"Partout où l’État recule, les mafias progressent"

Débat avec vote sur la lutte contre le narcotrafic

Publié le 18 décembre 2025 à 09:26 Mise à jour le 23 décembre 2025

Notre groupe a fait le choix de la responsabilité en votant la proposition de loi Narcotrafic, parce que les trafics s’étendent, que les réseaux criminels se structurent, se professionnalisent, se financiarisent, et que l’emprise mafieuse gagne de nombreux territoires - Marseille, mais aussi d’autres villes.

Un cap a été franchi avec l’assassinat de Mehdi Kessaci. La menace va crescendo.

Nous avons voté ce texte en acceptant qu’il fasse l’impasse sur certains sujets majeurs, pour trouver un compromis politique. Mais si l’on refuse de les traiter, cette loi sera insuffisante. La lutte contre le narcotrafic ne peut être uniquement répressive ni se limiter à l’aval : elle doit être globale, cohérente et déterminée.

Le narcotrafic est avant tout une économie criminelle et mondialisée, qui ne prospère que parce que ses profits peuvent être investis, et recyclés. Sans blanchiment, pas de trafic à grande échelle. Or ce blanchiment s’opère à travers des circuits financiers identifiables - en tablant sur la négligence, la complaisance, voire la complicité de certains acteurs. Lorsque les banques ferment les yeux, préfèrent la rentabilité au respect de la loi, elles deviennent des maillons de la chaîne criminelle.

On ne peut afficher une fermeté absolue contre les trafiquants et être indulgents envers ceux qui font circuler l’argent sale. Il nous faut renforcer la justice financière, les moyens d’enquête spécialisés, les contrôles bancaires et les sanctions, pour que le blanchiment devienne un risque réel, dissuasif, systématiquement poursuivi.

Le trafic de drogue est par nature transnational : les drogues consommées ici sont produites ailleurs et les profits blanchis au-delà de nos frontières. La France ne peut prétendre lutter efficacement sans une stratégie internationale ambitieuse, fondée sur une coopération judiciaire et policière renforcée et sur des exigences politiques claires vis-à-vis des États producteurs ou complaisants. La lutte contre le narcotrafic doit devenir un enjeu diplomatique.

J’en viens à la prévention sanitaire et à la santé publique. La consommation progresse, les dépendances s’aggravent, les usagers sont de plus en plus jeunes. Pourtant, la réponse sanitaire demeure sous-dimensionnée. Les structures de soins sont saturées, les dispositifs de prévention manquent de moyens. On ne réduira pas durablement l’emprise des trafiquants sans une politique de santé publique ambitieuse et dotée de moyens. Or, dans le budget pour 2026, les moyens de la santé diminuent. L’expérimentation des haltes de soins addictions n’est pas pérennisée, malgré des évaluations convergentes soulignant leur efficacité. Dans le même temps, les crédits de la Mildeca baissent, les moyens des associations sont réduits et 4 000 postes d’enseignants sont supprimés alors même que l’on affirme vouloir renforcer la prévention. La sécurité est un droit fondamental, la santé l’est tout autant : les opposer serait une erreur politique et stratégique.

Enfin, je veux insister sur la protection de l’enfance. Les 350 000 mineurs et jeunes majeurs qui relèvent de l’aide sociale à l’enfance constituent des cibles privilégiées des réseaux mafieux, qu’il s’agisse de trafic de stupéfiants ou de prostitution. Ces enfants sont recrutés, exploités, parfois sous la contrainte, dans les foyers censés les protéger. C’est un échec collectif. Comment parler de fermeté tout en laissant prospérer un vivier de main-d’oeuvre pour ces mafias ? La protection de l’enfance est une condition centrale de l’efficacité de notre action.

Partout où l’État recule, les mafias progressent ; partout où les services publics s’affaiblissent, les trafiquants s’installent. Nous avons pris nos responsabilités en votant ce texte. Il faut désormais aller au bout, assumer une approche globale, avec de vrais moyens, en traitant enfin le blanchiment, la santé publique et la protection de l’enfance. À défaut, le piège du narcotrafic continuera de se refermer.

Jérémy Bacchi

Sénateur des Bouches-du-Rhône
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Partout où l'État recule, les mafias progressent ; partout où les services publics s'affaiblissent, les trafiquants s'installent. Nous avons pris nos responsabilités en votant ce texte. Il faut désormais aller au bout, assumer une approche globale, avec de vrais moyens, en traitant enfin le blanchiment, la santé publique et la protection de l'enfance. À défaut, le piège du narcotrafic continuera de se refermer.

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