Au Soudan, la famine s’invite dans la guerre menée par une minorité de puissants. En Ukraine, au Liban, en RDC, les conflits s’enlisent.
Les conséquences du dérèglement climatique frappent d’abord ceux qui n’en sont pas responsables. Or, pendant que les peuples paient le prix des guerres, les accords de libre-échange organisent la mise en concurrence des travailleurs, le pillage des ressources et la dépendance économique des pays du Sud, dont les capacités fiscales et les services publics ont été détruits par les plans d’ajustement structurels imposés depuis Bretton Woods et qui dépendent désormais de l’aide au développement.
Les États-Unis ont ouvert une nouvelle ère de chaos avec le démantèlement de l’USAID, décidé au détriment de millions de vies. D’après The Lancet, 14 millions de décès évitables en découleraient, d’ici à 2030. Les conséquences sont dramatiques : arrêt de programmes de vaccination, de lutte contre le VIH. Après avoir organisé une dépendance, les États-Unis coupent le robinet. C’est la double peine. Les premières victimes sont les précaires, les femmes, les enfants, les réfugiés.
Face à ce recul historique, la France aurait pu porter une vision universaliste de la solidarité. Madame la ministre, vous avez choisi l’inverse, avec des coupes budgétaires successives, pour un total de plus de 2 milliards d’euros retirés à l’APD entre 2024 et 2026.
L’erreur politique du Gouvernement est éclatante quand il transforme l’aide en instrument financier, comme il le fait depuis 2024.
Tout en augmentant le recours aux prêts, la France retire 2,9 milliards d’euros de dons réels. Entre 2019 et 2023, plus de 2,5 milliards d’euros de marchés financés par l’AFD ont bénéficié aux entreprises françaises.
Enfin, l’APD devient un instrument de la politique migratoire. Il s’agit « d’aider nos partenaires à lutter contre l’immigration irrégulière », mais au détriment de l’eau, de l’hygiène et de l’assainissement. Nous devons changer de paradigme ; l’APD doit devenir plus horizontale. Président d’une fondation de solidarité intervenant au Mali et aux Comores, je sais que la coopération ne doit pas combler un prétendu manque de compétences au Sud, mais créer des espaces d’intelligences partagées. Nous voulons une AFD qui consacre 10 % de ses recettes à l’amélioration des systèmes fiscaux des pays du Sud et privilégie les dons, et non les prêts.
Pourquoi ne pas interdire progressivement l’importation de matières premières n’ayant fait l’objet d’aucune transformation dans certains pays exportateurs ?
Nous proposons aussi de réformer les droits de tirages spéciaux du FMI pour qu’ils bénéficient aux pays qui en ont besoin.
Nous faisons nôtre un principe formulé par Thomas Sankara : « l’aide qui aide à se passer de l’aide »