On a aussi parlé de Jean Jaurès. Il disait que « le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage ». C’est pour s’opposer aux discours martiaux que Jaurès conçoit un socialisme réformiste qui l’éloigne progressivement de l’idéal révolutionnaire. On peut être contre la guerre et avoir à l’esprit l’intérêt du pays.
Je salue l’organisation de ce débat, suivi d’un vote - fait assez rare. Sans surprise, nous voterons contre. Mais je remercie le Gouvernement de nous permettre de traduire nos positions en vote.
Immigration de masse, effacement civilisationnel : selon la National Security Strategy américaine, ces menaces existentielles pèsent sur le continent européen. Ce discours xénophobe, racialiste et néocolonial reprend la théorie complotiste du grand remplacement. Tel est le visage du fascisme contemporain, avec lequel l’Union européenne continue pourtant de collaborer au sein de l’Otan. La cheffe de la diplomatie européenne a affirmé que les États-Unis demeuraient le plus grand allié de l’Union européenne, illustrant l’aveuglement stratégique dans lequel s’enferme notre continent.
M. Mickaël Vallet. - C’est vrai !
Mme Cécile Cukierman. - Le discours de la Sorbonne promettait souveraineté européenne et autonomie stratégique. Huit ans plus tard, où en sommes-nous ? Les dirigeants européens acceptent docilement une charge douanière de 15 % sur nos exportations vers les États-Unis. Nous sommes passés d’une dépendance au gaz russe à une dépendance au gaz de schiste américain, plus coûteux et plus polluant.
L’autonomie stratégique nous échappe tout autant : l’Union européenne s’aligne sur la position américaine contre la Chine dans un retour à la bonne vieille guerre froide - les gentils contre les méchants. Cela conduit l’Union européenne à refuser toute mesure protectionniste face aux USA, qui eux, se sont dotés de l’Inflation reduction act. (IRA). Cette fuite en avant contre la Chine pourrait bien nous mener à une catastrophe industrielle en cas de guerre commerciale.
Nous nous sommes laissés entraîner dans une guerre en Ukraine qui n’avait rien d’accidentel. Seul Donald Trump veut une paix, quel qu’en soit le prix, mais c’est pour mener une nouvelle guerre ailleurs.
Alors qu’elle a déjà causé la mort de 350 000 soldats ukrainiens et russes, la guerre a été encouragée par les États-Unis et le Royaume-Uni jusqu’au moment où l’investissement n’était plus rentable... Après avoir tenté un accord pour mettre la main sur les ressources ukrainiennes, Trump négocie directement avec la Russie. Et l’establishment européen veut prolonger la guerre coûte que coûte, certains disant même que pour faire la paix, il faut faire la guerre...
Le double standard est éclatant : silence sur le massacre au Proche-Orient, indifférence face à la guerre de procuration au Soudan, au pillage des ressources en République démocratique du Congo. L’Union européenne ne suit pas des principes ou des valeurs, mais des intérêts impérialistes et économiques.
Nous devons parler sincèrement. La guerre, ce sont des vies humaines qui disparaissent. Le discours martial que vous tenez, avec le Président de la République, prépare notre opinion à une guerre qui serait la seule possibilité.
J’ai en tête les premières images du film Joyeux Noël, au début de la Première Guerre mondiale. On y voit des enfants allemands et français élevés dans la haine de l’autre.
Tout ce que vous nous avez vendu, le respect des règles de l’Union européenne, d’un déficit limité à 3 %, peut disparaître pour satisfaire les besoins de l’armement. Nous sommes dans des logiques de spéculation financière nous empêchant de contrôler notre stratégie de défense nationale.
Oui ou non, nous, membres de l’Otan, voulons-nous continuer à être sous la coupe d’un homme qui ne cherche pas à faire la paix, mais à régler des conflits pour en ouvrir d’autres ailleurs ? Nous ne voulons pas et voterons contre la déclaration.