Hier, la majorité sénatoriale a voulu allonger la durée annuelle du travail de sept à quatorze heures. Une proposition de loi de la droite vise à monétiser la cinquième semaine de congés payés. C’est non pas une coïncidence, mais un programme.
Puisque les salaires ne suffisent plus, il faudrait vendre son repos, renoncer à ses jours fériés, à ses congés, à ses dimanches.
Alors que les prix repartent à la hausse, que proposez-vous ? Non pas d’augmenter les salaires, mais de travailler encore plus.
Vous parlez de « sécuriser » le travail des salariés, mais derrière les fleurs et les baguettes et la mise en scène de la modération, chacun comprend ce qui se joue : la fragilisation du 1er mai.
Or cette journée est le symbole d’une conquête sociale fondamentale : le temps libéré, ce que certains n’ont jamais accepté.
À l’heure où il faudrait s’interroger sur le sens du travail, sa pénibilité, son partage, sa réduction, on nous ramène au vieux monde, dans lequel toute conquête sociale est un privilège révocable.
La porte d’un texte est dans le précédent qu’il crée. Ainsi du travail dominical : au départ, il était exceptionnel, volontaire, et mieux rémunéré, puis l’exception est devenue l’organisation normale, et les compensations superflues.
Les artisans peuvent déjà ouvrir le 1er mai sans faire travailler leurs salariés.
C’est une brèche qui s’ouvre, et nombreux sont ceux qui veulent s’y engouffrer.
Derrière l’image rassurante des artisans, ce sont les grandes enseignes qui sauront exploiter les failles du texte. Certaines enseignes pourront ouvrir, d’autres non. Plus personne n’y comprendra rien, sauf ceux qui ont les moyens de tirer parti de cette confusion. Artisans et salariés seront du même côté : celui des perdants face à la grande distribution.
On nous parle de volontariat. Mais dans la relation de subordination, c’est une illusion. Depuis les ordonnances Macron, les garanties collectives ont été fragilisées. L’accord de branche ne sécurisera rien, puisque l’accord d’entreprise peut s’y substituer.
On nous objecte que les salariés seront payés double. Mais parlons temps partiel subi et salariés mobilisés tôt le matin, tard le soir, le week-end, à qui l’on explique que le progrès est de travailler le 1er mai.
Monsieur le ministre, mes chers collègues, lorsque tous les syndicats parlent d’une seule voix, on les écoute. C’est ce que nous faisons : nous voterons contre !