« Planifier, produire, souverainiser : la voie industrielle française »

Débat : « Face à la désindustrialisation, quelle nouvelle politique industrielle pour la France ? »

Publié le 1er avril 2026 à 10:48

La théorie du PDG d’Alcatel, Serge Tchuruk, d’une France sans usine est un échec. Les néolibéraux y ont cru. Résultat, deux millions d’emplois industriels ont disparu en quarante ans et la part de l’industrie est passée sous la barre des 10 % du PIB.

Plutôt que de quémander des investissements aux multinationales ou de saupoudrer les subventions via Bpifrance, nous avons besoin de passer d’un État guichet à un État stratège, appuyé sur trois piliers : planification, souveraineté, réponse aux besoins des populations.

L’État stratège peut et doit être un État actionnaire, avec des biens et services sortis du secteur marchand. Il faut nationaliser d’urgence Arcelor, sinon Mittal aura bientôt liquidé l’outil industriel et préparé son départ pour l’Inde ou le Brésil. Sans acier, pas de réindustrialisation !

Il faut aussi en finir avec la complicité dans la vente des fleurons industriels engagée depuis 2014 : Technip, Alcatel, General Electric, avec à la clé des milliers d’emplois détruits et le pillage de nos brevets.

Je propose d’élargir le décret relatif aux investissements étrangers en France pour y inclure les secteurs stratégiques suivants : santé et médicament, énergie, spatial, numérique, transport. Nous n’aurions alors pas vendu le Doliprane aux Américains.

Sanofi, qui a perçu 1 milliard d’euros de crédit d’impôt recherche en dix ans, a licencié des milliers de chercheurs et n’a pas été capable de fabriquer un vaccin contre le covid ; même le peuple cubain, sous blocus, a fait mieux. Nous devons créer un pôle public du médicament.

Il faut renforcer les filières industrielles majeures, comme l’aéronautique ou l’automobile. La casse se fait principalement chez les sous-traitants. Légiférons pour responsabiliser les donneurs d’ordres et éviter la délocalisation, par exemple, de MA France, dernier équipementier automobile de mon département.

Des centaines de millions d’euros d’aides publiques sont versés à de grands groupes, sans conditionnalité ni suivi. Ces financements n’ont jamais empêché les suppressions d’emplois ni garanti nos capacités industrielles d’avenir. Notre commission d’enquête recense des leviers d’action, que nous vous soumettrons dans une prochaine proposition de loi. Il y a urgence. L’argent public doit être conditionné à des engagements productifs concrets en matière d’emploi et d’investissement et servir à structurer des filières de l’amont à l’aval.

Il ne suffit pas de produire des batteries en France : il faut être souverains et indépendants sur les trois quarts de la chaîne de valeur de l’automobile ! Cela suppose de se battre au niveau européen pour mettre fin à un marché ouvert aux vents et nous protéger contre les géants chinois et américain. Si nous laissons produire moins cher ailleurs avant de rapatrier le produit fini ou semi-fini, nous ne serons jamais compétitifs.

La question énergétique est centrale. La crise iranienne démontre que notre dépendance nous conduit dans le mur. Safran ou Thalès investissent plus au Canada qu’en Europe, car ce pays dispose de grandes capacités de production d’énergie décarbonée. En France, l’incertitude sur les prix décourage les investissements privés, alors que notre mix largement décarboné et stable est un avantage majeur. Ayons le courage de nous attaquer à la question clé de la fixation du prix sur le marché européen, qui favorise l’industrie allemande contre la nôtre.

La décarbonation exige des investissements massifs, il faut donc prioriser les filières stratégiques. Produire de l’acier bas-carbone, développer le ferroviaire, relocaliser des chaînes de valeur essentielles suppose de définir des priorités industrielles cohérentes avec nos objectifs climatiques et l’usage des ressources critiques, surtout quand les data centers font concurrence à l’activité industrielle.

Enfin, nous devons mener la bataille des qualifications, car la réindustrialisation ne se fera pas sans les travailleurs et travailleuses. Il faut augmenter les salaires et soutenir la formation professionnelle. Nous sommes à un moment clé : d’ici à 2030, il manquera 20 000 ingénieurs et techniciens dans l’industrie et 35 000 ingénieurs informatiques. Mettons les moyens sur l’apprentissage.

Allons-nous continuer le désastre de la politique de l’offre, confier 211 milliards d’euros d’aides publiques aux entreprises sans contrepartie, ou reprendre en main notre destin industriel ? J’espère que ce débat tracera un chemin d’espoir.

FabienGay

Sénateur de Seine-Saint-Denis
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Enfin, nous devons mener la bataille des qualifications, car la réindustrialisation ne se fera pas sans les travailleurs et travailleuses. Il faut augmenter les salaires et soutenir la formation professionnelle. Nous sommes à un moment clé : d'ici à 2030, il manquera 20 000 ingénieurs et techniciens dans l'industrie et 35 000 ingénieurs informatiques. Mettons les moyens sur l'apprentissage.

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