Certes, les crédits progressent légèrement. Mais largement absorbée par l’inflation, cette hausse ne nous hisse pas à la hauteur des enjeux. La France n’investit que 77 euros par habitant pour sa justice, contre 97 en Espagne, 100 en Italie et 136 euros en Allemagne. Nous comptons 11 magistrats pour 110 000 habitants, contre 14 en Belgique et 24 en Allemagne. Les hommes et les femmes qui tiennent notre État de droit à bout de bras s’épuisent.
Les états généraux ont dressé un bilan accablant. Et pourtant, il manque encore 60 millions d’euros pour atteindre les objectifs de votre propre loi de programmation - à peine votée, déjà obsolète.
La justice reste sous-dotée et peine à remplir ses missions : les délais augmentent, les conditions de travail se dégradent. Nous dénonçons l’accumulation des réformes conçues dans l’urgence. Malgré les créations de postes, en 2026, un magistrat devra encore traiter 1 100 affaires pénales dans l’année. Les frais de justice demeurent sous-budgétés. Quant au droit de timbre de 50 euros, c’est frein à l’accès au droit pour les plus modestes.
Dans nos prisons, il manque près de 4 000 surveillants, bien loin de vos 850 créations de postes. La surpopulation carcérale atteint des sommets : 166 % en maison d’arrêt.
Et pourtant, vous persistez dans la même impasse : allonger les peines, multiplier les sanctions, incarcérer toujours davantage. Les études le montrent : construire plus ne réduit ni la surpopulation ni la récidive.
Pourtant, d’autres politiques sont possibles : la Grande-Bretagne a fait le choix de libérations anticipées, les Pays-Bas et la Norvège ont développé les alternatives à l’incarcération, faisant reculer significativement la récidive. Inspirons-nous-en, en développant l’accompagnement, les placements extérieurs et les aménagements de peine. C’est plus efficace et moins coûteux. Mais les crédits de la réinsertion stagnent ; les unités de vie familiale sont sous-utilisées ; et moins de 12 % des détenus ont accès à une formation professionnelle.
La PJJ, surchargée, traverse une crise profonde. Mais vous persistez à vouloir punir davantage les mineurs alors que les services qui doivent les accompagner sont exsangues.
Ce budget ne permet pas de redresser notre justice. Les moyens sont trop faibles et la vision d’ensemble fait défaut. Nous avons besoin d’une justice accessible et humaine, qui prévienne, protège et accompagne. Nous voterons contre les crédits.