PPE 3 : un mépris démocratique qui condamne la France à l’immobilisme énergétique

Programmation pluriannuelle de l’énergie

Publié le 12 février 2026 à 15:51

Une fois de plus, le gouvernement piétine le droit du Parlement et méprise les député.e.s et sénateur.rice.s ! La troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3), censée fixer la stratégie énergétique de la France pour dix ans jusqu’en 2035), arriverait par décret, sans vrai débat parlementaire approfondi ni vote contraignant.

Alors que cela fait 5 ans que nous attendons un texte, sans cesse reporté pour des bonnes - et surtout des mauvaises - raisons, Sébastien Lecornu annonce sa signature « en fin de semaine prochaine », estimant que « les débats ont largement eu lieu ».
C’est du mépris démocratique pur et simple !

On nous avait promis une grande planification écologique, une souveraineté énergétique renforcée... Au final, c’est le premier ministre Lecornu qui décide seul, entre deux conseils des ministres, du mix énergétique, des objectifs renouvelables et nucléaires.

Où est la planification ? Où est la démocratie ?

Ce gouvernement, sans majorité politique et populaire, préfère contourner les assemblées plutôt que de construire un projet de société solide et partagé, qui réponde aux besoins essentiels et vitaux des populations, et des industriels pour investir.

Le contenu annoncé : six nouveaux réacteurs EPR inscrits (huit supplémentaires en option), investissements dans l’éolien en mer, le photovoltaïque, la géothermie, et une modernisation de l’éolien terrestre – ne parvient pas à noyer l’essentiel : le ralentissement assumé du déploiement des renouvelables terrestres, lié à une électrification des usages qui avance trop lentement.

Résultat ? On reste dans l’immobilisme sur les ENR, on traîne des pieds sur la sortie des fossiles, et on fait croire que six EPR suffiront à tout régler dans 25 ans alors que la filière
est encore à la recherche d’investissement pour garantir leur construction...

Et pendant ce temps, les factures d’électricité explosent, les filières renouvelables sont à l’agonie (avec des appels d’offres en berne depuis des mois), et la France continue de dépendre d’importations d’énergie.

Ce passage en force s’inscrit dans une logique plus large d’un pouvoir en fin de cycle qui verrouille l’avenir sans consultation réelle : après les usages répétés du 49.3 sur le budget, voici que la méthode s’étend à la PPE 3.

Les débats structurants doivent se tenir en commission et en hémicycle, pas dans les couloirs ministériels ou lors de rendez-vous confidentiels. Les autorités scientifiques et expertises indépendantes doivent être centrales, pas reléguées à des avis facultatifs.

Ça suffit !

Il faut une vraie loi de programmation énergétique, débattue, amendée, votée par le Parlement - pas un décret imposé d’en haut.

La transition écologique ne se fera pas par des tours de passe-passe administratifs, mais par un grand service public de l’énergie : TotalEnergies et Engie doivent être nationalisées au côté d’EDF pour donner le Groupe Energie de France, avec un pilotage stratégique fort, et les renouvelables massivement développées aux côtés d’un nucléaire relancé.
Tout le reste, c’est de la poudre aux yeux.

Précisons-le : cette opposition n’a rien à voir avec les discours extrêmes ou carbo-fascistes qui rejettent les ENR. Je reste attaché à un mix énergétique diversifié et équilibré, combinant nucléaire puissant et développement intense des renouvelables.

Mais je suis surtout un démocrate convaincu que le Sénat et l’Assemblée Nationale ne sauraient être réduits à des chambres d’enregistrement de l’exécutif.

De plus (et chacun.e sait les désaccords que j’ai avec les LR...), quel mépris pour la droite sénatoriale qui attendait patiemment la suite de la procédure parlementaire sur « PPL Gremillet », qui est maintenant enterré par ce décret.

Un texte aussi engageant pour dix ans - souveraineté, décarbonation, pouvoir d’achat des ménages - ne peut être imposé unilatéralement par un gouvernement en bout de course.
Lecornu doit renoncer à ce décret et saisir enfin le Parlement.

Il est encore temps pour une PPE3 démocratiquement légitime et réellement ambitieuse.

FabienGay

Sénateur de Seine-Saint-Denis
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