 15 prochaines années. Une façon de perpétuer les inégalités à laquelle votre gouvernement ne s’attaque pas.
“Qu’avez-vous fait pour tant de biens ? vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus” peut-on lire dans le Mariage de Figaro, écrit par Beaumarchais.
“Beaumarchais”, pour illustrer la folie spéculative du logement, est aussi un très bon exemple de boulevard parisien, où les prix atteignent en moyenne 13 000€ du mètre carré.
Nous ne traversons pas une crise du logement. Vous installez un nouveau système où spéculation et richesses pour quelques-uns côtoient la négation d’un droit au logement digne pour les autres.
Ce n’est pas un hasard mais plutôt le reflet de votre vision, de votre choix de société, qui transparaît aussi dans le reste de la mission Cohésion des territoires.
Des crédits en moins pour la politique de la ville. Les programmes qui tenaient nos territoires, comme “Villages d’Avenir”, “Petites Villes de Demain” ou “Action Coeur de Ville” ne sont pas renforcés. “France Ruralités” est présentée comme un souffle nouveau, mais aucune ligne budgétaire ne lui correspond. Tout repose sur des crédits existants, qui n’augmentent pas et un plan sans moyens est une promesse sans avenir.