Au-delà de nos idéologies, une réalité s’impose : tant que nos économies dépendront massivement des énergies fossiles importées, les peuples européens continueront de payer au prix fort les crises du monde.
Derrière nos choix, se pose toujours la question de l’organisation sociale de la production, de la répartition du pouvoir économique et de la hiérarchie des usages. La question n’est donc pas de savoir seulement quelle quantité d’électricité nous devrons produire, mais aussi à quoi elle doit servir, qui décidera de son usage et qui en tirera profit.
La France dispose d’un atout majeur : une production électrique largement décarbonée, fondée sur le nucléaire et l’hydroélectricité. Or cet héritage n’est pas né du marché : il est le produit d’investissements publics massifs, d’une planification de long terme et de la nationalisation de 1 300 entreprises dont sont issues EDF et GDF.
Hélas, les logiques de libéralisation ont affaibli cette maîtrise collective en fragmentant EDF et en transformant l’électricité en marchandise. Cet affaiblissement est aujourd’hui flagrant, même si EDF a été réétatisé.
Au moment où l’énergie redevient un enjeu de souveraineté, la Commission européenne continue d’enfermer le secteur dans cette logique de marché délétère, organisant la mise en concurrence des systèmes électriques et l’alignement des prix sur le marché. Résultat : explosion des factures, sous-investissement, désorganisation industrielle.
L’électrification suppose tout l’inverse : une stratégie industrielle cohérente, des réseaux renforcés, des investissements publics massifs. Or la PPE 3 fixe des objectifs ambitieux de production électrique, mais sans véritable stratégie pour organiser les usages ni moyens suffisants. Le plan du Gouvernement, ce sont surtout des aides limitées, des dispositifs recyclés et un financement fondé sur les C2E. Bref, des mesurettes au lieu d’un investissement massif et une forme de privatisation de la transition énergétique. Socialiser les coûts, privatiser les rentes : voilà votre logique, celle-là même qui nous a conduits dans l’impasse.
Produire plus d’électricité sans s’interroger sur l’utilité sociale des usages n’a rien d’une planification écologique ; c’est une fuite en avant productiviste au profit du marché. Une politique énergétique digne de ce nom devrait prioriser les usages socialement utiles : le logement, les transports collectifs, l’industrie productive et les services publics.
Par ailleurs, je regrette que le verdissement du gaz ne soit pas abordé ; c’est une solution complémentaire sérieuse qu’il nous faudra étudier.
Enfin, je pose à nouveau la question que je pose depuis 2019, sans obtenir de réponse : celle du scandale des coupures d’énergie. Il faut garantir que la puissance ne puisse pas être réduite en dessous de 3 kWh. Près de 200 000 foyers sont encore concernés. Je déposerai prochainement une proposition de loi en ce sens : le Gouvernement est-il prêt à la soutenir ?