"Nous nous opposons à toute défense qui alimente les profiteurs de guerre et une logique d’escalade"

Débat sur les enjeux stratégiques de l'actualisation de la loi de programmation militaire

Publié le 6 mai 2026 à 10:54

L’actualisation de la LPM n’est pas un simple ajustement budgétaire. Dans un pays où le déficit public atteint 5,1 % du PIB - imputable aux choix fiscaux en faveur des plus fortunés et des grandes entreprises - , vous avez justifié l’austérité et la dégradation de nos services publics par la bascule vers une prétendue économie de guerre où la dépense militaire devient une politique économique.

Vous proposez de porter l’effort pour nos armées à 449 milliards d’euros sur la période 2024-2030. À grand renfort de discours anxiogènes, cette orientation s’inscrit dans une recomposition profonde du capitalisme européen : crise de rentabilité, déclassement industriel, dépendance stratégique accrue à l’Otan.

L’état d’alerte de sécurité nationale prévu à l’article 21 permettra de déroger par décret au droit du travail, de suspendre les procédures environnementales et de bafouer les libertés publiques. Tout cela au motif que nous devrions affronter la Russie dans deux ou trois ans.

Qu’importe si les pays de l’Otan dépensent déjà 454 milliards de dollars pour leur défense - trois fois plus que la Russie. Qu’importe qu’après quatre ans de guerre en Ukraine, la Russie soit engagée dans un conflit coûteux, sans victoire décisive. Qu’importe l’incohérence flagrante entre cette réalité et l’idée d’une Russie prête à affronter l’ensemble de l’Otan. Qu’importe, enfin, qu’un affrontement direct avec la seconde puissance nucléaire de la planète soit une impasse stratégique absolue.

Cette menace résulte d’une construction politique servant à justifier une hausse massive des dépenses, d’abord au profit des États-Unis. Ce n’est plus un alignement européen sur les États-Unis, c’est une soumission lâche à Donald Trump.

Le chef d’état-major des armées a affirmé ne pas porter de jugement sur les agissements de M. Trump, mais s’est montré plus critique concernant la Chine. Sa parole témoigne du renoncement stratégique du Gouvernement. Je rappelle aux responsables de nos armées qu’ils sont au service exclusif de la protection de notre territoire national et de notre population, et non au service d’une puissance étrangère.

L’actualisation de la LPM sert les intérêts des grandes industries d’armement et de leur cotation boursière. Les bénéfices commerciaux restent entièrement privatisés. Or nos militaires dépendent de Palantir et de Nvidia, deux entreprises soumises à Washington.

Vous manquez aussi la cible sur la condition militaire, alors que 25 % des logements sont insalubres. Or le texte n’y consacre pas un euro de plus, tout en appelant les jeunes à s’investir davantage, via le service national volontaire créé par l’article 24.

Un euro investi dans la santé, l’éducation et les infrastructures civiles rapporte 4 à 5 fois plus qu’un euro dans l’armement. Les dépenses militaires constituent une fuite en avant budgétaire, industrielle et stratégique.

Nous n’abandonnons pas notre idéal de paix et privilégions la voie de la diplomatie et du droit international. Nous nous opposons à toute défense qui alimente les profiteurs de guerre et une logique d’escalade. Nous souhaitons une sécurité réelle dans un monde pacifique, une saine gestion de nos finances publiques et un avenir meilleur pour nos enfants.

MichelleGréaume

Sénatrice du Nord
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Un euro investi dans la santé, l'éducation et les infrastructures civiles rapporte 4 à 5 fois plus qu'un euro dans l'armement. Les dépenses militaires constituent une fuite en avant budgétaire, industrielle et stratégique.

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