La délinquance des mineurs ne connaît pas l’explosion dont certains s’émeuvent. En 2024, 9 % des personnes impliquées dans les affaires traitées par les parquets étaient mineures, une proportion en baisse. À La Réunion, entre 2024 et 2025, la part des mineurs dans les faits de délinquance a reculé de 12 % à 8 %.
Ce qui explose vraiment, ce sont les délais de prise en charge éducative, faute de moyens. Il faut souvent attendre plusieurs mois, voire un an, pour que les mesures éducatives soient appliquées. Ce n’est pas un problème de droit, mais d’abandon budgétaire.
Pendant que les gouvernements successifs empilent les textes, la justice des mineurs s’enlise. La PJJ en est l’exemple criant : chaque éducateur suit en moyenne plus de 25 jeunes, une charge incompatible avec un accompagnement sérieux.
Dans ces conditions, parler de fermeté relève de l’hypocrisie. Toutes les études le montrent : plus on éloigne la justice des mineurs de sa logique éducative, plus le risque de récidive augmente. La prison est un accélérateur de marginalisation, c’est un fait établi.
Précipiter les procédures, bâcler les enquêtes sociales, c’est rendre la justice inefficace et nier la singularité de ces petits écrasés par un système impitoyable. L’éducation est le moyen le plus efficace de lutter contre la violence. Or nous abandonnons notre jeunesse : suppression de postes d’enseignant, abandon de la médecine scolaire, protection de l’enfance saturée, sous-financement de la santé mentale des jeunes.
Au pays des droits de l’homme, sans naïveté mais par humanisme, la justice des mineurs s’est construite sur un principe simple : un enfant est un être en construction. Ce principe protège la société à long terme. Rappelons que, dans notre pays, un enfant est victime d’inceste, de viol ou d’agression sexuelle toutes les trois minutes.
Nous devons renforcer les moyens de la PJJ, des magistrats et des éducateurs, investir dans la prévention, financer l’aide sociale à l’enfance (ASE) et faire de l’éducation nationale une vraie priorité. Durcir les lois sans se donner les moyens de les appliquer, c’est mentir à nos concitoyens et sacrifier la jeunesse. Protégeons l’enfance, encadrons et soutenons nos jeunes ; c’est ainsi que nous offrirons à chacun un avenir.