Ne laissons pas la santé mentale au CAC 40

Proposition de loi visant à intégrer les centres experts en santé mentale dans le code de la santé publique

Publié le 17 décembre 2025 à 11:01

La santé mentale des jeunes se dégrade depuis plusieurs années de façon préoccupante. Le Cese l’a montré dans un récent avis. Pas moins de 75 % des troubles psychiques se développent avant vingt-cinq ans.

Un collégien ou lycéen sur deux exprime un malaise, et un lycéen sur quatre déclare avoir eu des pensées suicidaires au cours de l’année. Les pensées suicidaires augmentent aussi chez les jeunes adultes. Ces constats rejoignent les travaux que j’ai menés avec MM. Chasseing et Sol. Je me réjouis que la santé mentale soit reconduite grande cause nationale en 2026.

Cette proposition de loi a été remaniée par la rapporteure. C’est un peu moins pire que si c’était pire !

Les critiques des centres experts sont très nombreuses. La FHF pointe l’absence d’évaluation : les besoins en niveau 3 se portent davantage vers des centres de ressources, plutôt que sur des centres experts.

Selon Roland Gori, FondaMental pourrait étendre son modèle. Ces start-up de la santé mentale, financées par des entreprises du CAC 40, fondent leur fortune sur le traitement de données.

Le renforcement du niveau 3 ne doit pas se faire au détriment des premier et deuxième niveaux. C’est sur ces derniers que doivent porter les efforts. Le recours au privé n’est qu’un palliatif. Notre modèle repose sur la psychiatrie de secteur, qui accueille toutes les souffrances. Malheureusement, ce modèle écorné, pourtant efficace, pâtit d’un manque de moyens et de professionnels. L’urgence est de valoriser les métiers de la psychiatrie et d’investir par exemple dans la rénovation des centres.

Comme le disait le professeur Raphaël Gaillard, attention au divorce entre les structures universitaires de pointe et les structures de secteur. Notre système public de prise en charge est insuffisamment soutenu. Le développement des centres experts, financés par le CAC 40, peut servir de pompe aspirante. Nous devons redonner ses lettres de noblesse à la psychiatrie publique, pour que les CMP répondent dans des délais convenables aux demandes, notamment.

Tel n’est pas le sens de cette proposition de loi, qui se calque sur le modèle de la santé somatique, inadapté à la santé psychique. Nous voterons contre ce texte.

CélineBrulin

Sénatrice de Seine-Maritime
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