"Ceux qui soutenaient il y a trois ans une réforme des retraites pour économiser 7 milliards d’euros voudraient aujourd’hui augmenter les dépenses militaires de 14 milliards ! "

Loi de programmation militaire 2024 à 2030

Publié le 10 juin 2026 à 11:08

Nous avons vécu un moment parlementaire singulier. Alors que le groupe CRCE-K était bien seul à dénoncer une fuite en avant et une programmation insincère, voilà que la majorité sénatoriale a joint ses voix aux nôtres pour supprimer l’article 2 !

Mais pour des raisons opposées : nous dénoncions une augmentation de 36 milliards d’euros qui pèsera sur les autres politiques publiques, quand la majorité, elle, juge l’augmentation insuffisante... Reste que l’article 2 est supprimé, c’est assez savoureux.

Ceux qui soutenaient il y a trois ans une réforme des retraites pour économiser 7 milliards d’euros voudraient aujourd’hui augmenter les dépenses militaires de 14 milliards ! Entre-temps, la France a été placée sous procédure de déficit excessif, nos marges de manoeuvre sont quasi nulles. Ces dépenses nouvelles réduiront les capacités d’action de l’État dans d’autres domaines.

Les dépenses militaires seraient bénéfiques pour l’économie et l’emploi ? Certes, les investissements publics dans les infrastructures de transport, les hôpitaux ou les écoles ont des effets positifs pour l’économie - mais les commandes militaires servent une finalité militaire, et l’exportation d’armes alimente les conflits et l’instabilité. Sans compter que ces commandes mobilisent des ressources rares, des compétences, de l’ingénierie et de l’argent public qui ne peuvent être utilisés ailleurs.

Le mythe du ruissellement appliqué à l’économie de guerre a pourtant été battu en brèche par le FMI : une hausse des dépenses militaires dynamise l’activité à court terme, mais dégrade les finances publiques à moyen terme.

Vous avez refusé nos amendements visant à éviter les rentes de guerre ou à faire contribuer les grands groupes d’armement. La vérité, c’est que les gains, réels, sont privatisés, tandis que les coûts sont collectifs. Loin d’être gage de prospérité, l’économie de guerre organise le transfert des ressources publiques vers quelques grands groupes industriels et financiers.

Ce texte porte une vision de la sécurité et de la souveraineté que nous rejetons. L’état d’alerte de sécurité nationale, les réquisitions élargies, les dérogations au droit du travail et de l’environnement, la militarisation de la jeunesse, les attaques aux libertés publiques participent de la banalisation de l’exception. Vos discours anxiogènes privent nos jeunes de l’innocence de leurs 20 ans. (Mme Sophie Primas s’exclame.) Et votre service national volontaire est si mal rémunéré que les appelés devront recourir aux prestations sociales ! Vous les enfoncez dans la guerre et la précarité. (M. Mathieu Darnaud proteste.)

Quant aux collectivités territoriales, ce texte leur confie un rôle croissant sans les associer aux décisions ni mesurer leurs contraintes.

La sécurité nationale, c’est d’abord la protection de la population, du territoire, des infrastructures critiques. C’est la souveraineté numérique, la maîtrise de nos approvisionnements stratégiques, la défense de nos territoires ultramarins et de nos zones économiques exclusives. C’est aussi la capacité à construire librement des coopérations internationales, en refusant tout alignement.

Une grande puissance fait vivre le droit international, le multilatéralisme, la diplomatie de la paix. L’actualisation est muette là-dessus.

Sur l’autonomie stratégique, quelle crédibilité quand on abandonne le Scaf ? Quand nos armées dépendent de technologies américaines ? Quand notre stratégie de défense est fixée à Washington ? Quand notre contribution à l’Otan explose ?

Nous défendons une autre conception de la souveraineté, fondée sur la paix, la coopération et la justice sociale. Pour toutes ces raisons, le groupe CRCE-K votera contre ce projet de loi.

MichelleGréaume

Sénatrice du Nord
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Nous défendons une autre conception de la souveraineté, fondée sur la paix, la coopération et la justice sociale. Pour toutes ces raisons, le groupe CRCE-K votera contre ce projet de loi.

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