Il résulte d’un abandon progressif par le ministère de ses missions, externalisées vers des opérateurs de plus en plus autonomes, sous le contrôle d’une tutelle de plus en plus absente. La juxtaposition de ces politiques culturelles ne fait pas une politique nationale.
Longtemps, les actions du ministère de la culture ont eu un effet d’entraînement sur celles des collectivités. Or les Drac ont de moins en moins de moyens ; les collectivités ont de plus en plus de mal à soutenir seules leurs politiques culturelles. Ce double désinvestissement menace un réseau d’institutions très fragilisées.
Pourtant, des sommes importantes ont été investies.
Le pass Culture a reçu 1 milliard d’euros depuis 2019. Pourquoi ne pas être passé par les Drac ? Sur l’arbre des politiques culturelles nationales, ce greffon élyséen n’a jamais pris. Je voterai la suppression de sa part individuelle proposée par la commission des finances.
Ce dispositif est symptomatique d’une vision idéologique des politiques d’accès à la culture, qui rompt avec les missions historiques du ministère. André Malraux avait conçu les maisons de la culture comme un instrument d’éducation vers des pratiques culturelles nouvelles. La culture était pour lui un instrument d’émancipation, une pratique qui bouleverse et émerveille. À rebours, le pass Culture s’adresse à des consommateurs qui, en fonction de leur capital acquis, achètent des produits aux machines à rêves.
Malraux prophétisait un conflit entre les grands moyens de communication des masses au service des instincts, et des moyens d’expression transmis par les siècles, à léguer à nos successeurs. Il estimait que la culture était devenue l’autodéfense de la collectivité, source de création et héritage de la noblesse du monde. Ce dialogue constant entre le patrimoine continûment réinterprété et les oeuvres de création constituait pour lui la spécificité de son ministère.
Or cet équilibre est rompu par la baisse drastique des moyens du patrimoine, alors que les besoins des musées, des bibliothèques et des monuments historiques sont immenses. Le Louvre, la Bibliothèque nationale de France (BNF) sont victimes de leur gigantisme et exigent des investissements massifs pour continuer à recevoir un nombre de visiteurs bien supérieur à celui pour lequel ils ont été conçus.
À côté, le chantier de la préservation du patrimoine non classé, notamment religieux, est à l’arrêt. Le financement des CAUE a été amputé de 1,5 milliard d’euros. Plusieurs d’entre eux vont disparaître. Pour les collectivités, cette défaillance de l’État est le prodrome de son désengagement pour le patrimoine qui ne lui appartient pas.
Les missions du ministère de la culture ont besoin d’être repensées, et non uniformément amputées.