La plateforme prélève 20 % de commission sur chaque vidéo ou photo envoyée à un client. En 2023, elle a réalisé 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires ; son propriétaire, Leonid Radvinsky, s’est versé 604 millions d’euros de dividendes en 2024.
Ces multinationales s’enrichissent, tandis que les créatrices de contenu, auto-entrepreneuses, n’ont aucune protection sociale. C’est l’ubérisation poussée à son paroxysme. Soumises aux lois de l’algorithme, elles doivent produire toujours plus, répondre aux demandes les plus lucratives, au péril leur santé mentale. La majorité d’entre elles gagne très peu, quand la plateforme sécurise ses profits.
Les plateformes sont théoriquement interdites aux mineurs, mais les contrôles sont rudimentaires. Des adolescentes, recrutées par des proxénètes peu scrupuleux, se retrouvent happées dans des logiques relevant de la pédopornographie, alors que la prostitution des jeunes a explosé avec leur précarité, qui a augmenté de 50 % en dix ans.
L’intention initiale du texte de sanctionner l’achat de tels services et d’étendre l’infraction de proxénétisme à ces pratiques était juste. L’absence de contact physique ne fait pas disparaître la domination économique, la logique de mise à disposition du corps contre de l’argent, surtout dans un monde capitaliste et patriarcal.
Nous devons protéger les plus vulnérables face à la prédation cupide de ces plateformes, qui exercent une pression plus insidieuse qu’un souteneur, mais bien réelle : elles organisent la transaction, prélèvent une commission. Sanctionnons-les, ainsi que leurs clients. L’inaction revient à entériner un modèle d’exploitation mondialisé, financiarisé et inégalitaire. Nous nous abstiendrons sur ce texte.