Et pendant ce temps, la DGFiP a perdu 30 000 agents depuis 2008 !
En prétendant lutter contre toutes les fraudes avec la même fermeté, l’exécutif entretient une illusion morale pour justifier une politique de classe. C’est tout le coeur du macronisme : faire passer la protection des riches pour un effort de justice, la punition des pauvres pour une exigence républicaine. Tout contrôle sérieux des grandes entreprises devient impossible. Ce texte déplace la cible.
Ironie tragique, à travers ce projet de loi, le Gouvernement s’attaque aux conséquences sociales de ses propres politiques économiques : libéralisation des capitaux, mondialisation financière, toute puissance des multinationales, développement du numérique, qui ouvrent la voie à une économie du contournement.
Il préfère renforcer la suspicion contre les allocataires. Quand Pierre Moscovici dit qu’il n’y a plus grand-chose à gratter du côté de la fraude fiscale, il traduit un choix politique : protéger les plus aisés. Oui, la fraude fiscale est celle des puissants. Les 100 milliards d’euros de fraude fiscale permettraient de financer tout le budget de l’éducation nationale et de la justice !
Aucune mesure sur les prix de transfert abusifs, aucune transparence sur les aides publiques aux entreprises. Dans cette vision de la société, la pauvreté devient suspecte, la solidarité se transforme en surveillance.
La République sociale issue du Conseil national de la Résistance reposait sur un principe simple : la solidarité est un droit, non une faveur. Aujourd’hui, vous chargez des algorithmes de choisir qui mérite d’être aidé. D’un côté un contrôle social renforcé, de l’autre, rien contre la fraude fiscale des grands groupes.
Et pendant que vous multipliez les contrôles, des millions de personnes renoncent à leurs droits : 40 % pour le RSA, 50 % pour le minimum vieillesse, 30 % pour l’assurance chômage.
Loin de renforcer la confiance, vous généralisez la suspicion. À la vérité, ce n’est qu’une austérité sociale déguisée. Le Gouvernement invente un bouc émissaire. C’est une vieille stratégie : faire croire que les difficultés viennent des travailleurs précaires, et non du capital qui leur impose cette précarité ! L’État social devient un État policier, la solidarité devient conditionnelle.
Tant qu’on ne s’attaquera pas aux grandes entreprises, toute lutte contre la fraude sera une imposture.
Nous demandons donc le retrait de ce projet de loi qui affaiblit la République sociale et détourne la lutte contre la fraude au profit d’un nouvel ordre de suspicion, qui voudrait mettre pauvres et riches à égalité.
Non plus que votre PLFSS et votre PLF, ce texte ne répond à la demande de justice sociale et fiscale. Mieux vivre, c’est une exigence pour sortir de cette logique mortifère qui est le terreau de l’extrême droite.
C’est une nécessité pour sortir les Français de la crise dans laquelle vous les plongez.