"En attaquant le 1er mai, vous brisez le contrat social"

Travail des salariés le 1er mai des salariés volontaires des boulangers-pâtissiers artisanaux et des artisans fleuristes

Publié le 17 juin 2026 à 10:51

Le débat qui s’engage relève de l’obsession antisociale.

Chacun a en tête le parcours chaotique du texte du groupe Union Centrise dont l’objectif était clair : porter un dernier coup au mouvement social avant l’élection présidentielle, après l’oukase de la réforme des retraites. Pourtant, les électeurs ont lourdement sanctionné les partis du socle commun, du bloc central - on ne sait plus comment vous appeler - enfin, de la Macronie et de la droite.

Votre première tentative n’a pas abouti le 22 janvier à l’Assemblée nationale et la tension a monté d’un cran. Face au risque d’enlisement, Gabriel Attal a tenté le tout pour le tout en déposant une question préalable - comble de l’obstruction parlementaire - afin de permettre au Gouvernement de convoquer une CMP (commission mixte paritaire).

Mais c’était sans compter la riposte unie de l’intersyndicale. Après avoir reçu les organisations syndicales le 13 avril, le Gouvernement annonça l’enterrement du texte. M. Farandou affirmait alors qu’il ne souhaitait pas de passage en force. Pourquoi ce revirement ?

Ce texte cherche à briser l’exceptionnalité des dérogations à l’interdiction du travail le 1er mai chômé, entamant ainsi un processus de remise en cause de ce jour de célébration de la lutte des travailleurs pour leurs droits. Nous ne sommes pas dupes ! Vous n’acceptez pas cette flamme de la lutte, de l’espoir, de l’émancipation et de l’amélioration de la condition humaine, malgré les assauts du libéralisme.

Le travail le 1er mai pourra concerner des entreprises comptant jusqu’à 250 salariés ! C’est un cheval de Troie patronal. Cette loi s’ajoutera à la longue liste des reculs sociaux depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron. D’ailleurs, la proposition de loi sénatoriale s’appuyait sur la réglementation relative au repos dominical et l’on sait comment le dimanche travaillé a été banalisé par la dérégulation libérale... Mais la ficelle était trop grosse, et la commission des affaires sociales a adopté une position plus prudente, calquée sur le renoncement fictif au repos dominical.

La liste des reculs sociaux est longue : abrogation de l’interdiction du travail de nuit des femmes, création du travail en soirée, remise en cause du droit à la retraite, réforme de l’assurance chômage...

Après les 7 heures de travail gratuit, la droite vient de proposer de monétiser 5 jours de congés payés ! Il fallait oser, pour les 90 ans du Front populaire ! La monétisation des RTT avait ouvert la brèche en 2022... Face aux résistances, vous biaisez et multipliez les dérogations.

Les petites boulangeries de village ou de quartier subiront la concurrence des boulangeries soi-disant artisanales - pourvu qu’elles ne congèlent pas le pain -, mais en réalité industrielles. Idem entre fleuristes et jardineries.

N’oublions pas que l’accord d’entreprise prévaut en cas d’absence d’accord de branche. Or la domination patronale est d’autant plus forte que l’espace de négociation est réduit.

Le Gouvernement et la majorité sénatoriale remettent en cause l’article 1er de la Constitution, qui pose que la République est démocratique, laïque, mais aussi sociale. La République sociale, ce sont pourtant deux siècles d’histoire !

À force de luttes et de grandes grèves, nous sommes arrivés au programme du Conseil national de la Résistance (CNR) et au préambule de la Constitution de 1946, qui fait partie intégrante du bloc de constitutionnalité. Il consacre le droit de grève, la liberté syndicale, le droit au travail et à la protection sociale, le droit au repos.

L’idée même de République sociale, incarnée dans le préambule de 1946 et dans les grands textes de la Libération, fait corps avec la journée du 1er mai. Ceux qui tombèrent à Fourmies en 1891 n’étaient que les précurseurs de ceux qui ont occupé les usines en 1936 ou qui se firent tuer en 1948 pour de meilleurs salaires. La République sociale s’est forgée dans la douleur, mais aussi par la démocratie : retraite à 60 ans, semaine de 35 heures...

Le 1er mai est indissociable de la République sociale ; il en est la preuve bruyante, chantante chaque année. En attaquant le 1er mai, vous brisez le contrat social, et défiez le peuple et son histoire. Par notre rappel à la Constitution, nous dénonçons la gravité de ce projet de loi.

Souvenez-vous de ces paroles de chanson qui portent toute la souffrance du monde du travail et l’espoir d’un monde moins cruel : « J’aimerai toujours le temps des cerises, / C’est de ce temps-là que je garde au coeur / Une plaie ouverte ! / Et dame Fortune, en m’étant offerte / Ne saurait jamais calmer ma douleur... / J’aimerai toujours le temps des cerises / Et le souvenir que je garde au coeur ! »

Cathy Apourceau-Poly

Sénatrice du Pas-de-Calais
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Ce texte cherche à briser l'exceptionnalité des dérogations à l'interdiction du travail le 1er mai chômé, entamant ainsi un processus de remise en cause de ce jour de célébration de la lutte des travailleurs pour leurs droits. Nous ne sommes pas dupes !

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