De l’arrachement à la réparation : justice pour les enfants réunionnais

Réparer les préjudices causés par la transplantation de mineurs de La Réunion

Publié le 17 juin 2026 à 11:03

Cette proposition de loi est le résultat d’un combat, long, douloureux, vital, d’enfants réunionnais victimes de déplacements forcés orchestrés par l’État français alors qu’ils étaient sans défense et parce qu’ils étaient pauvres.

Entre 1962 et 1984, 2 015 enfants ont été arrachés à leurs parents, parce que des fonctionnaires et hommes politiques s’inquiétaient d’une démographie galopante à La Réunion. Le prétexte : pallier le déclin démographique des campagnes françaises et sortir ces jeunes Réunionnais de la misère.

En arrivant dans la Creuse, la Lozère, le Tarn, le Gers ou les Pyrénées-Orientales, les fratries ont été séparées ; les changements d’état civil ont été fréquents, au point que certains enfants transplantés s’ignorent encore aujourd’hui.

On leur a menti, en leur faisant la promesse d’une vie meilleure, d’une formation ; à beaucoup, on avait promis qu’ils reviendraient vite. Mensonges à ces enfants et à leurs parents, accablés par la pauvreté et la culpabilité. Beaucoup ont connu les humiliations, les maltraitances et les violences dans leur famille ou leur foyer d’accueil.

Longtemps, leur histoire a été passée sous silence ; après des années de souffrance, ils ont témoigné, se sont regroupés. Plusieurs sont présents en tribune ce soir. Je salue leur courage, leur persévérance et leur dignité. Leur parcours pour retrouver leur identité a été long et éprouvant ; je salue le travail des associations.

Ces enfants devenus adultes espèrent légitimement une réparation de la part de l’État.

Cette transplantation d’enfants est une blessure ouverte, parmi toutes celles que la France coloniale a infligées à La Réunion. Elle s’inscrit dans le contexte d’une politique antinataliste menée à La Réunion : le Bumidom, l’ordonnance Debré qui a ordonné l’exil de nos fonctionnaires, les avortements et les stérilisations forcées sur les femmes pauvres de notre île.

Depuis le vote de la résolution en 2014, la France reconnaît sa responsabilité dans cette politique indigne et cruelle. Le présent texte marque une nouvelle étape vers la réparation, y compris financière. Pour permettre à chacun de se reconstruire, pour inscrire leur histoire dans le récit national, mon groupe votera cette proposition de loi.

ÉvelyneCorbière Naminzo

Sénatrice de La Réunion
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