Et demain, peut-être une loi spéciale ?

Vote sur l'ensemble du projet de loi de finances 2026

Publié le 15 décembre 2025 à 17:28

Le 27 novembre dernier, le Sénat entamait la discussion sur le budget 2026.
Le groupe Communiste & Kanaky proposait de rejeter ce texte et de tout reprendre à zéro.
Pourquoi ?

Et bien parce que nous craignions que tout soit mis en œuvre pour imposer un budget d’inégalités, minoritaire dans la population et disqualifié pour rassembler les Français.
Une version gouvernementale nous était soumise. Elle n’était en réalité qu’une succession de reprises :
Reprise du projet Barnier censuré,
Reprise du projet Bayrou rejeté par le vote de confiance
Et enfin reprise du gouvernement Lecornu 1 qui n’aura même pas tenu 24h.

Et demain, peut-être une loi spéciale ? Dernier moyen d’imposer le budget des battus à toutes les élections, malgré quelques concessions pour éviter une nouvelle censure.

Au final, le gouvernement a une nouvelle fois été désavoué par l’Assemblée Nationale. Un vote, sans précédent, d’une seule voix pour le budget.
Ni la droite sénatoriale, ni le gouvernement ne se sont interrogés sur le fait que le budget n’était soutenu que par 8% des français.
On nous a répondu qu’il fallait continuer ; comme si de rien n’était.
Le compromis n’a pas eu lieu et il n’aura pas lieu. Du moins il sera bicéphale, comme ce budget ; entre la droite sénatoriale et le gouvernement. Il sera sans doute transposé lors de la Commission Mixte Paritaire, vendredi. Cela, dans une discussion non filmée, sans compte-rendu, et sans public. On y décidera de la vie de nos concitoyens en conclave. Je dis « on » mais les communistes, comme les écologistes, en sont exclus, alors qu’ils ont un groupe dans chaque chambre.

Aussi, après trois semaines de débat au Sénat, la perspective d’un débat faussé et d’un budget imposé à l’immense population du pays ne s’est pas éloignée.
Il y a une semaine le Président Larcher évoquait la possibilité du 49.3. Il y a quelques heures, Elizabeth Borne lui emboîtait le pas.
C’est légal mais profondément illégitime dans le pays.
En claire, les craintes qui nous amenaient à vous proposer de rejeter le budget, se sont avérées fondées.
Aucun de nos arguments n’a été démenti par les faits.
Tout cela pour quoi ?
Le budget initial reposait sur un équilibre déjà discutable et orienté : un tiers de l’effort sur les recettes, deux tiers sur les dépenses.
Un enseignement politique apparaît au grand jour : la droite sénatoriale n’a pas d’autre budget que celui du gouvernement.
Au final, elle l’a tout simplement durci. Elle l’a renforcé, voire radicalisé dans la défense des ultras riches.
Elle prétend s’en distinguer, mais elle en partage l’essentiel : la protection des possédants et le rationnement pour le reste du pays.
En cela, elle a pris le budget du gouvernement, et elle en a manié le pire.
Oui, le pire à trois titres.
Premièrement pire dans les recettes : la droite sénatoriale exonère les plus riches de 13 milliards, dégradant le solde des recettes de près de 8 milliards.

Elle a accordé plus de 6 milliards d’euros d’allègements ciblés aux grandes entreprises, aux holdings patrimoniales et aux hauts patrimoines.
Et tout cela, alors que 211 milliards d’euros d’aides publiques aux entreprises échappent à tout contrôle.
Vous êtes même allés jusqu’à rejeter l’adoption d’un simple document d’information parlementaire. Vivons mieux vivons cachés !
La droite refuse de mettre le capital à sa juste contribution. La rente est protégée, les grandes entreprises biberonnées, et les magnats de l’immobilier sont consacrés par la République des actionnaires.

Deuxièmement, pire dans les dépenses :
Conséquence de vos choix sur les recettes : 100 % de l’ajustement repose désormais sur les services publics. Concrètement, c’est 28 à 30 milliards d’euros de coupes, là où le gouvernement en annonçait déjà 23. C’est inédit. C’est brutal.

Exemple de cette brutalité : en quelques secondes, 1 milliard d’euros supprimés pour le plan France Relance. Tant pis pour notre industrie. Et que dire des 4000 postes d’enseignants supprimés ?
Troisièmement, pire dans les méthodes : secondes délibérations à répétition, amendements adoptés puis supprimés, rabotages de dernière minute déposés à la hâte.
Sans réunir la commission des finances, un sous-amendement déposé à minuit 24, porté à la connaissance des sénateurs à minuit 28, puis examiné à minuit 30, est venu supprimer 1,9 milliard de crédits évaluatifs.

Vous dégradez le solde. A hauteur de 7 milliards, non pas de 5,1 milliards … un tripatouillage bien loin du sérieux budgétaire.

Ce PLF issue du Sénat porte une orientation violente, imposée contre le peuple. Violente parce qu’elle demande à ceux qui font déjà tant, de continuer à faire des efforts.
Faire des efforts ? Mais dans quel monde vivez-vous ?
Notre monde, c’est celui où 360 plans de licenciements dans l’industrie française et 45 000 suppressions d’emplois sont recensés dans le secteur.
Notre monde, c’est celui où les produits alimentaires sont 38% plus chers en outre-mer que dans l’hexagone.

Notre monde, c’est celui où les factures d’électricité ont quasiment doublé depuis 10 ans.
– et chaque jour, des centaines de milliers de Français sautent des repas, non par choix, mais par contrainte.

Voilà le pays tel qu’il est. Voilà le cadre dans lequel un budget devrait être pensé, évalué, jugé.
C’est au regard de cette réalité que le groupe communiste et kanaky a déposé plus de 500 propositions, pour 70 milliards d’euros de recettes.
C’est cibler la richesse là où elle est : dans les rentes et les abus.
Puis réinvestir dans la relance économique, la solidarité, l’école, la culture, les transitions, les coopérations, dans les sécurités collectives, intérieures et extérieures, en misant sur la paix sociale et la diplomatie, non sur la mise en concurrence déloyale, non sur la brutalité.
Nous avons travaillé, chiffré, proposé. Nous avons porté un budget alternatif, au service de l’État, des citoyens et des services publics.

Madame, Monsieur les Ministres,
Le mouvement social, syndical, paysan, le monde du travail dans toute sa diversité, vous le dit sans relâche :
Ce que vous faites n’a aucune légitimité dans le pays. A chaque fois que les citoyens se sont exprimés, ils ont majoritairement rejeté ces politiques.
L’année 2026 sera peut-être celle de résistances nouvelles — populaires, larges, unitaires.
Et alors, je vous le dis avec espoir : tout redeviendra possible.

Pascal Savoldelli

Sénateur du Val-de-Marne
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C’est au regard de cette réalité que le groupe communiste et kanaky a déposé plus de 500 propositions, pour 70 milliards d’euros de recettes. C’est cibler la richesse là où elle est : dans les rentes et les abus. Puis réinvestir dans la relance économique, la solidarité, l’école, la culture, les transitions, les coopérations, dans les sécurités collectives, intérieures et extérieures, en misant sur la paix sociale et la diplomatie, non sur la mise en concurrence déloyale, non sur la brutalité.

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