Les troubles se développent précocement. Rouen est la première file active de France : plus de 10 000 jeunes patients sont suivis au centre hospitalier du Rouvray. Temps d’exposition aux réseaux sociaux, manque d’interactions sociales, monde anxiogène, difficultés financières voire précarité, crise sanitaire, consommation de substances addictives : autant de raisons expliquant cette situation. La crise sanitaire a amplifié cette dégradation de la santé mentale.
Accéder aux soins est souvent un parcours du combattant. C’est une bombe à retardement pour la société tout entière. Nous devons agir dans la lignée de notre rapport. Nous devons redonner aux CMP les moyens de mener à bien leurs missions. Quasiment tous sont sous tension ; les délais de rendez-vous sont indécents, malgré le dévouement des professionnels.
Les CMP doivent aller au-devant des jeunes souffrant de troubles, avec des équipes mobiles en psychiatrie, adossées aux établissements hospitaliers.
Nous devons aussi renforcer la psychiatrie publique, la situation étant encore plus grave pour la pédopsychiatrie. Il faut redonner ses lettres de noblesse à cette spécialité. Nous devons augmenter le nombre de professionnels formés dans nos universités.
Il faut aussi renforcer le temps prévu dans la formation des professionnels de santé : trop de médecins généralistes ou d’infirmiers se sentent démunis pour apporter la bonne réponse à leurs patients ; ils devraient s’appuyer sur des psychiatres référents.
L’adolescence est une période charnière. Les maisons des adolescents doivent être développées, avec notamment des annexes, en vue d’assurer un maillage plus fin du territoire.
Comment évoquer la santé mentale des jeunes sans aborder la santé scolaire et universitaire ? Pour détecter et repérer précocement, il faut des médecins, des infirmiers et des psychologues scolaires. Des postes sont ouverts, mais pas pourvus, sans doute en raison de la faiblesse des rémunérations.
Nous devons agir pour le développement et pour le bien-être des jeunes. L’Insee a montré que 43 % des arrêts de travail sont liés à des motifs psychologiques.
Agir pour la santé mentale est donc un investissement pouvant aussi être bénéfique pour les comptes de la sécurité sociale. Notre société ne s’en portera que mieux.